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Mercredi 27 décembre 2006

    L’explorateur et archéologue Charles Derval se rend, avec sa fille Béryl et son fidèle serviteur Chang, dans la Mer des Sargasses, à la recherche d’une île supposée constituer le dernier vestige de la légendaire Atlantide. Un passager clandestin est bientôt découvert : un certain Jean d’Armor, jeune homme blond à l’allure athlétique, tout à fait sympathique et qui suscite aussitôt la confiance de Derval. Celui-ci l’engage donc comme garde du corps. Riche idée car le capitaine est assassiné ! Garvin, le second, et Diégo, un colombien à la mine patibulaire, organisent une mutinerie. Jean d’Armor, Derval et sa fille Béryl, Chang et Marius Pégommade, un matelot resté fidèle, s’échappent à bord d’un canot motorisé et mettent le cap vers le lieu supposé où se trouverait l’île des Atlantes. Attaqués en route par un avion fusée, ils sont secourus in extremis grâce à l’intervention d’un autre engin volant qui s’avère venir d’Atlantis. Derval avait raison : l’île existe bel et bien, protégée du monde extérieur par une zone d’invisibilité. Sans s’en douter, les cinq compagnons arrivent en plein conflit entre les Atlantes pacifiques et les Outrophédons, des descendants du peuple des Toltèques réunis en une secte souhaitant rien moins qu’asservir le monde…

    Né à Paris le 7 mars 1893, Henry Le Monnier suit les cours des Arts Décorarifs à Paris, avant de commencer à publier en 1920 dans Fantasia. En 1923, il devient affichiste chez Lutecia. Il travaille pour divers imprimeurs ainsi que dans la publicité (pneumatiques Englebert, huile Lesieur), tout en continuant de publier des illustrations dans divers magazines comme Le Sourire, Le Journal amusant, L’Oeuvre et Marianne. Henry Le Monnier aborde la bande dessinée sur le tard, alors qu’il approche de la cinquantaine. En 1940, il reprend un temps le personnage de Tarzan, vedette de l’hebdomadaire Junior – il sera ensuite confié à Auguste Liquois. Le Monnier devient rapidement un des collaborateurs les plus remarqués de Pierrot, hebdomadaire pour lequel il réalise Bill la Flèche (1940), L’étrange M. Ram (1941), Paulix (1948), Les Voyages de Gulliver (1949) et enfin Monsieur de Crac gentilhomme gascon (n°8-27, 1950). Dans le même temps, Le Monnier travaille pour l’éditeur belge Gordinne. Dans Wrill il publie Professeur Azimut (1945/46) et Jean d’Armor (1947/48) ; puis il donne Tiff-Huté, homme préhistorique (1947/48) et Le Club de l’aventure (1948/49) à Cap’tain Sabord. Au milieu des années cinquante, Henry Le Monnier collabore à deux titres des Editions Artima : Red Canyon (1954/55) puis Audax (1956), reprenant le personnage de King le vengeur qui avait été créé par Bob Leguay pour les Editions de Nice en 1947. Tarou réédite Jean d’Armor, en noir et blanc, en 1956. On verra encore la signature de Le Monnier dans Total Journal (1962/65) pour des illustrations accompagnant des nouvelles. Henry Le Monnier disparaît en 1978 à l’âge de 85 ans.

    La datation précise de Jean d’Armor pose un réel problème, car outre la publication dans Wrill en 1947/48, ce récit a également été publié en album – une première fois aux Editions Chagor (mention en vas de la première planche) / Gordinne (mention  en bas de la page 32), puis aux Editions Sirec. Ces albums ne sont pas datés mais plusieurs ouvrages de référence ont longtemps avancé la date de 1943 pour la première édition, Wrill ayant donc simplement republié les planches, d’ailleurs strictement à l’identique (format et couleurs). Bien que cette datation ne fasse plus l’unanimité (elle a, par exemple, disparu du BDM), je continue pour ma part de la trouver tout à fait crédible. Un examen de la bande montre qu’elle est en réalité constituée de 62 planches au format italien et que ces planches ont été superposées deux par deux, afin de constituer des pages au format français. D’où une sensation visuelle de petitesse, si ce n’est d’étouffement qui n’est pas en harmonie avec le souffle épique du scénario. Par ailleurs, l’utilisation systématique de deux vignettes circulaires dans chaque planche trouve davantage son sens dans un découpage à l’italienne. Notons que le format à l’italienne était sur le déclin en 1947, date de la publication dans Wrill, alors qu’il était tout à fait habituel au début des années quarante puisque celui de la quasi totalité des récits complets. Si Jean d’Armor a été dessiné vers 1942, il est donc logique que Le Monnier ait opté pour un format à l’italienne. On peut penser que le projet n’a pas été concrétisé et que les planches ont atterri chez Gordinne, alors à la recherche de matériel pour alimenter sa collection d’albums – il aura suffi de les remonter par deux pour constituer un album de 32 planches au format à la française. Si cet album n’est pas daté, il comporte une liste de 16 titres parus « dans la même collection » - Jean d’Armor y est référencé sous le n°59921/74. Trois titres portent un numéro suggérant une postériorité : Le marquis de la panse d’A (55921/99) et Capitaine Pipe (59921/98) de Jean Trubert, non datés mais généralement considérés par les spécialistes de l’œuvre de cet artiste comme parus en 1942 ; Les aventures de Gringalou (59921/76) de Pinchon, non daté et qui fut, comme Jean d’Armor également publié dans Wrill et réédité aux Editions Sirec. Parmi les titres présentés comme antérieurs, on notera Bab et Babou dans la stratosphère (59921/53) de H. Mallet et Poum-Plum (59921/54) de Vica, tous deux datés 1936. On notera également la présence de quatre albums des aventures d’un certain Vican [sic] portant une référence unique (59921/59 : on sait que ces albums ont d’abord été publiés (et ont connu plusieurs réimpressions) chez Gordinne entre 1935 et 1937, puis sans date, avec Vica à la fois pour nom du personnage et pseudonyme du dessinateur. Compte tenu de ce contexte, la date de publication la plus probable pour l’album Jean d’Armor paraît donc être 1942 – ce qui recule encore d’un an la datation longtemps avancée.

