Primidi 21 Vendémiaire de l’An CCXV.
Jour du Chanvre et Journée Fleurs, en Lune croissante et descendante,
sous le signe de la Balance en son 2ème décan.
Ce jour, le Soleil s’est levé à 8h07.
Par les temps qui courent, une alternative vieille comme l’humanité est à nouveau à l’ordre du jour : faut-il vivre debout ou couché ?
Fallait-il se lever et proclamer haut et fort que Dreyfuss était l’innocente victime d’une machination infâme – au risque de prendre des coups de la part de ceux se satisfaisant, pour des raisons bien peu glorieuses, d’une telle culpabilité ? Ou fallait-il signer les accords de Munich et rentrer au pays en affectant de croire que la paix avait ainsi été sauvée – le chancelier Hitler n’étant pas un homme aussi dangereux que les oiseaux de mauvaise augure le proclamaient…
En réalité le choix n’existe pas, car l’Histoire donne toujours tort à ceux pour qui se tenir debout est une posture réclamant un trop grand effort, et qui préfèrent donc rendre les armes à l’avance. Se coucher devant un adversaire, c’est l’encourager à reprendre la marche en avant de ses exigences, c’est se condamner à se faire alors écraser.
Par les temps qui courent, dans un monde où tout se vaut et où hausser le ton passe pour un incongruité, l’Occident a pris la fâcheuse habitude de se taire et de vivre couché – au nom d’un prétendu respect de la « différence », de la sensibilité et des croyances de chacun… puisque c’est ainsi que l’on désigne désormais les exigences liberticides et le fascisme intellectuel d’une poignée de barbares qui déshonorent leur propre communauté.
Conseillons donc à nos derniers Zola de la boucler, de remiser leurs plumes au fond de leur poches, afin de ne pas gêner nos petits Daladier dans leurs entreprises de cirage de pompes de gens qui nous méprisent et nous haïssent. L’Histoire ne s’y trompera pas – elle ne se trompe jamais. A vouloir négocier une ristourne sur notre capacité à réagir pour défendre nos valeurs et les fruits des combats de nos pères, nous finirons en définitive par payer le prix fort de nos lâchetés.
Aujourd’hui, c’est la Turquie qui brandit l’arme des représailles économiques : « Arrêtez de nous titiller la mémoire avec ces balivernes de génocide arménien », nous dit Ankara, « sinon vos entreprises ne pourront plus faire de business chez nous ! ». Et nos chroniqueurs à la vue courte et nos affairistes de monter au créneau, dans des médias sous contrôle, pour appuyer ce discours. Quelle lâcheté ! Quelle démonstration de bêtise et de courte vue ! Quelle démission intellectuelle !
Par les temps qui courent, nous devrions plutôt nous lever comme un seul homme, pour clamer haut et fort : Nous sommes tous des Arméniens ! Ce ne serait même pas du courage, mais juste un peu de clairvoyance. Car à prendre l’habitude de se taire, on finit par oublier l’existence même de la parole.
Cousin Francis
(12 octobre 2006)