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Dimanche 19 novembre 2006

Duodi 12 Brumaire An CCXV
Jour de la Macre et Journée Feuilles.
En Lune montante et croissante. Nœud lunaire ascendant.
Ce jour, le soleil s’est levé à 7h40.

 

Dans mon Château, il n’y a pas la télé – mais il y a la radio : c’est beaucoup plus rigolo.

Hier, j’ai entendu l’ex-juge Halphen sur France Inter. Il expliquait, à qui voulait l’entendre, qu’il reprenait son business de juge parce que écrivain, franchement, c’était trop galère au niveau des pépettes (de l’oseille, du flouze, de l’artiche, de la fraîche, de la thune, du blé, des sous quoi !). Et puis paraîtrait que dans la rue, des citoyens abordent sans cesse l'ex-juge pour lui demander quand c’est-y qu’il va retourner au charbon ? Car le bon peuple regrette les facéties d’Halphie-la-Terreur. Oui : quand c’est-y que le petit juge va retourner au chagrin pour porter l’estocade à Président Chirac ? C’est qu’on attend ça depuis un bon moment, nous autres de la France d’en dessous de la surface !

Rappel des faits : à la fin du précédent millénaire, le petit juge déclenche une très courageuse blitzkrieg contre le RPR, la mairie de Paris, Xavière Tibéri, Président Chirac et toutes ces choses. Ca foire : la blitzkrieg se transforme en drôle de guerre. Ca patauge, ça s’enlise, ça s’embourbe, ça chlika dans la gadoue. Janvier 2002, à court de munitions et désavoué par sa hiérarchie, Halphie jette l’éponge et se met en disponibilité pour faire écrivain et politicien. Chouette. Il a déjà un peu fait, remarquez. En 1999, le petit juge a sorti un premier roman, Bouillottes, dans la collection La Noire de chez Gallimard…

Contexte actuel (en forme de parenthèse) : les français sont des girouettes. Ils n’aiment rien tant qu’admirer les escrocs lorsque, toutes boules rutilantes exhibées, ils sont au sommet des arbres de Noël ! Mais ils lâchent les chiens dès que le vent ramollit. Exemple : Bernard Tapie en brandouilleur flamboyant assurant, total télégénique, qu’il « aurait voulu être un artiste », ça la faisait cador de chez cador, maximal respect ! Le même en tôle – pour des raisons d’ailleurs pas forcément très concluantes –, ce n’était plus qu’un ringard de chez has-been, avec plus un seul copain sur la place de Paris, bien fait pour sa gueule ! Aujourd’hui, Président Chirac ne fait plus grand peur. Ambiance fin de règne. Alors les chiens aboient – les mêmes qui naguère pratiquaient la lèche. L’ex-juge Halphen donc, bien connu pour avoir tenté de niquer Président Chirac mais qui n’est parvenu qu’à se coller une luxation du corps spongieux – redevient juge. Cool. D’après la presse, au premier janvier prochain (dans le calendrier vulgaire), Eric Halphen devrait devenir Vice-Président du Tribunal de Grande Instance de Paris. Ne me demandez pas en quoi ça consiste, comme business, je l’ignore. Mais on peut penser que ça doit palper correct.

La première fois que j’ai croisé le bonhomme, a priori pas antipathique, c’était chez Denoël – de mémoire début 2002 (en février ou en mars, je crois). Je ne savais pas qui c’était, ce gars-là. Il avait l’air sympa. En fait, je venais voir mon directeur littéraire, le sémillant Gilles Dumay. Bon. J’ai dit bonjour. Personne m’a répondu (normal : les gens qui me connaissent savent que je passe facilement inaperçu). Alors j’ai filé direct chez le Gilles (à l’époque au fond du couloir, la deuxième porte sur la gauche). J’ai tout de suite remarqué la nouvelle stagiaire. Quand elle est sortie de dessous la table, elle m’a expliqué (après s’être essuyé la bouche avec un kleenex) qui était le visiteur. En fait, il venait de sortir (ou était sur le point de le faire) un bouquin chez Denoël appelé à cartonner du feu de Dieu : Sept ans de solitude. Le petit juge y déballait tout son sac.

Je crois me souvenir que juste après ça, il y eut un sketch assez gag au Salon du Livre de Paris. C’était le jour de l’inauguration officielle et on attendait Bernadette. Pas spécialement couillus, les organisateurs avaient mis au point un itinéraire évitant à la première dame de passer devant le stand Denoël où trônait le bouquin du petit juge. Je revois encore Halphen, hilare tel un faune priapique sur le point de se taper la reine des fées, prendre en chasse le cortège des huiles, son bouquin à la main, pour aller l’offrir à la présidente… devant un Olivier Rubinstein (monsieur Denoël) mort de rire, tandis que la directrice du salon ne cessait de répéter « Tu ne vas pas me faire ça ! Tu ne vas pas me faire ça ! ». Si, il l’a fait. Ce jour-là, je me suis demandé si le petit juge était, au choix, complètement cinglé, définitivement inconscient ou doté d’un réel courage. Peut-être les trois. Je dois avouer ne pas me l’être demandé très longtemps – en fait juste le temps de prendre une autre coupe de champagne. Mais tout de même.

J’ai recroisé Halphie quelques semaines plus tard, au bar du TGV qui m’emmenait depuis Bordeaux à Babylone-sur-Seine. La veille, l’ex-juge avait participé, rive droite, à une réunion politique – je ne sais plus quelles élections approchaient… les législatives, sans doute. Halphen roulait à l’époque pour Chevènement. Moi, j’allais voir mon Gillou – lui, il remontait à Paris en compagnie d’un zozo non identifié mais dont la tête me disait quelque chose… croisé lui aussi chez Denoël, à tous les coups. A l’époque, la vieille maison avait des allures de plaque tournante de la gauche caviar mouvance Inrocks : sans doute le prix à payer pour une politique éditoriale assez fascinante. Le côté branchouille et parisiano-communautariste de la fine équipe denoëllienne m’a toujours un peu agacé. Mais combien de livres exceptionnels ont été édités par cette officine d’iconoclastes célestes ! Quel autre éditeur aurait pu traduire La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, Gulcher de Richard Meltzer ou encore Orbitor du roumain décalqué Cartarescu, sortir une édition bilingue du Book of Blues de Jack Kerouac ou un essai autant délicieusement tartignolesque que Anti Yéyé de Christian Eudeline ? (Et, accessoirement, supporter aussi longtemps certain écrivain de SF français, le plus suicidaire et looser de sa génération, aujourd’hui reconverti dans le blog de comptoir ?).

Bref, où en étais-je ?

Ah oui : dans un TGV avec l’ex-juge Halphen, au lendemain d’une réunion électorale en banlieue bordelaise. Car l’ex-juge venait de se lancer dans la politique. Ce jour-là, me la jouant total incognito – un truc que j’arrive assez bien à maîtriser – je n’ai pas dit bonjour, j’ai juste écouté… en faisant semblant de travailler. Ce fut assez fun. En fait, il y eut un temps où je prenais tout le temps le TGV entre Bordeaux et Paris – m’arrêtant parfois à Poitiers où j’animais un atelier d’écriture régulier, continuant le plus souvent jusqu’à Paris où je faisais une pause déjeuner avec Gilles avant d’attraper un autre TGV direction Lausanne ou Genève. J’avais la délicieuse habitude de voyager au bar : c’est le seul endroit où l’on peut s’asseoir à peu près correctement quand on mesure plus d’un mètre cinquante, et déballer son bordel devant soi. J’ai de somptueux souvenirs. A un moment où à un autre, il y a forcément un gus qui jaillit de la Première Classe, le plus souvent avec force gesticulation et avec ce petit coup d’œil circulaire si caractéristique de celui qui espère être reconnu. Pour tout dire, les vrais cadors s’en foutent – la soif de reconnaissance est inversement proportionnelle au talent. Une fois, j’ai bu un café avec Ravalec – on s’était déjà rencontré au Salon du Livre, l’un à l’autre présenté par Gilbert Kerleau, alors attaché de presse au Dilettante ; je venais de faire un bon papier sur son dernier recueil dans L’Humanité. Une autre fois, je me suis régalé de la conversation de Benoît Delépine. Une autre fois par contre, je me suis tapé Bayrou, monté à Poitiers avec son épouse et un immense bouquet de fleurs – ça avait été assez folklo !

Donc l’ex-juge s’était lancé dans la politique. Il n’y resta pas longtemps, pour tout dire. Juste assez pour prendre une veste aux législatives de mai 2002, dans la cinquième circonscription de l’Essonne, sous les couleurs (discrètes) du Pôle républicain de Jean-Pierre Chevènement – il eut face à lui un caïd de droite qui l’emportera au second tour contre un certain Stéphane Pocrain, autre girouette politico-médiatique soutenue par les Verts et le PS. Sacré numéro, celui-là ! D’abord à Génération Ecologie, puis chez les Verts (dont il sera un temps porte-parole, il me semble – ou fut-ce à SOS racisme ?) ce qui ne l’empêchera pas de soutenir Tapie aux européennes. Deux fois candidat aux législatives, deux fois battu, deux fois déclaré inéligible pour non remise de ses comptes de campagne, pour finir viré des Verts (l’histoire est racontée en détail dans Wikipédia, d’après un article de Libération), le toujours très politiquement correct et très propre sur lui Pocrain fit les beaux jours d’émissions de télé débiles, au sein de la bande à Ruquier. Triste. Et ces mecs-là voudraient qu’on vote pour eux ? Faut croire qu’on nous prend vraiment pour des cons…

Novembre 2002 : le petit juge est condamné pour diffamation. Des passages de son bouquin n’ont pas plu à son ex-patron. Chez Denoël, on se frotte les mains : un jour où mes oreilles traînaient dans les couloirs, elles surprirent une conversation où l’on faisait état de nettement plus de 200.000 exemplaires vendus. A 10% de droits d’auteur sur un bouquin à quoi ? dans les 20 euros du bout, ça doit faire dans les 400.000 euros dans la poche de l’ex-juge (avant impôt, certes). Ca fait quoi, ça ? Trente ans de SMIG ? Un siècle de RMI ? Pas sot, l’ex-juge et ex-politicien décide de se consacrer désormais à l’écriture.

Surprise : on ne tarde pas à découvrir qu’Halphen se débrouille plutôt pas mal avec la forme courte. En témoigne un recueil écrit en collaboration avec Michel Embareck : Nouvelles mêlées paraît en 2003 chez Gallimard – il donnera par la suite un bon texte dans l’anthologie 48h au Lutécia : 8 auteurs écrivent sur le sommeil (Scali, 2005). Et surtout, en 2004, Halphen signe le très beau et très poignant Au lieu des larmes, chez Stock. S’essayant à l’autobiographie romanesque, l’ex petit juge se révèle un écrivain véritable et sincère. Halphen donne l’impression d’avoir enfin trouvé sa voie/voix, de s’être libéré de quelque chose : son écriture gagne en fluidité, en légèreté – alors même que le propos est douloureux. Le passage du groupe Gallimard (polar à la maison mère et essai engagé à la succursale Denoël) à Stock paraît toutefois révélateur de ce que j’appellerais une tentation littératurante. Qu’importe.

Au cours des deux années suivantes, Halphen multiplie les livres. Deux paraissent en 2005 : Sports (Pierre Terrail) que je ne connais pas et Mitterand : Ombres et lumière, que je n’ai fait que feuilleter lors de sa sortie – j’attendais le retour du Halphen romancier ! Il arrive en 2006 avec Baisers maudits, chez Buchet-Chastel – encore un changement d’éditeur : Halphen donne l’impression de ne pas être capable de rester plus d’un livre chez le même éditeur. L’œuvre est à nouveau (faussement) autobiographique et met en scène la rencontre d’un petit juge de province terriblement ordinaire, Delcroix, et d’une femme plus à la dérive que fatale, Elvire Romano. Dans ce second roman, Eric Halphen confirme ce que l’on pressentait : il est devenu un écrivain avec qui il faut désormais compter.