    Dernier point, en 1993 le magazine Hop ! se fit l’écho (n°56, p.23) d’un projet d’édition d’une intégrale de Jean d’Armor, incluant en sus du seul épisode connu cinq aventures inédites qui auraient été réalisées pour les Editions Gordinne et seraient restées dans les tiroirs de l’éditeur. Ce projet du libraire-éditeur belge Michel Deligne, grand militant de la redécouverte et de la sauvegarde de la bande dessinée classique, ne semble hélas pas avoir été concrétisé.

                                                                                         Cousin Francis


    Ceux de nos sympathiques lecteurs, cousins et citoyens, qui aimeraient approcher de plus près cette oeuvre rien moins qu'époustouflifiante, peuvent souscrire à l'édition - artisanale mais néanmoins somptueuse, toutes choses égales par ailleurs - que projette d'en réaliser le délicat cousin. Il s'agira d'un album de 62 planches au format A4, sous une couverture épaisse, avec des pages de garde coordonnées et un dos en toile adhésive. Ce sera la première édition conforme au découpage original. Merci qui ? Merci, cousin ! (d'autant qu'il suffit, pour ce faire, d'envoyer douze euros au dit cousin, à son adresse au fin fond de nulle part : Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le canton, 33620 Cubnezais). Parution en février.
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Mardi 19 décembre 2006
Hep, Taxi !


    Le personnage de Space Cabby – le « Taxi de l’Espace » – apparaît dans Mystery in Space 21, daté novembre 1954, dans un récit dessiné par Howard Sherman sur un scénario de Otto Binder.

    Il s’agit clairement d’un récit autonome – et non l’éventuel « pilote » (c’est le cas de le dire !) d’une future série. La publication de séries n’entre d’ailleurs pas dans la politique éditoriale de Julius Schwartz, l’homme aux commandes de Mystery in Space. Jusqu’à ce jour, les seuls personnages récurrents ont été Knights of the Galaxy, dans les huit premiers numéros. Il y a bien Interplanetary Insurance que Carmine Infantino dessine depuis le n°16… mais la parution est irrégulière.

    De fait, il était bien prévu que notre taxi ne ferait qu’une seule course dans l’espace. Mais les lecteurs s’enthousiasment pour ce personnage à casquette des plus atypiques – et parfaitement incroyable ! Aussi notre chauffeur de taxi spatial réapparaît trois mois plus tard, dans Mystery in Space 24 (2/3.1955), pour un récit titré « Hitchhiker of Space ! » – inédit en France, cet épisode a été réédité dans From Beyond the Unknown 18 (8/9.1972). Il est toujours dessiné par Howard Sherman mais scénarisé cette fois par France E. Herron.

    On notera au passage que ce numéro de Mystery in Space est le dernier à paraître avant l’instauration du « comic code », tristement célèbre code de bonne conduite – plus précisément un ensemble de règles relevant de l’autocensure – mis en place par les éditeurs. Dans un premier temps, la BD américaine y perdra en originalité, des titres novateurs disparaissant ou rentrant dans le rang ; dans un second temps, une réaction artistique conduira à l’avènement de ce que les historiens du genre appellent le Silver Age.

    Les réactions des lecteurs sont à nouveau des plus positives et ils sont nombreux à réclamer de nouvelles aventures du sympathique Space Cabby – l’un des rares héros de la BD dont on ne connaîtra jamais le nom.

    Deux mois plus tard, le personnage fait donc sa troisième apparition dans Mystery in Space 26 (6/7.1955) et devient – cette fois très officiellement – une série régulière : la première, de fait, du Silver Age.

    Otto Binder est de retour au scénario ; il les signera tous jusqu’au dernier épisode qui paraîtra dans Mystery in Space 47 (10.1958).

    L’équipe graphique est désormais constituée de Gil Kane, Joe Giella et Bernard Sachs : le premier dessinera la plupart des épisodes, les seconds se relayant à l’encrage ; Bernard Sachs réalisera toutefois seul les trois avant-derniers épisodes (Mystery in Space 44 à 46).

    La dernière histoire de la série Interplanetary Insurance d’Infantino figurant dans le numéro 25 de Mystery in Space, Space Cabby sera, tout au long de sa publication, la seule série régulière. Mais on a l’impression que ce statut lui a été accordé au rabais par l’éditeur. Alors que, par la suite, les séries et personnages récurrents seront les vedettes des titres DC et auront majoritairement les honneurs de la couverture – tels Adam Strange pour Mystery in Space ou Mark Merlin pour House of Secrets – notre taxi de l’espace ne figurera qu’une fois en couverture (n°24), sans mention de son nom et sans précision quant à son statut de série.

    Après vingt-quatre courses dans l’espace dont quinze publiées en France dans Sidéral, le Space Cabby prend sa retraite et est remplacé par… rien du tout ! Il faudra attendre presque un an pour que Mystery in Space propose une nouvelle série : Adam Strange, avec cette fois un traitement de « super star » !

    Idéalement représentatif d’une science-fiction innocente, drôle et insouciante, le personnage avait sans doute fait son temps. A la relecture et avec la distance qu’il convient, ses aventures restent colorées d’un charme désuet, des plus agréables.

                                                                                                                Cousin Francis

    Nos cousins qui souhaiteraient en apprendre un peu plus sur ce sympathique personnage - ou qui même souhaiteraient, tant qu'à faire, lire ses aventures - apprendront avec un réel ravissement qu'une Intégrale Taxi de l'Espace a été éditée en deux volumes, par nos soins et de nos petites mains, à tirage minusculissime. Comme d'habitude, il s'agit d'albums au grand format, sous couverture épaisse, avec pages de garde coordonnées et dos en toile adhésive. Rien que de très artisanal et just pour le fun, nom d'une crotte de caribou - et celui d'une poignée de nostalgiques. Les 15 épisodes traduits y figurent, ainsi qu'un inédit, plus diverses bricolettes rédactionnelles. Ces albums valent 10€ l'un plus le port (sauf erreur 2,76€ pour un album et 3,90€ pour les deux). Les envois sont blindés - on connaît La Poste... L'adresse du divin cousin traînouille ici ou là (voir l'article titré Blificc). Si le cousin n'existait pas, il faudrait l'inventer.
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Mercredi 13 décembre 2006
    Parce qu’il est très admiratif des aventures de Buck Rogers dans le lointain futur, dessinées par Dick Calkins, Vince T. Hamlin, reporter, photographe et illustrateur de presse, a l’idée de créer une bande dessinée qui, au contraire, se situerait dans un lointain passé. Avec humour et en référence au Stone Age (l’Age de Pierre), il baptise celui-ci The Bone Age : l’Age de l’Os ! Assurément, il s’agit d’un territoire qui, à l’époque, n’a encore été défriché par aucun dessinateur.

    Contrairement à ce que la paléontologie affirme, Hamlin décide qu’il fut un temps où les derniers dinosaures et les premiers humains se partageaient le monde. Cette époque, absente des documents officiels, pourrait être baptisée le Cartoonozoic Age – et il se pourrait bien qu’elle empiète, à l’occasion, sur nos temps modernes. Preuves en sont les nombreuses rencontres avérées entre humains et dinosauriens dans ces mondes perdus et géographiquement retrouvés qui foisonnent dans la littérature, la bande dessinée et le cinéma populaires – aussi bien que celles résultant du retour des dinosaures parmi nous, façon Jurassic Park ou Xenozoic Tales.

    Vince T. Hamlin est l’inventeur à la fois du Cartoonozoic Age et du premier cartoonosaurus : un certain Dinny, croisement improbable entre un stégosaure, un diplodocus, Rin-Tin-Tin et Lassie chien fidèle.

    Le personnage central de la série est un certain Alley Oop, un homme préhistorique comme on se l’imaginait à l’époque, avec une musculature inversement proportionnelle à son développement cérébral : une armoire à glace dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle manque parfois de vivacité et de souplesse intellectuelles, et qui finit en général par résoudre les problèmes avec son gourdin. Alley Oop vit au Royaume de Moo, voisin de celui de Lem – pour la petite histoire, ces noms sont inspirés par un succès de librairie de l’époque, The Lost Continent of Mu, par James Churchward, dans lequel l’auteur se lance sur les traces du continent Mu et la Lémurie.

    Tout un petit monde évolue autour de Alley Oop : Ooola, sa belle et brune fiancée, Foozy qui parle en vers, le Roi Guzzle (Guz) et sa femme Umpateedle (Umpa), leur fille Wootiefoot qui est un peu simple d’esprit, The Grand Wizer, le sorcier de la tribu avec sa coiffe de corbeau. Les relations entre ces personnages ne sont pas toujours faciles : Guz, pourtant débonnaire et pacifique, voit en Alley Oop un rival potentiel et le sorcier, on s’en doute, ne fait rien pour arranger les choses.

    Si Alley Oop est rapidement devenu l’homme des cavernes le plus populaire et le plus connu de toute la culture étasunienne, avec une diffusion à sa grande époque dans plus de 800 quotidiens à travers le pays, la création de la série ne fut pas chose aisée. En 1929, Hamlin travaille sur une première version : les aventures d’une famille moderne vivant à l’âge des cavernes. L’année suivante, son projet se modifie en Oop the Mighty : il s’agit cette fois de mettre en scène un homme des cavernes contemporain des dinosaures ; Hamlin creuse l’idée pendant un an pour finalement détruire toutes les esquisses.

