Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mercredi 20 décembre 2006

    J’ai fait un rêve. C’était au lendemain du premier tour des prochaines élections présidentielles. Ségolène Royal arrivait en tête avec une bonne trentaine de pour cents des voix – additionnées à celles des troublions de la « gauche de la gauche » et autres assimilés écolos protestataires, on n’était pas loin des cinquante pour cents. En face, les voix de droite combinées, en comptant celles du neu-neu Bayrou, dépassaient donc d’un chouilla les cinquante pour cents (normal : la France est profondément un pays à droite) mais il y avait un gros malaise : le bouledogue breton dépassait le caniche de Neuilly. Oh, ça se jouait à un poil de cul, mais tout de même, c’était clair et net : Le Pen avait niqué Sarkozi. Et les militants du FN défilaient dans les rues en chantant le célèbre « La pipe à papy que l’on croyait perdue, c’était mamy qui l’avait dans le cul », sauf qu’ils avaient changé les paroles en : « La pine à Chirac que l’on croyait perdue, c’était Sarko qui l’avait dans le cul », car il ne faisait aucun doute que le président sortant avait magouillé dans l’ombre pour niquer à sec le nain de Neuilly.

    Je sais que je viens d’utiliser trois fois en peu de lignes le mot « cul » et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Ce n’est pas dans mes habitudes. Mais souvenez-vous qu’il s’agit d’un rêve ; et dans les rêves, on laisse volontiers son subconscient exprimer des choses qu’on tairait à l’état de veille – ou que l’on nommerait autrement ; plutôt que « cul » (quatrième fois) on dirait par exemple « antagoniste du visage » : tout le monde connaît l’expression « émettre des gaz à effet de serre plus haut que son antagoniste du visage » pour « péter plus haut que son cul » (cinquième fois). Bref, revenons à nos moutons.

    Donc, on s’acheminait vers un second tour Ségolène / Jean-Marie, variante sociale-molle de la précédente élection. Hop ! Dans le rêve, ça sautait d’un coup quinze jours et on se retrouvait au soir du deuxième tour.

    Et là, il y avait encore plus malaise car – on l’aura deviné – le méchant peuple de droite cultivant nettement moins le réflexe auto-sodomite que le bon peuple de gauche, une bonne partie de la droite dite républicaine n’avait point jugé utile de reporter ses voix sur Ségo, comme l’avait fait la gauche cinq ans plus tôt. Du coup, une coalition de fait (les Boutin, De Villiers, Sarko and C°) avait porté le molosse à l’Elysée.

    A cet instant, en toute et bonne logique, le rêve ayant viré au cauchemar, j’aurais du me réveiller tout en sueur ! Et me livrer sans tarder à quelques incantations dont j’ai le secret, agrémentées de brûleries d’herbes magiques aux surprenantes propriétés divinatoires et autres.

    Eh bien même pas, dis donc ! C’est fou, ça. J’ai continué de pioncer, peinard, curieux de voir comment l’histoire allait tourner. Vous vous dites : « oui, mais le cousin, comme on le connaît, dans son rêve, il va prendre le maquis et organiser la résistance, comme dans V, la série télé, c’est pour ça qu’il continue de dormir, faut pas s’en faire ». Que nenni ! Le Pen devenait président ; il constituait un gouvernement avec sa garde rapprochée de sacs à merde ; et le FN gouvernait la France, tranquille, avec le soutien d’une Assemblée Nationale aux couleurs de l’UMP qu’il n’avait même pas été nécessaire de dissoudre ; et vous savez quoi ? Eh ben on voyait pas la différence !

    Là, je me suis réveillé. Et j’ai longuement réfléchi à mon rêve. Quel message avait cherché à m’envoyer mon inconscient ? Fallait-il comprendre que le Front Nazional n’était pas si terrible que ça, en définitive ? Ou fallait-il comprendre que le gouvernement actuel fait déjà la politique que ferait le Front Nazional ?

    J’ai pas trouvé la réponse.

    Là-dessus, je me suis levé et je suis descendu me faire du café – vous savez, dans l’ancienne souillarde avec la cheminée, je vous ai déjà raconté tout ça. Pendant que la cafetière glougloutait, j’ai allumé un bon feu. Puis j’ai mis à griller deux tranches de pain aux céréales et je suis allé chercher un des pots de confiture de kiwi faite la semaine dernière – je vous avais raconté que j’allais ramasser les kiwis pour faire des confiotes : j’ai bel et bien ramassé les kiwis (j’ai aussi taillé les vieilles lianes et accroché, le long des fils de fer qui courent le long du mur, celles qui donneront des fruits l’an prochain) mais c’est mon père qui a fait les confiotes. Bref. Et puis j’ai allumé la radio. Ca n’a pas traîné : un baveux a dit qu’un sondage créditait Le Pen de vingt pour cents des intentions de vote au premier tour et que certains commentateurs n’hésitaient plus à prédire un second tour FN / PS. Et puis ça a enchaîné sur l’exil fiscal de Johnny en Suisse.