Et puis patatra : chassez le petit juge, il revient au galop avec Le bal des outrés : propositions en réponse à ceux qui veulent tuer le juge d’instruction (Ed. Privé, 2006) puis avec une préface au Petit manuel de garde à vue et de mise en examen de Laurent Schwartz (Arléa, 2006).

Fait chier ! Eric Halphen – que tout le monde a toujours continué d’appeler le juge Halphen – a l’étoffe d’un écrivain ; ce mec a des tripes et du style ; il a du courage et de l’humour. Mais il est hélas dramatiquement clair qu’il ne saurait péter ailleurs que dans de la soie. Trop bien nourri, le petit juge ; trop bien habillé ; trop formaté… Dommage pour la Littérature. Dans l’interview donnée à France Inter, Halphie-le-Retour a confié au baveux que, dans son costume d’écrivain, il avait connu l’angoisse des fins de mois difficiles. Touchant – même si le mot « difficile » ne doit pas tout à fait avoir le même sens pour lui et pour moi : son difficile à lui doit ressembler à mes rêves de richesse les plus fous ! Comme pour s’excuser de rendre son tablier, le bientôt à nouveau-juge Halphen a affirmé qu’en France, il y avait seulement quatre-vingt écrivains « à en vivre » – sous-entendu : j’arrête pas parce que je n’ai pas de talent mais parce que les français n’achètent pas assez de livres. On ne saurait contester ce dernier constat.

Je vais vous dire un truc : il fait ce qu'il veut, l’ami Halphen ! Simplement, cet homme-là a eu la possibilité de se mettre entre parenthèses de la Justice pendant cinq ans, pour essayer quelque chose. C’est une chance unique à laquelle aspirent la plupart des gens : avoir la possibilité, au moins une fois dans leur chienne de vie, de laisser venir au monde celui que l’on porte à l’intérieur de soi, celui-là humilié chaque jour par un connard de petit chef, rongé par un boulot qu’on n’a pas choisi ou par l’absence de boulot, désagrégé d’angoisse par la vision d’un avenir toujours plus sombre, condamné à ne faire qu'attendre la mort. Le petit juge Halphen a eu sa chance : on lui a permis de devenir l’écrivain Eric Halphen… que, à l’évidence, il rêvait d’être – et qu’il est : ses livres en témoignent. Cet homme-là a eu cette chance-là. Et qu’en a-t-il fait ?

Visiblement, être écrivain, c’est plus difficile qu’être juge. Cela coûte davantage. Faire le choix de vie d’une pratique artistique c’est s’affirmer un guerrier – car l’Ecriture est un art martial qui demande un engagement total. Eric Halphen a fait un autre choix, diamétralement opposé : redevenir un simple pion dans un système sur lequel il n’a aucun contrôle – et le pire c’est qu’il le sait. Le juge Halphen a étouffé l’écrivain Eric Halphen, comme d’autres finissent par tuer l’enfant qui est en eux. Il n’y a rien de plus tragique que cette forme d’auto-avortement…

Cher Juge Halphen, sachez tout de même qu’en France il y a beaucoup plus de quatre-vingt écrivains « qui en vivent » – comme vous dites. Nous sommes tout de même quelques milliers de personnes dont les revenus proviennent pour l’essentiel de la pratique de l’écriture, et pour le reste de petits à-côtés occasionnels comme des ateliers d’écriture, des rencontres en bibliothèques, à l’école ou… dans des maisons d’arrêt. Nous ne sommes pas tous – dans le civil – petit prof, petit journaliste ou petit juge. Juste écrivains. Et nos revenus oscillent entre le RMI et le SMIG – pour les plus chanceux. Si vous ignorez notre existence, c’est simplement parce que nous ne vivons pas dans le même monde – ou plutôt parce que vous ne vivez pas dans notre monde. Vous n'avez fait qu'y passer, furtivement. Sans rien voir. Dommage, je suis certain qu’à la longue vous auriez appris à avoir parfois un peu faim, un peu froid, et à aimer ça. Car c’est le prix de la liberté – c’est ce qui lui donne sa saveur. Vous auriez apprivoisé votre peur – vous auriez fait taire vos angoisses. Vous seriez venu au monde, quoi. Sûr qu’on vous aurait fait une petite place.