    En 1931, il reprend le personnage précédent qu’il rebaptise Alley Oop, et le situe dans un pays appelé Moo. Hamlin dessine quelques strips et les propose à un diffuseur qui les refuse. Il faut attendre 1932 pour que Bonnett-Brown Syndicate accepte de diffuser la série, à raison de deux strips par semaine – une trentaine de journaux sont intéressés. Mais l’année suivante, le diffuseur fait faillite. NEA contacte alors Hamlin qui signe pour une poursuite de la bande, cette fois à raison de six strips par semaine. Perfectionniste, Hamlin redessine tout depuis le début et Alley Oop, dans la forme qu’on lui connaît, commence à paraître le 7 août 1933 sous forme d’un strip quotidien, puis à partir du 9 septembre 1934 de planches du dimanche.

    Pendant presque six ans, la série est confinée dans une préhistoire alternative où le héros se promène à dos de dinosaure. Elle en sort brusquement le 7 avril 1939 pour basculer résolument dans la science-fiction – pour autant que le genre préhistorique, que son traitement se veuille sérieux (J.H. Rosny) ou burlesque, ne soit pas déjà en soi une branche de la SF…  Ce jour là, Alley Oop et sa fiancée Ooola tombent fortuitement sur une caméra envoyée dans le passé pour filmer celui-ci, et qui fait partie d’un mécanisme à remonter le temps ; s’étant saisis de la caméra au moment où elle est rapatriée dans le présent, ils sont « capturés » par la machine et se retrouvent au vingtième siècle ! Pour eux, c’est le début d’une aventure à travers le temps et l’espace qui les occupera pendant les 31 années suivantes. Quittant le Cartoonozoic Age, Alley Oop devient le héros d’un véritable comic opera qui se joue désormais sur la scène de l’histoire humaine des deux derniers millénaires.

    La machine explosant juste après l’arrivée des deux voyageurs du temps involontaires, Alley Oop et Ooola prennent le temps de faire connaissance avec leurs ravisseurs : le Professeur Elbert Wonmug, un inventeur pour qui l’impossible n’existe pas et que donc rien n’arrête, et son assistant Amos Bronson, un anthropologue, à l’inverse de Wonmug, parfaitement "raisonnable" – pour certains commentateurs, le Docteur Bronson serait même le seul personnage à peu près normal de la BD. Il est vrai que, confronté à toutes ces choses mystérieuses qui encombrent le vingtième siècle, Alley Oop ne réagit pas à proprement parler de manière mesurée…

    Les lecteurs comme le diffuseur de la série commencent par manifester leur surprise de la voir à ce point chamboulée : finies les aventures préhistoriques décalées et farfelues, place à un humour basé sur la confrontation entre des niveaux de civilisation et les incompréhensions qui en découlent, puis, dès lors que la remise en état du chronoscaphe le permet, sur la rencontre entre Alley Oop et des personnages historiques (ou pseudo-historiques). Effectivement, ça change ! Mais le public adhère rapidement car le personnage prend une nouvelle dimension. En forçant le trait, V. T. Hamlin révèle d’ailleurs involontairement ses sources d’inspirations, ou plutôt la source quasi unique qui l’influencera au cours de ses années de formation – et avec le recul, il apparaît que cette influence fut sans doute considérable : il s’agit du Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay. Car par bien des côtés, Alley Oop fait plus que rappeler Flip, le compagnon gaffeur de Nemo, en particulier dans les images où il est coiffé d’un haut de forme et fume un cigare : la ressemblance devient alors même physique.

    Cette même année 1939, Alley Oop se retrouve en pleine guerre de Troie : il rencontre Hélène et se bat en duel avec Ajax. L’année suivante, il rencontre Ulysse et se querelle avec Hercule, devient général dans l’armée des Amazones, fait la connaissance de Cléopâtre et de Marc-Antoine – tandis qu’est introduit dans la série G. Oscar Boom, un brillant expert en explosif, un excentrique au tempérament explosif et instable qui, après un début de carrière du côté des méchants, intègre la fine équipe.

    En 1941, Alley Oop se rend à Alexandrie puis rencontre Robin des Bois. En 1942, il veut s’engager dans l’armée américaine pour participer à l’effort de guerre et combattre les nazis, comme le font tous les super-héros de comics, mais il est refusé car considéré comme un "alien". Du coup, il reprend ses pérégrinations temporelles et participe au fameux siège de Syracuse, avec Archimède, puis il visite le Japon médiéval.

    Octobre 1945 est une date qui compte car notre héros se rase et sacrifie sa chevelure. Les lecteurs protestent ! En février 1946, tout a repoussé et Alley Oop a repris son apparence normale – c’est ainsi qu’il découvre l’Atlantide avant de retourner à Moo pour lutter aux côtés de ses amis contre l’invasion des Cro-Magnon. 1947 : Napoléon ; 1948 : Alladin et le génie de la lampe à huile.
Un nouveau tournant décisif est franchi en 1949 qui ancre encore davantage la série dans la SF – car on peut toujours faire remarquer que le voyage dans le temps, bien que permanent, n’est ici utilisé que comme prétexte à des aventures comico-historiques qui revisitent pourtant bien des mythes. Alley Oop s’envole pour son premier voyage vers la Lune ! (il y en aura un second en 1958). A son retour, il entame une tournée de conférences.

    Hamlin, qui s’était déjà fait aider dans ses recherches de documentation historique par Fred Dewalt, alors son futur gendre, décide de prendre un assistant à temps complet. Ce sera David Graue, un étudiant ami de son fils Teddy qui prend ses fonctions officiellement le 1er janvier 1950.
De son côté, Alley Oop, après avoir chassé le tigre en Indes, et rencontré Jules César puis Richard Cœur de Lion, retourne chez les Amazones dans le but de trouver des fonds pour un nouveau projet de voyage spatial, cette fois vers Vénus !