    J’ai trempouillé ma tartine dans mon café en me disant que, même si le nombre de cons tout fiers de leur connerie ne cesse de progresser (il suffit pour s’en convaincre d’allumer la télé et de rester cinq minutes sur n’importe quel chaîne), il n’y a quand même pas, dans ce pays, vingt pour cents de salauds – au sens sartrien du terme. Vingt pour cents : ça veut dire une personne sur cinq. En clair, une sur les cinq prochaines que vous allez croiser dans la rue. Dit comme ça, c’est nettement plus parlant.

    Vingt pour cents des voix au premier tour. Ca vous étonne ? Pas moi.

    Parce que faut être juste : Sarkozi ou Royal, la différence je la vois pas bien. Ces gens-là ou leurs amis sont au pouvoir depuis des dizaines d’années : un coup les uns, un coup les autres. Ils font les mêmes magouilles, ils se remplissent tout pareil les fouilles. C’est les mêmes scandales qui font pschitt – comme dit Chirac. Les mêmes amnisties. La même non-justice. Le même mépris pour ceux qui survivent dans le vrai monde. Pourquoi on croirait Sarkozi dans sa surenchère de promesses électorales : il est au pouvoir depuis pas mal d’années, il me semble. Pourquoi ferait-il demain ce qu’il aurait pu faire hier ? Et les socialistes, pourquoi feraient-ils demain ce qu’ils auraient pu/du faire avant-hier ?

    Je ne crois pas que les vingt pour cents de gens qui se disent prêts à voter Le Pen au premier tour soient tous des salauds. Oh bien sûr, il y a toujours eu en France un petit pourcentage de raclures nationalistes, ouvertement racistes et faisant de l’antisémitisme leur fond de commerce – et il y a toujours eu des Daudet, des Mauras, des Rebatet, des Tixier-Vignancourt, des Le Pen, pour faire vibrer, animer, fédérer ce courant d’ultras ; et quand le fédérateur est talentueux, il fédère aisément bien au-delà de son électorat naturel. Or, Le Pen a du talent. Beaucoup de talent : il faut le voir arpenter la scène, haranguer ses troupes, placer au bon moment la petite vanne qui tue. C’est un tribun à la Mussolini. Il a la verve, la faconde, la présence. Vous imaginez, par exemple, ce que serait un débat entre Le Pen et un Douste-Blasy ou un Bayrou ? Il faudrait les ramasser à la petite cuillère ! Et puis Le Pen a pour lui sa virginité : il n’a jamais été au pouvoir, donc on ne peut pas lui faire le reproche de promettre aujourd’hui des choses qu’il aurait pu faire hier. C’est sans doute ça, le plus dangereux. Et je crains que ce soit là-dessus qu’il puisse faire la différence. Car en ce qui concerne les autres, tous les autres, non merci, on a déjà donné.

    Quand j’étais jeune, j’avais la certitude que la meilleure arme pour faire reculer l’injustice, le meilleur outil pour construire un avenir meilleur s’appelait la Démocratie. Cette idée reposait sur la conviction que les gens ne sont pas idiots et que donc, lorsqu’on prend la peine d’expliquer clairement les choses, de défendre des points de vue relevant du bon sens avec une solide argumentation, on finit toujours par convaincre les hésitants, rallier les sceptiques, susciter finalement une adhésion à des projets porteurs de sens. J’étais vraiment un petit con ! Une espère d’utopiste de gauche qui avait trop lu des gens comme Prudhon ou Fourier. Aujourd’hui, je crois toujours que les gens, individuellement comme dans leur ensemble, ne sont pas tout à fait idiots – même si beaucoup d’énergie est dépensée pour les rendre idiots… Mais je ne crois plus en la Démocratie – mais alors vraiment plus du tout ! Il est évident que celle-ci a été littéralement confisquée par la classe politicienne. Voter ne sert strictement à rien. Il y a une caste installée au pouvoir – pouvoir économique, pouvoir financier, pouvoir politique – et cette caste est si solidement installée qu’il est impossible de s’en débarrasser…

    Ce constat de l’illusion démocratique a été fait il y a maintenant trente ans – et deux positionnements principaux face à cette situation ont alors été proposés. D’un côté, une forme de nihilisme résigné incarné par le mouvement punk avec son slogan « no future » ; de l’autre le choix de la résistance armée et de l’action directe – ce que le pouvoir appelle terrorisme. On ne perdra pas de vue qu’à partir du moment où on entre en résistance, on devient le terroriste de l’autre – pendant la guerre, les maquisards étaient considérés par les allemands comme des terroristes. On est toujours le terroriste de quelqu’un. Par ailleurs, on voudra bien se souvenir que tout au long de l’histoire de la classe ouvrière, rien n’a été obtenu autrement qu’avec les armes à la main. C’est dans la nature du pouvoir de ne reculer que devant une violence organisée plus forte que la sienne.