Oui, dommage…

Cher Juge, la différence fondamentale entre vous et moi, elle porte sur le sens du mot « vivre ». Pour un juge, je suppose que cela signifie commencer le mois avec le virement sur son compte en banque d’une bonne poignée de milliers d’euros – sinon, à part ça, ça gagne combien un Vice-Président du Tribunal de Grande Instance de Paris ? Cinq mille euros ? Dix mille euros ? Plus, avec les primes et le treizième mois ? Pour moi, vivre signifie seulement être heureux, chaque matin, de me sentir en harmonie avec le monde qui m’entoure – c’est moins ambitieux, j’en conviens.

Finalement, nous nous sommes croisés à un certain nombre d’occasions, au cours de ces dernières années. Sans jamais nous parler – il ne suffit pas d’avoir le même éditeur pour avoir quelque chose à se dire. J’ai aimé vos romans – à l’évidence vous n’avez jamais entendu parler des miens ! Rien que de très normal.

                                                                                                                                    Cousin Francis
                                                                                                                                    (2 novembre 2006)

 

PS : ma mère vous fait dire que ce matin, elle a encore trouvé une fraise des bois bien mûre et bien sucrée. Elle avait le goût de la vie. De la vraie vie.

Par Cousin Francis - Publié dans : Chic Planète !
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Samedi 28 octobre 2006

Francis P. VALERI-DOSTERT
3, Le Canton
33620 CUBNEZAIS
e-mail : francis.valery@mail.be


BLIFICC n°1
Bulletin de Liaison Informel et Familial à l’Intention de nos Cousins & Citoyens


 


CINQ, QUATRE, TROIS, DEUX, UN… CONTACT !


Mes bien chers tous,

Ca y est : mon déménagement est achevé.

En clair : l’invraisemblable bordel accumulé dans mon appartement du Boulevard Roosevelt à Bordeaux, lui-même résultante de la combinaison du bordel entassé un temps dans mon treize mètres carrés de la rue Bertrand de Goth et de celui provenant de l’arrière boutique de la librairie de la Rue des Ayres où j’avais mon bureau, à nouveau combiné à ce que j’ai récupéré chez mon ex-femme à l’époque où j’habitais la maison (qui lui appartient) de la Rue des Vignerons, bref, tout cela est désormais ré-accumulé en un bordel encore plus invraisemblable (car c’était déjà plein !) dans le chais de la maison familiale – encore surnommée le palais des fuites d’eau et des courants d’air.

C’est une monstre panique !

Je commence tout juste à retrouver des choses ou, au moins, à être capable de dire, avec une marge d’erreur raisonnable (disons… cinq cartons), dans quel carton elles sont. Certes, je ne sais pas toujours où est le carton, mais il ne faut pas trop demander non plus – au moins dans un premier temps. Et puis, je n’avais guère le choix… incapable que j’étais de continuer à payer mon loyer – et les dépenses afférentes (charges diverses & C°). Financièrement, je n’ai jamais été autant dans la zoubia comme on disait à Bab-El-Oued – plus un rond sur mon livret et à découvert sur mes deux comptes postaux (je ne peux même plus jouer de l’un et de l’autre pour assurer certains paiements) ; en soi c’est une excellente nouvelle puisque le corollaire de cette situation est qu’elle ne peut pas s’aggraver. Donc, elle est condamnée à s’améliorer. Chic planète !

Je devrais au cours des prochains mois me remettre à flots – c’est-à-dire à zéro – en payant de vieilles factures qui traînent (électricité, gaz, charges sociales et toutes ces choses) ; l’idée est de reprendre une vie normale, saine et frugale, courant pluviôse – pour autant que nivôse ne m’ait laissé congelé de la tête aux pieds, s’entend. Sans désormais de loyer à payer et autres joyeusetés. La vie à la campagne à ceci de remarquable que l’on peut y vivre avec trois francs six sous – pour l’essentiel, parce qu’il n’y a rien à voir, rien à faire, rien à dépenser. Sauf qu’on bosse tout le temps : j’avais à peine fini de récupérer toutes les noisettes et de sécher les figues (ça a d’ailleurs foiré), qu’il a fallu faire les chutneys de tomates et les confitures de poires, conserver le basilic à l’huile d’olive et planter les choux cabus, puis couper du bois et épépiner les grenades, ramasser les châtaignes et les champignons, et bientôt il faudra arracher les scorsonères et les topinambours, puis cueillir les kiwis…

Entre deux travaux des champs, le calfeutrage d’une fuite d’eau et une petite lessive, je suis tout de même parvenu à relancer de manière significative mes petites entreprises fanéditoriales – comme on va le voir ci-après.


NOUVELLES PARUTIONS


Courant fructidor, le Cousin a sorti le n°158 de A&A : un spécial SF pur et dur, limite intégriste, avec six articles ou essais : le Commandant Paygnard nous y parle cinéma (avec Sky Captain and the World of Tomorrow), littérature (avec Ring 3 : Loop) et bédé (avec Bad Company), tandis que le Cousin Francis disserte sur la SF Britannique au temps des Fondateurs (XIX°), aborde Fiction Spécial dans le cadre d’un Panorama des Collections Spécialisées, et commente de manière fort érudite le motif des Univers Emboîtés dans la SF. Que du lourd. En prime, il y a un dossier sur le personnage d’Aquaman et la réédition d’une bédé complète en 8 planches (3,50€, port gratuit).

Le même Aquaman tient la vedette dans un volume éponyme, paru dans la collection des Belles Histoires du Cousin Francis, le sixième pour tout dire. Préface érudite et un choix de six histoires complètes, parues à l’origine en 1957/1960, sous une couverture cartonnée ornée d’une vignette en couleurs inédite de Ramona Fradon. Luxe ! (5€, port : 1,57€). 

Enfin, dans la collection Spatial, est paru le second tome de l’édition intégrale des épisodes traduits du somptueux Musée de l’Espace du géantissime Carmine Infantino. Si ce n’est pas ce que la BD de SF étasunienne a produit de mieux, ça y ressemble ! Cinq grands récits complets top de chez top (12€, port : 1,57€).

Fin vendémiaire, entre deux allers/retours bordelais s’inscrivant dans le cadre des opérations de déménagement (tout à la main et à la Twingo : je ne vous dis pas le nombre d’allers/retours !), le sémillant Cousin a sorti un septième titre dans ses décidément fort Belles Histoires, consacré à Tommy Tomorrow, le fameux colonel des Planeteers, l’homme qui sauve la galaxie après chaque petit déjeuner, et parfois même une seconde fois avant le goûter. Sept histoires complètes dessinées par Jim Mooney et scénarisées par Otto Binder, parues à l’origine entre 1954 et 1958. Géant ! (5€, port : 1,57€)

Rappel : les petites productions fanéditoriales du Cousin sont fabriquées artisanalement et leurs tirages sont minusculissimes. On les commande en envoyant des sous à l’adresse figurant en en-tête de ce document (chèque à l’ordre de Francis P. Valeri-Dostert – paypal accepté mais rajoutez svp environ 5% pour participation aux frais).


A PARAITRE FISSA !


A nouveau doté d’une pêche d’enfer, le Cousin va s’employer à faire paraître avant la fin de frimaire les trois derniers titres de l'actuel programme éditorial tel qu’il avait été défini et mis à souscrire au début du printemps.