    Au cours des années cinquante, le personnage – qui a désormais besoin de lunettes – continue promenades temporelles et rencontres historiques. Il fait la connaissance de Néron, du Père Noël, de John Smith et de Pocahontas, de la Reine de Sabbat, de Macbeth… il participe à la bataille de Hastings ou encore découvre la Fontaine de Jouvence avec Hernando de Soto. En 1960, la chanson Alley Oop est au hit-parade. L’année suivante, des extraterrestres débarquent à Moo !

    A partir du 15.7.1966, Dave Graue co-signe le strip quotidien dont Hamlin se désintéresse peu à peu. Il l’abandonne à son assistant en 1968, mais continue toutefois à en écrire les scénarios. A partir de septembre 1970, Hamlin n’intervient plus du tout sur le strip quotidien, et se contente d’écrire et de dessiner les planches du dimanche, désormais encrées par Graue. Le 1er janvier 1973, Hamlin qui aura bientôt 73 ans et qui a désormais des problèmes de vision, dessine sa dernière planche du dimanche – qui est publiée le 1er avril. Dave Graue est désormais en charge de la série dans sa continuité : les six bandes quotidiennes de la semaine et la planche du dimanche.

    Au cours des dix années qui vont suivre, Vince Hamlin s’occupera de son épouse Dorothy, victime d’un sévère accident cardiaque dont elle ne remettra jamais tout à fait, tout en travaillant sur ses mémoires, Just for the Record. Il réalise également quelques affiches. Après le décès de Dorothy en novembre 1985, à l’âge de 83 ans, V. T. Hamlin vit seul et se consacre à l’écriture. Il rédige une autobiographie, The Man who Walked with Dinosaurs, un traité sur la pêche, Four Rivers, ainsi qu’un roman, The Devil’s Daughter.

    Venu au monde le 20 mai 1900, Vincent T. Hamlin le quitte le 14 juin 1993.


Bibliographie (partielle)

Publication en périodiques

Planches de 1937 dans Junior ] 89 (9.12.1937) – 94 (13.1.1938) [
Strips du 7 avril au 4 mai 1939 (arrivée de Alley Oop et Ooola dans le présent), Johnny 1-6, 4/7.1970.
Strips du 2 janvier au 27 mars 1950, Les Pieds Nickelés Magazine 2, 10.1971
Strips du 6 juillet au 8 août 1964, Phénix 2, 1.1967

Albums

Alley Oop 1, Dupuis, collection Gag de Poche n°35, sd (12.1965)
Alley Oop 2, Dupuis, collection Gag de Poche n°40, 1966
Alley Oop, Glénat, 1980


                                                                                  Cousin Francis
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Mardi 5 décembre 2006
    Alpha Centauri est le système solaire le plus proche de la Terre. C’est un système triple – plus précisément il est constitué d’une étoile double, α Centauri A et α Centauri B, et d’une naine rouge, Proxima Centauri, qui lui est liée gravitationnellement.
    Située à seulement 4,22 années-lumière, Proxima Centauri est l’étoile la plus proche de la Terre. Avec une magnitude apparente moyenne de 11, elle est invisible à l’œil nu. Il s’agit d’une petite étoile de spectre M5, d’une masse de 0.12 fois celle du soleil, et sa magnitude absolue est de 15,4 – ce qui signifie qu’elle est 13.000 fois moins lumineuse que le soleil.
    Alpha Centauri est beaucoup plus intéressante. Sa composante A est une toile de spectre G2, de magnitude apparente –0,01. Sa masse et son rayon sont respectivement 1,1 et 1,06 fois ceux du soleil et sa magnitude absolue est de 4,34 ce qui correspond à une luminosité d’à peine plus d’une fois et demi celle du soleil. On l’aura compris : Alpha Cantauri A est quasiment une étoile jumelle de la nôtre ! La composante B a une magnitude apparente un peu plus faible : 1,35. C’est une étoile au spectre de type K1. Sa masse et son rayon sont 0,99 et 0,87 fois ceux du soleil. L’écart entre les composantes est de seulement 15’’.
    Distant de la Terre de 4,36 années-lumière, le système double a une magnitude apparente de –0,1 ce qui fait de Alpha Centauri la troisième étoile la plus brillante du ciel, après Sirius et Canopus.
    Alpha Centauri est également connue sous les noms de Toliman et de Rigil Kentarus – qui signifie en arabe “ le pied du Centaure ”.

    Ce qui précède est ce que nous apprend la science. En résumé : la principale composante du système stellaire le plus proche de la Terre est une étoile pour ainsi dire jumelle de notre soleil ! Voilà une information qui ne pouvait laisser indifférent les écrivains de Science-Fiction. Le pas fut donc bientôt franchi, qui consistait à extrapoler : une étoile jumelle a toutes les chances de posséder un système planétaire comparable à celui de notre soleil, et donc une planète ressemblant à la Terre…

    De fait, cette planète s’appelle Rann et sa capitale est Ranagar. Elle est située à exactement la même distance de son soleil – Alpha Centauri A – que la Terre du sien. Elle appartient à un système planète ressemblant au nôtre – la plus proche planète de Rann s’appelle d’ailleurs Anthorann.
    Evidemment, Rann est peuplée d’individus ressemblant en tout points aux humains, si ce n’est qu’ils sont nettement plus évolués sur le plan technologique.