    Le punk a fait son temps – il ne proposait rien d’autre qu’un retrait du monde par abandon. Une forme de suicide, en somme. Or, le pouvoir n’en a rien à foutre des suicidaires ! Et puis moi, je crois qu’il y a un futur – et qu’il nous appartient de l’écrire. L’action directe aussi a fait son temps. Abattre le dirigeant d’une multinationale ne sert à rien – le lendemain, le conseil d’administration en désigne un autre. Et de toutes façons le bon peuple a peur de la violence. Même s’il ne possède en fait rien, il est persuadé d’avoir tout à perdre ! Le bon peuple est toujours du côté de l’ordre – puisque c’est celui-ci qui lui garantit un accès facile à tout ce dont il est persuadé avoir besoin.

    Une troisième voix – un troisième choix – est donc à définir. Quelle voix ? Quel choix ?

    Je me suis alors souvenu d’une remarque faite par un des plus grands créateurs du vingtième siècle, le compositeur Edgar Varèse. Il expliquait que pour la plupart des artistes, il y avait deux manières de se positionner par rapport à la « tradition » : la suivre ou en prendre le contre-pied. Et Varèse ajoutait que dans les deux cas, cela revenait à l’admettre comme référence et donc à la valider. La tradition, Edgar Varèse s’est contenté de l’ignorer ! Rien nanafout ! Et c’est sans doute ce non-positionnement – le fait de se situer littéralement « ailleurs » – qui l’amena à créer l’œuvre la plus puissamment originale de tout le vingtième siècle.

    Et tandis que je mettais à griller deux autres tartines de pain aux céréales, il m’apparut que la Troisième Voix, si elle existait, devrait beaucoup – si ce n’est à peu près tout – à cette réflexion d’Edgar Varèse.

    Ces gens qui nous gouvernent nous prennent pour des cons, c’est clair. Et on ne peut pas les virer, c’est tout aussi clair. Or, souvenez-vous de ce que disait l’autre : « Il faut un peuple à soumettre ». Le peuple, en l’occurrence, c’est nous. Pour exister, ces gens-là ont en fait besoin de nous. Ce sont des vampires qui se nourrissent du temps qu’on leur donne, de l’intérêt qu’on leur porte. On ne peut pas les virer, OK, alors c’est nous qui nous tirons ! Oui, vous avez bien lu : on se barre, on éteint la télé, on ne les écoute plus, on ne fait plus attention à eux, à eux… à eux ? à qui, déjà ?

    Il y a une idée magnifique qui revient parfois dans la littérature de fantasy, c’est que les fées, les lutins, les elfes et toutes ces créatures, ont cessé d’exister le jour où les gens ont cessé de croire en eux. Ce jour-là, l’ancien monde a fait pfffuitt !

    Eh ben, y’a qu’à faire pareil !

    Construisons un monde conforme à nos envies, en laissant de côté ce/ceux dont nous ne voulons pas ou plus. Cultivons nos jardins. Imaginons une société fonctionnant le plus possible avec des échanges non marchands. Valorisons ce qui est gratuit. Soyons beaux. Rêvons tout éveillé. Un autre monde est possible, un monde sans eux. Il suffit de le vouloir très fort.

                                                                          Cousin Francis


Décadi 30 Frimaire de l’An CCXV
(mercredi 20 décembre 2006)
Jour de la Pelle et Journée Fruits, en Lune nouvelle à 15h et montante, sous le signe du Sagittaire en son 3ème décan.
Aujourd’hui, le Soleil s’est levé à 8h42 et c’est l’anniversaire du Cousin.
par Cousin Francis publié dans : Chic Planète !
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander

Commentaires

Bon anniversaire!
commentaire n° : 1 posté par : Le pendu (site web) le: 21/12/2006 12:07:12
Ton hypothèse de départ (Ségo et LP au 2ème tour), je ne l'ai pas rêvée, je l'ai énoncée comme une possibilité à ne pas écarter.
Ma douce moitié m'a répondu: "Tu rêves!" ...
J'arrive trop tard pour te souhaiter un bon anniversaire, mais le coeur y est!
commentaire n° : 2 posté par : Jean-Jacques Nguyen le: 27/12/2006 14:07:48
J'oubliais: je connais pas mal de personnes qui disent ne pas vouloir voter Ségo au 1er tour, mais qui sont prêts à voter Sarko au 2ème s'il se retrouve face à LP... :-(
commentaire n° : 3 posté par : Jean-Jacques Nguyen le: 27/12/2006 14:10:34

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Blog : Science sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus