BLIFICC n°12
Bulletin de Liaison Informel et Familial à l’Intention de nos Cousins & Concitoyens
Bien chers tous,
Nous voilà mi-août et le cousin est de passage dans sa campagne pour quelques semaines – le temps de s’occuper un peu de ses éditions et de rédiger, au milieu de ses collections et dûment connecté à internet, les trois douzaines de cartels (comprendre : fiches descriptives d’objets exposés) qui lui restent à faire pour l’Espace Jules Verne de la Maison d’Ailleurs. Fort pris, le cousin continue de l’être – d’autant qu’il a passé le mois de juillet à déménager son amoureuse en Suisse. Le cousin est crevé et il a pris bien du retard. Sa voiture est tombée en panne et, à peine réparée, des malfaisants lui ont défoncé les portes et crevé les pneus. Comme la boutique ebay du cousin a du fermer ses portes au cours de ses récents et récurrents exils helvètes, le cousin est à un rien d’une nouvelle période souci financier – ce qui ne le préoccupe guère, habitué qu’il est de naissance à ce genre de situation. En attendant, le cousin doit composer la musique du spectacle inaugural de l‘Espace Jules Verne – une adaptation de Maître Zacharius du même ; les idées peinent à venir et le cousin, toujours aussi bordélique, ne retrouve pas son vieux Tascam 4 pistes dont il comptait se servir, comme table de mixage, pour connecter à une pédale looper à la fois un synthé, une de ses guitares, un générateur de rythmes et un micro. Et peut-être même une basse électrique, faut voir. Un peu agaçant, car le cousin se voit mal assurer tout seul la performance – une polyphonie à cinq ou six voix – sans l’aide du looper (en français : générateur de boucles). Mais bon, le cousin en a vu d’autres…
Côté éditions, une autre contrariété particulièrement contrariante vient contrarier nos projets. C’est dire. En fait, le cousin est colère : le cousin en a marre de ces saloperies d’imprimantes à jet d’encre dont les buses se bouchent dès qu’on cesse de les utiliser pendant deux semaines. Circonstance aggravante : le cousin utilise des encres mêlées de résine, ce qui assure un petit look bien brillant ainsi qu’une belle longévité à la chose imprimée… mais bousille les têtes d’impression encore plus vite ! Bon, clairement : c’est la troisième imprimante que le cousin fusille pour la même raison : buses bouchées, et ce le plus indébouchablement qu’il puisse être. Celle-là était un combiné Epson Stylus DX4050 – ça fera au cousin un scanner de plus… Du coup, nos petites éditions entrent à nouveau dans un cycle de retard pour cause technique et ça commence à bien faire.
D’autant que nous avions prévu de passer, n’est-ce pas, à la vitesse supérieure en vous proposant des albums en couleurs ! Sapristi ! De la bel ouvrage en prévision (voir plus loin). Mais imprimée comment ? Zat ist ze quouetcheune, comme on dit en argot suisse allemand mâtiné de patois lorrain. Que faire ? Cambrioler une banque et acheter une imprimante couleurs laser ? Non sans risques et peu satisfaisant sur le plan intellectuel, surtout depuis que le cousin a pour ainsi dire viré bouddhiste.
La solution la plus envisageable – mais hélas la moins écologique – consiste sans doute à acheter une imprimante couleurs à jet d’encre (en cherchant un peu on trouve de l’excellent matériel à 50€), à se lancer dans un gros tirage en changeant les cartouches d’encre tant que ça continue d’imprimer correctement… puis à l’amener à la déchetterie dès que les buses commencent à merdouiller. Puis on recommence avec une autre. Il faut quand même être conscient qu’une imprimante (fournie avec son jeu de cartouches) coûte en général le même prix qu’un jeu de cartouches seul. En fait, les fabricants veulent vous vendre de l’encre – les imprimantes, c’est cadeau ! Sur mon Epson, les cartouches contenaient chacune 4,5 ml. d’encre et coûtaient 9,99€ pièce. Faites le calcul : ça fait plus de 2000€ le litre d’encre ! S’il ne s’agit pas d’une discrète mais bien profonde sodomie à l’insu de votre plein gré, cela y ressemble bougrement, boudiou !