    Dans le courant de l’année 1954, Sardath, un célèbre scientifique de Ranagar, tente d’attirer l’attention d’une éventuelle civilisation sur Terre. Il commence à émettre un rayon éclairant à destination de notre planète, dans l’espoir qu’il sera capté et suscitera une réponse. Mais en cours de route, une radiation spatiale inconnue convertit ce simple rayon éclairant en un rayon véhiculaire baptisé Rayon Zéta.
    Courant 1958 : Adam Strange se trouve sur le plateau péruvien, dans la Cordillère des Andes. Il est à la recherche de la légendaire cité de Caramanga où se trouverait, dissimulée depuis des siècles, la fabuleuse rançon de l’empereur inca Athahualpa, capturé par Pizarro. De fait, Adam Strange découvre le trésor – et se retrouve immédiatement pris en chasse par ses gardiens. Alors qu’il plonge dans le vide du haut d’une falaise, pour échapper à une pluie de flèches et de lances, Adam Strange est soudain capturé par un étrange rayonnement. Après un bref instant de froid intense et d’obscurité, il se retrouve sur un monde étrange…
    Présentée dans Showcase 17 (décembre 1958), ainsi débute la première aventure d’Adam Strange, sur un scénario de Gardner Fox et dessinée par Mike Sekowsky.
    Une fois sa mission accomplie – sauver l’univers ou peu s’en faut – Adam Strange, alors qu’il allait pouvoir conter fleurette avec la belle Alanna, fille de Sardath, commence à se dissoudre… et se retrouve sur Terre, pour cause d’épuisement de la charge d’énergie emmagasinée par son corps au moment où il fut frappé le Rayon Zéta. Mais bonne nouvelle : au cours des années précédentes, Sardath a émis à de nombreuses reprises son rayon éclairant – et celui-ci s’est transformé chaque fois en rayon véhiculaire. Adam Strange n’a donc plus qu’à calculer le lieu et la date du prochain impact sur Terre du Rayon Zéta, et à se débrouiller pour être au bon endroit et au bon moment, afin d’être télétransporté sur Rann pour retrouver, le temps d’une nouvelle aventure, la belle Alanna.
    Mais c’est une vraie malédiction, car la charge énergétique s’épuise systématiquement à l’instant du baiser final et Adam Strange, frustré comme on le devine mais bien décidé à ne pas en rester là, se retrouve sur Terre.

    Dessinées par Mike Sekowsky, les aventures d’Adam Strange vont paraître dans trois numéros consécutifs de Showcase – un comic-book DC spécialisé dans la présentation de nouveaux personnages, dans le but de les tester auprès du public. Les réactions des lecteurs furent assez positives pour que la série continue – mais pas assez pour qu’elle bénéficie de son propre titre ; aussi Adam Strange, après quelques mois d’interruption, se retrouva-t-il dans Mystery in Space à partir du n°53 (8.1959) dont il restera la série vedette pendant six ans. Le scénariste est toujours Gardner Fox mais le personnage est confié à un autre dessinateur : Carmine Infantino. Pour beaucoup d’amateurs, Infantino est l’un des plus grands dessinateurs ayant œuvré pour DC, dont il deviendra d’ailleurs directeur asrtistique. De fait, sa version d’Adam Strange – 39 épisodes entre 1959 et 1964 – constitue l’une des séries de SF les plus fascinantes de l’époque. Lee Elias reprendra le personnage, pour 10 épisodes en 1964/65 et enfin Gil Kane, qui avait déjà signé quelques couvertures, en particulier la première pour Showcase, réalisera un épisode inédit en 1970, au sein d’une série de rééditions dans Strange Adventures.
    Adam Strange deviendra par la suite un personnage récurrent dans d’autres séries de l’éditeur, dont la Justice League of America ; il connaîtra une résurrection en 1990 sous la plume de Richard Bruning et les pinceaux de Andy et Adam Kubert – mais c’est là une toute autre histoire…

    Les aventures d’Adam Strange ont été publiées chez Artima dès 1959, pour l’essentiel dans Sidéral, dans une version non remontée simplement réduite, avec un décalage de seulement quelques mois par rapport à la publication originale. En 1971, il bénéficia d’une publication au format original et en couleurs.

    Les nombreuses séries et innombrables récits complets de SF publiés par DC au cours de la décennie 1955/1965, constituent pour beaucoup un sommet absolu dans l’histoire de la bande dessinée de science-fiction, seulement comparable à celui atteint – avec une esthétique résolument différente – par la firme EC. Mais alors que les EC sont rapidement devenus un objet de culte et ont fait l’objet de luxueuses rééditions intégrales et de traductions sous forme d’albums, la production DC est restée confinée dans le ghetto des publications populaires, fragiles et se raréfiant avec le temps.

