Mercredi 27 décembre 2006
L’explorateur et archéologue Charles Derval se rend, avec sa fille Béryl et son fidèle serviteur Chang, dans la Mer des Sargasses, à la recherche d’une île supposée constituer le dernier vestige de la légendaire Atlantide. Un passager clandestin est bientôt découvert : un certain Jean d’Armor, jeune homme blond à l’allure athlétique, tout à fait sympathique et qui suscite aussitôt la confiance de Derval. Celui-ci l’engage donc comme garde du corps. Riche idée car le capitaine est assassiné ! Garvin, le second, et Diégo, un colombien à la mine patibulaire, organisent une mutinerie. Jean d’Armor, Derval et sa fille Béryl, Chang et Marius Pégommade, un matelot resté fidèle, s’échappent à bord d’un canot motorisé et mettent le cap vers le lieu supposé où se trouverait l’île des Atlantes. Attaqués en route par un avion fusée, ils sont secourus in extremis grâce à l’intervention d’un autre engin volant qui s’avère venir d’Atlantis. Derval avait raison : l’île existe bel et bien, protégée du monde extérieur par une zone d’invisibilité. Sans s’en douter, les cinq compagnons arrivent en plein conflit entre les Atlantes pacifiques et les Outrophédons, des descendants du peuple des Toltèques réunis en une secte souhaitant rien moins qu’asservir le monde…
Né à Paris le 7 mars 1893, Henry Le Monnier suit les cours des Arts Décorarifs à Paris, avant de commencer à publier en 1920 dans Fantasia. En 1923, il devient affichiste chez Lutecia. Il travaille pour divers imprimeurs ainsi que dans la publicité (pneumatiques Englebert, huile Lesieur), tout en continuant de publier des illustrations dans divers magazines comme Le Sourire, Le Journal amusant, L’Oeuvre et Marianne. Henry Le Monnier aborde la bande dessinée sur le tard, alors qu’il approche de la cinquantaine. En 1940, il reprend un temps le personnage de Tarzan, vedette de l’hebdomadaire Junior – il sera ensuite confié à Auguste Liquois. Le Monnier devient rapidement un des collaborateurs les plus remarqués de Pierrot, hebdomadaire pour lequel il réalise Bill la Flèche (1940), L’étrange M. Ram (1941), Paulix (1948), Les Voyages de Gulliver (1949) et enfin Monsieur de Crac gentilhomme gascon (n°8-27, 1950). Dans le même temps, Le Monnier travaille pour l’éditeur belge Gordinne. Dans Wrill il publie Professeur Azimut (1945/46) et Jean d’Armor (1947/48) ; puis il donne Tiff-Huté, homme préhistorique (1947/48) et Le Club de l’aventure (1948/49) à Cap’tain Sabord. Au milieu des années cinquante, Henry Le Monnier collabore à deux titres des Editions Artima : Red Canyon (1954/55) puis Audax (1956), reprenant le personnage de King le vengeur qui avait été créé par Bob Leguay pour les Editions de Nice en 1947. Tarou réédite Jean d’Armor, en noir et blanc, en 1956. On verra encore la signature de Le Monnier dans Total Journal (1962/65) pour des illustrations accompagnant des nouvelles. Henry Le Monnier disparaît en 1978 à l’âge de 85 ans.
La datation précise de Jean d’Armor pose un réel problème, car outre la publication dans Wrill en 1947/48, ce récit a également été publié en album – une première fois aux Editions Chagor (mention en vas de la première planche) / Gordinne (mention en bas de la page 32), puis aux Editions Sirec. Ces albums ne sont pas datés mais plusieurs ouvrages de référence ont longtemps avancé la date de 1943 pour la première édition, Wrill ayant donc simplement republié les planches, d’ailleurs strictement à l’identique (format et couleurs). Bien que cette datation ne fasse plus l’unanimité (elle a, par exemple, disparu du BDM), je continue pour ma part de la trouver tout à fait crédible. Un examen de la bande montre qu’elle est en réalité constituée de 62 planches au format italien et que ces planches ont été superposées deux par deux, afin de constituer des pages au format français. D’où une sensation visuelle de petitesse, si ce n’est d’étouffement qui n’est pas en harmonie avec le souffle épique du scénario. Par ailleurs, l’utilisation systématique de deux vignettes circulaires dans chaque planche trouve davantage son sens dans un découpage à l’italienne. Notons que le format à l’italienne était sur le déclin en 1947, date de la publication dans Wrill, alors qu’il était tout à fait habituel au début des années quarante puisque celui de la quasi totalité des récits complets. Si Jean d’Armor a été dessiné vers 1942, il est donc logique que Le Monnier ait opté pour un format à l’italienne. On peut penser que le projet n’a pas été concrétisé et que les planches ont atterri chez Gordinne, alors à la recherche de matériel pour alimenter sa collection d’albums – il aura suffi de les remonter par deux pour constituer un album de 32 planches au format à la française. Si cet album n’est pas daté, il comporte une liste de 16 titres parus « dans la même collection » - Jean d’Armor y est référencé sous le n°59921/74. Trois titres portent un numéro suggérant une postériorité : Le marquis de la panse d’A (55921/99) et Capitaine Pipe (59921/98) de Jean Trubert, non datés mais généralement considérés par les spécialistes de l’œuvre de cet artiste comme parus en 1942 ; Les aventures de Gringalou (59921/76) de Pinchon, non daté et qui fut, comme Jean d’Armor également publié dans Wrill et réédité aux Editions Sirec. Parmi les titres présentés comme antérieurs, on notera Bab et Babou dans la stratosphère (59921/53) de H. Mallet et Poum-Plum (59921/54) de Vica, tous deux datés 1936. On notera également la présence de quatre albums des aventures d’un certain Vican [sic] portant une référence unique (59921/59 : on sait que ces albums ont d’abord été publiés (et ont connu plusieurs réimpressions) chez Gordinne entre 1935 et 1937, puis sans date, avec Vica à la fois pour nom du personnage et pseudonyme du dessinateur. Compte tenu de ce contexte, la date de publication la plus probable pour l’album Jean d’Armor paraît donc être 1942 – ce qui recule encore d’un an la datation longtemps avancée.
Dernier point, en 1993 le magazine Hop ! se fit l’écho (n°56, p.23) d’un projet d’édition d’une intégrale de Jean d’Armor, incluant en sus du seul épisode connu cinq aventures inédites qui auraient été réalisées pour les Editions Gordinne et seraient restées dans les tiroirs de l’éditeur. Ce projet du libraire-éditeur belge Michel Deligne, grand militant de la redécouverte et de la sauvegarde de la bande dessinée classique, ne semble hélas pas avoir été concrétisé.
Cousin Francis
Ceux de nos sympathiques lecteurs, cousins et citoyens, qui aimeraient approcher de plus près cette oeuvre rien moins qu'époustouflifiante, peuvent souscrire à l'édition - artisanale mais néanmoins somptueuse, toutes choses égales par ailleurs - que projette d'en réaliser le délicat cousin. Il s'agira d'un album de 62 planches au format A4, sous une couverture épaisse, avec des pages de garde coordonnées et un dos en toile adhésive. Ce sera la première édition conforme au découpage original. Merci qui ? Merci, cousin ! (d'autant qu'il suffit, pour ce faire, d'envoyer douze euros au dit cousin, à son adresse au fin fond de nulle part : Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le canton, 33620 Cubnezais). Parution en février.
par Cousin Francis
publié dans :
BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
ajouter un commentaire commentaires (2) recommander
ajouter un commentaire commentaires (2) recommander