Dernier sujet qui risque de faire se lever quelques sourcils dans les chaumières : des albums largement – voire totalement – imprimés en couleurs sur du beau papier ; Autant le préciser d’emblée : ça promet de faire chaud au niveau du porte-monnaie !
Malin, le cousin va commencer par une édition qui s’impose et ne peut donc se refuser : les 20 premières planches du dimanche de la série culte Terres Jumelles, que peu de gens ont vues puisqu’elles sont parues en 1953 dans les fort rares derniers numéros, en format moyen, de la seconde série de Tarzan – se poursuivant dans les premiers numéros de Hurrah ! en lequel il se transforme. Du lourd – voir les cotes du BDM, j’ai mis des années à trouver tous les numéros et y ai laissé ma liquette ; merci au passage à notre ami bruxellois J.P. Dupont qui m’a récemment déniché les deux derniers numéros manquants. Créé en 1952 par O. Lebeck et Alden McWilliams, le strip quotidien se voit complété par une planche du dimanche, réalisée par le même tandem artistique, à partir du 1.3.1953 – scénario indépendant de celui du strip quotidien. Les planches publiées en France sont complètes et en couleurs, mais hélas retouchées, parfois sévèrement, dans le sens d’un rhabillage des petites femmes de Terra, fichtrement sexy et vêtues de nuisettes spatiales mini-rikiki un rien osées pour l’époque. Dans sa grande bonté, le cousin complètera donc les 20 planches de la traduction française, reproduites en couleurs, par 19 planches étasuniennes au format d’origine et en noir et blanc – seulement 19, vous avez bien lu, car une des planches originales semble définitivement perdue, en tout cas elle est absente de l’unique édition américaine de Susor Publications. Ce Terres Jumelles constituera, à n’en pas douter, un tout à fait mémorable 22ème volume de la Collection Spatial.
Le volume suivant sera consacré à Darwin Jones : le plus méconnu et le plus oublié des héros de SF du Silver Age DC. Ses aventures sont situées sur Terre, à l’époque de leur publication. Il ne bénéficie d’aucun équipement spécial et n’a pas de don particulier – si ce n’est un esprit d’analyse particulièrement affûté, ce qui s’avère fort utile en sa qualité de Directeur du DSI, le Department of Scientific Investigation. Darwin Jones fut le premier personnage récurrent présenté dans les pages de Strange Adventures : sa première aventure, dessinée par Paul Norris sur un scénario de David V. Reed, est en effet au sommaire du n°1 (8/9.1950), placée immédiatement après l’histoire vedette de ce numéro, l’adaptation en BD du film Destination Moon. Il apparaîtra à 13 reprises dans Strange Adventures, entre 1950 et 1964 – mais sans la moindre régularité et avec des périodes d’absence de plusieurs années ! Quatre épisodes seulement ont été traduits et publiés dans Aventures Fiction en 1958/59, et jamais réédités à ma connaissance – le personnage ne fait pas mieux chez lui où seul un épisode, le dernier, a fait l’objet d’une réédition dans From Beyond the Unknown en 1972. Après la grosse dépense des Terres Jumelles, le cousin, soucieux de l’équilibre financier de ses gentils souscripteurs, propose donc un Darwin Jones en version light – noir et blanc minimaliste – à petit prix.
Et la suite ? Eh bien, attendez-vous au premier volume des Chevaliers Atomiques, une série souvent citée par nos correspondants en attente de son édition en albums. Créée en 1960 par feu notre ami John Broome, excellent scénariste qui était venu s’installer en France au début des années huitante, et par le non moins excellent Murphy Anderson, cette saga post-atomique a été publiée dans Strange Adventures et éditée en France un chouilla n’importe comment. Le premier album concocté par le cousin proposera donc, dans l’ordre : le premier épisode dans sa première version en 16 planches (parue dans Sidéral en 1961), la planche originale de Gil Kane réalisée spécialement pour sa réédition étasunienne en deux parties et qui servait de transition, le second épisode inédit en France en fac-simile de l’édition originale (en américain et en couleurs), le troisième épisode dans sa très rare première version (parue dans Commando en 1961) et enfin le quatrième épisode, toujours dans la première version (parue dans Sidéral en 1961). Le cousin a tout de même mis quelques années à trouver ce foutre numéro de Commando dont il avait les références… pour la petite histoire, il a fallu en acheter tout un lot en Belgique, via ebay – ce qui s’avéra en définitive un bon investissement quand on sait que les anciens numéros de ce titre de guerre édité par Artima contiennent de nombreux récits de SF. La difficulté fut encore plus grande pour localiser le Strange Adventures contenant la seconde apparition des Atomic Knights et qui est coté outre-atlantique plus de 400$. Mais nous y sommes parvenus !
Délaissant pour un temps le fond DC, nous allons aborder pour deux albums l’éditeur Magazine Enterprises et vous présenter deux personnages du Golden Age, à peu près inconnus ici mais fort plaisants. Jet Powers fut créé en 1950 par Bob Powell et dura le temps de douze aventures – le cousin possède tous les originaux étasuniens mais il lui manque encore quelques planches de la traduction française dans Garry. Je ne sais pas encore comment je vais organiser l’édition des aventures de ce personnage – à tout bientôt pour davantage d’infos. Space Ace fut quant à lui créé en 1947 par Fred Guardineer pour Manhunt !, et dura le temps de six aventures ; puis le personnage émigra dans les pages de Jet, le comic-book consacré à Jet Powers, où il connut quatre nouvelles aventures – ce sont ces dernières que le cousin compte éditer en album et en couleurs. Histoire de vous faire saliver, sachez donc, braves et impatients souscripteurs, que les deux dernières furent dessinées par Al Williamson et finalisées par ses assistants – des petits jeunes franchement pas manchots comme Frank Frazetta, Roy Krenkel et Wallace Wood. C’est d’ailleurs Wallace Wood qui encre le dernier épisode : somptueux ! Là encore, l’album projeté sera tout en couleurs et coûtera donc bonbon, comme on disait dans les années cinquante.
Rappel pour finir : dès que le problème d’imprimante du cousin sera réglé sortira le 21ème volume de la collection Spatial : J’ai chassé une soucoupe volante… (et autres récits) par Bill ELY. Ce volume proposera six récits complets de SF réalisés par Bill ELY et publiés, à l’origine, dans My Greatest Adventure, House of Mystery et Tales of the Unexpected, entre 1955 et 1958. Fac-simile agrandi des versions françaises publiées dans Big Boy en 1956/59.
Bill ELY est un dessinateur, encreur et scénariste étasunien né en 1919. Il travaille pour divers éditeurs de comics de la fin des années 30 jusqu’aux années 60 – la fin de sa carrière (de moi connue) se passe pour l’essentiel chez DC, avec la publication de nombreux récits complets dans les titres anthologies et surtout son travail sur Rip Hunter, Time Master. J’ignore ce qu’est devenu Bill Ely à partir des années septante – et s’il est encore en vie ou pas. Pour ses récits complets de SF et de fantastique, il travaillait en général seul, assurant les scénarios, le dessin et l’encrage. Son style est très reconnaissable, en particulier sa manière unique de dessiner les visages.
C’est le premier album que le cousin réalise directement en numérique, sans passer par une maquette papier. Les originaux ont été scannés avec un logiciel pour nettoyer les grisés et corriger le jaunissement du papier, en ajustant la luminosité et le contraste. C’est long et un peu pas marrant – surtout à partir de mes Big Boy souvent tout jaunis-pourris ; mais le résultat est un peu plutôt pas mal. Bon, vous verrez. Ces scannes bidouillés sur montés avec Publisher puis imprimés directement.
Chic planète, assurément !
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