                                                                                                               Cousin Francis


    PS : Les Cousins et Citoyens qui aimeraient lire à bon compte les toutes premières aventures du sémillant Adam Strange, telles que dessinées par le splendide Carmine Infantino, seront heureux d'apprendre que l'incorrigible Cousin, loué soit-il, a de ses petites mains scanné, retouché, maquetté, imprimé puis relié celles-ci, sous la forme d'un bel album en gand format, avec un dos de toile (ouaouh!) à un nombre minusculissime d'exemplaires. On se procure cet objet délicieux en envoyant au cousin un billet de 10€ accompagné de quatre timbres poste tarif lettre - le Cousin n'aime pas faire simple. Il n'y en aura pas pour tout le monde - mais la vie est ainsi faite. On trouve l'adresse postale du Cousin en allant voir à l'article titré Blificc, dans ce même blog. On ne va pas tout vous dire, tout de même.
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Jeudi 30 novembre 2006
Tommy Tomorrow

En 1946, la firme étasunienne DC lance un nouveau titre d’un genre particulier : Real Fact Comics propose en effet uniquement des BD à caractère didactique, illustrant en quelques planches un fait réel. En général, ce genre de matériel mi-rédactionnel et mi-graphique, genre « saviez-vous que ? », est utilisé par les éditeurs en bouche-trou – alors que Real Fact Comics en fait sa spécialité. Autant dire qu’il n’était guère évident d’y voir apparaître un héros de science-fiction promis à devenir un des piliers de l’univers DC, avec plus de cent cinquante aventures en dix-sept années de parution ininterrompue.

C’est pourtant dans la sixième livraison de ce comic-book que le jeune Tommy Tomorrow fait ses premiers pas – et quels pas puisqu’il s’agit rien moins que d’inviter les lecteurs à le suivre dans la première expédition marsienne ! Annoncée en couverture avec une illustration montrant un terrien déployant un drapeau étasunien sur un sol rocailleux, sur fond de Terre dans le ciel lointain (!), l’aventure se veut traitée de manière aussi réaliste et crédible que possible…

Après de brillantes études au Rocket College (il y est entré en 1954, nous précise-t-on), le jeune Tommy Tomorrow sort Major de sa promotion, ce qui lui vaut l’insigne honneur de piloter la première fusée à destination de Mars. Cet épisode fameux de la (future) conquête de l’espace se passe en 1960. Anticipation scientifique à court terme à sa parution, cette BD en quatre planches titrée « The Columbus of Space » a aujourd’hui, comme presque toute la SF de son temps, rejoint le grand catalogue des uchronies involontaires et autres récits des futurs auxquels nous n’avons pas eu droit. C’est la règle du jeu !

Le créateur de Tommy Tomorrow est un certain Bernie Breslauer, un écrivain dont l’œuvre est aujourd’hui un peu oubliée. A n’en pas douter, celui-ci était alors loin de se douter de la longévité du personnage dont le dessin fut confié, dans un premier temps, à Howard Sherman, vieux routier de la BD et co-créateur du Doctor Fate, puis à Virgil Finlay, plus célèbre pour son travail d’illustrateur de SF et de fantasy que pour ses rares incursions dans la bande dessinée. Mort Weisinger signe le scénario. Voulu comme un pur stéréotype, un simple pilote de fusée comme il y en aura plein dans l’avenir, Tommy Tomorrow exprime par son nom même le fait qu’il n’est qu’un homme de demain parmi d’autres.

Quelques mois plus tard, promu au grade de Colonel, il revient dans Real Fact Comics n°8, avec « Operation Luna » – il s’agit cette fois, toujours en quatre planches et de manière réaliste, d’aller sur la Lune afin de s’y procurer de l’uranium, un minerai indispensable et quasi épuisé sur la Terre. Coïncidence amusante, l’histoire est supposée se passer en 1969 – l’année même où, dans le vrai monde, l’homme posera les pieds pour la première fois sur la Lune. Paru dans Real Fact Comics n°13, le troisième voyage du Colonel Tomorrow l’emmène sur « The Planet of Peril », c’est-à-dire Vénus. Réalisée en cinq planches, l’aventure est cette fois située un demi-siècle dans le futur – ce qui la place en 1998 et fait du sémillant Tommy Tomorrow un sexagénaire, ce que ne traduit évidemment pas le graphisme ! A noter la couverture où l’on voit une sorte de ptérodactyle géant, aux ailes, aux griffes et à la gueule d’un rouge bien sanglant, qui s’en prend à un innocent ballon atmosphérique.

La quatrième et ultime apparition du héros dans Real Fact Comics (n°16) s’affranchit du cadre didactique habituel pour devenir un vrai récit d’aventure. Dans cet épisode situé en 1988, Tommy Tomorrow est désormais Colonel des Planeteers, une organisation chargée du maintien de l’ordre et du respect de la loi. Des super-flics du futur, en somme. Dans « The Comet Doom », le héros s’emploie à sauver le système solaire d’une comète errante.

Deux mois après cet exploit, la série devient régulière et est accueillie par le plus prestigieux des titres de l’éditeur : Action Comics, le magazine de Superman, le héros le plus populaire de tous les temps. Une sacrée promotion ! La couverture du n°127, daté décembre 1948, porte un bandeau qui annonce : « New Feature : Tommy Tomorrow of the Planeteers ! ».

C’est le début d’une saga impressionnante puisque la série sera présente en continu dans Action Comics, jusqu’au n°251 daté avril 1959 – soit dans 125 numéros !

Le nouveau Tommy Tomorrow évolue au milieu du 21ème siècle – ses aventures se passent dans la pratique cent ans après la date de parution. Toujours colonel dans le prestigieux corps des Planeteers – et le plus fameux d’entre eux – il a pour assistant le Captain Brent Wood. Impeccables l’un comme l’autre dans leur bel uniforme, les deux hommes sillonnent l’espace dans le Ace of Space, leur patrouilleur biplace, capturant inlassablement force pirates et autres renégats, maîtrisant toutes sortes de créatures rivalisant en monstruosité, sauvant la Terre lorsque ce n’est pas tout l’univers de périls indescriptibles. A l’occasion, Tommy et Brent travaillent aussi pour le Space Lost and Found Department. La routine du héros des temps futurs, en somme. L’écrivain et scénariste Otto Binder signe l’essentiel des scénarios des 125 épisodes qui paraissent dans Action Comics, sur des dessins de Curt Swan (n°127 à 171) puis Jim Mooney (n°172 à 251). Les trente-cinq premiers épisodes font huit pages, les suivants seulement six et les deux derniers sept.

L’arrivée de Supergirl dans Action Comics oblige Tommy Tomorrow à émigrer dans World’s Finest Comics à partir du n°102, daté juin 1959 ? Il y vivra 23 nouvelles aventures, la dernière dans le n°124 daté mars 1962. Au cours du transfert, la série conserve son dessinateur mais perd son scénariste.

En ce début des années soixante, DC a entrepris de ressusciter ses principaux héros du Golden Age (The Atom, Flash, Green Lantern…) : des nouvelles versions sont testées dans Showcase, avant de bénéficier, en cas de succès, de titres à leur nom. Le même comic-book sert également de vitrine – comme son nom l’indique – à de nouveaux héros, le plus remarquable étant Adam Strange. L’éditeur se sert également de Showcase pour doter des personnages anciens d’une nouvelle jeunesse – comme Aquaman. Décision est donc prise de consacrer plusieurs numéros de Showcase à Tommy Tomorrow, dans l’espoir que le personnage séduise un nouveau lectorat afin de pouvoir bénéficier de son propre titre.

Dans cette nouvelle version, le personnage est étudiant à la Planeteer Academy : la « West Point du Système Solaire ». Son éternel acolyte Brent Wood a cédé la place à un vénusien. Le dessin est de Lee Elias et les scénarios de Arnold Drake. Les trouvailles ne manquent pas, tel ce dôme sous lequel sont simulés les environnements de diverses planètes, afin que les étudiants s’entraînent dans des conditions aussi proches que possible de la réalité – l’idée est assez moderne. Hélas, le succès escompté n’est pas au rendez-vous.

Force en effet est de constater que le personnage reste bien trop ancré dans une certaine SF typique des années cinquante. Tommy Tomorrow est le Space Cadet par excellence, un teenager du vingt-et-unième siècle brillant et courageux, vivant dans le rêve futuriste de jeunes lecteurs des années cinquante. Il aura d’ailleurs précédé et annoncé des séries TV comme Tom Corbett Space Cadet ou The Space Patrol qui explosent au cours des années cinquante. Incapable de rivaliser avec les héros du petit écran sur leur propre et même terrain, par ailleurs en complet décalage avec la nouvelle bande dessinée en émergence, impuissant en somme à participer au principe de modernité qui habitera les années soixante, Tommy Tomorrow tire sa révérence après cinq aventures, la dernière dans le numéro 47 de Showcase, daté novembre/décembre 1963.

Par la suite, le personnage a été rattaché à d’autres héros de l’univers DC tels OMAC – connu pour avoir consacré son existence à tenter d’empêcher l’avènement d’un cataclysme, The Great Disaster, à la fin du vingt-et-unième siècle – ou encore Kamandi, le dernier humain survivant, sous la plume de Jack Kirby, sur une Terre aux mains, si l’on peut dire, d’animaux mutants anthropomorphes. Tommy Tomorrow, de son véritable nom Kamandi Blank, petit-fils de Buddy Blank (alias OMAC), aurait été trouvé dans le Bunker D du Quartier Général des Space Planeteers, par le Général Horacio Tomorrow. Baptisé Thomas, le garçon se serait révélé à la fois d’une grande intelligence et d’une insatiable curiosité scientifique. Devenu adulte, il aurait donc intégré à son tour les Planeteers et serait devenu le héros que l’on sait. Hum… Cette nouvelle version de l’origine du héros, inutile de le dire, n’a guère convaincu les vieux fans !

Enfin et pour être tout à fait complet, on signalera la présence de Tommy Tomorrow aux côtés d’autres héros de l’espace du même éditeur, dans Twilight, une mini-série en trois parties, dessinée par Howard Chaykin et parue en 1990. Notre héros paraît cette fois ne pas s’en être remis…

                                                                                                                                                 Cousin Francis


PS : les amateurs curieux qui souhaiteraient faire plus ample connaissance avec ce personnage méconnu de la BD étasunienne sont invités à se procurer un charmant petit album qui reprend sept histoires complètes, dans leurs versions françaises telles que publiées dans les années cinquante, en noir et blanc. Comme pour toutes les amuseries fanéditoriales du Cousin, la fabrication est des plus artisanales et le tirage minusculissime. Pour recevoir ce délicieux objet, on envoie sous enveloppe discrète un billet de cinq euros ainsi que trois timbres poste à 0,54€ (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?). A qui ? Mais au Cousin : Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le Canton, 33620 Cubnezais. Tous ensemble : "Quelle Chic planète !"
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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