Il nous reste à réaliser deux Belles Histoires consacrées à Roy Raymond, le fameux détective de la TV, de l’exceptionnel Ruben Moreira (alias Rubimor pour les Tarzanophiles), et à J’Onn J’Onnz, le chasseur d’hommes venu de la planète Mars. Enorme !

Et puis il faudra bien boucler la huitième livraison – exceptionnelle, comme il se doit – de nos délicieux Mélanges.


PROCHAIN PROGRAMME


Il n’est pas entièrement fixé, car il manque encore quelques originaux dans nos collections et archives pour finaliser certains projets – tels ces quatre numéros de Super Boy (51, 52, 72 et 76) qui nous empêchent de procéder à une Edition Intégrale des strips (bande quotidienne) et planches du dimanche de Space Cadet, d’après le roman de Robert Heinlein, dessinés par Ray Bailey (qui fut l’assistant de Milton Caniff sur Terry et les Pirates) et scénarisés par Paul Newman.

Par contre, j’ai enfin trouvé le dernier opus manquant à ma collection de O.Kay, ce qui va donc me permettre de démarrer une Intégrale de la série de space opéra Radarex, dessinée par le fulgurant Brantonne !

Egalement par Brantonne, je vais réaliser un deuxième volume dans l’Intégrale Fulguros. Après l’édition des toutes premières planches de Pic & Nic et des deux versions du troisième récit complet paru chez Artima, ce nouveau tome va proposer les deux premiers récits complets Artima – qui constituent une seule histoire. Un matériel absolument rarissime !

Restons en France et en récits complets : j’ai fort envie, également dans la collection Strips au format italien, de sortir deux recueils consacrés à Wonderman de Dupuich et à Mister X, bande argentine reprise par divers dessinateurs français. J’hésite encore. Ca n’intéresse peut-être que moi ? Bôf, pas grave : j’en imprimerai un seul exemplaire.

Seule certitude – j’ai commencé à travailler sur la maquette – je me propose de sortir une Intégrale de l’une des meilleures séries britanniques des années CLX : Don Conquest, que l’on a pu lire (enfin pas moi, je n’étais pas né) dans Pierrot, puis dans Kon Tiki et Super Boy. Là encore, c’est du lourd.

A part cela, rien n’empêche mes cousins de me faire suggestions ou propositions. Vos envies m’intéressent !


LE COUSIN VENDS DES BOUQUINS ET DES BÉDÉS


Ce n’est pas nouveau : le Cousin a toujours acheté et vendu des bouquins et des bédés. A la petite école déjà, il trafiquait les Pépito et les Akim. Evidemment, le Cousin n’a jamais eu de sous, alors la seule manière de monter sa bibliothèque, c’était de bricoler en achetant des lots, en triant, en restaurant, en revendant, en réachetant ce qu’il regrettait d’avoir vendu, etc.

Ce qui est nouveau, c’est que le Cousin a découvert internet, le malheureux ! Du coup, il ne s’est pas passé longtemps avant que le Cousin ne découvre ebay : aïe aïe aïe ! Conséquence logique : le Cousin passe les deux tiers de son temps (enfin… une fois qu’il a fini dans le potager, la grange, le chais et les champs, plus ses petites lessives, cf. ci-avant) à scanner, décrire, et mettre en vente son stock – pharamineux – de doublons, triplons, quadruplons, etc., dans une boutique virtuelle. A l’heure où je vous parle, il y a environ 350 livres, bédés et magazines, à vendre dans la boutique du Cousin dont l’adresse est : http://stores.ebay.fr/Chez-le-Cousin-Francis ; le Cousin fait aussi des ventes aux enchères sur ebay – il y a un mois, cet idiot a vendu pour 1,99€, prix de départ, un pulp tout neuf qu’il avait en double, un Fantastic Novels bourré d’illustrations de Virgil Finlay. Ce jour-là, le Cousin aurait mieux fait de se casser une jambe.


LE COUSIN A PRIS D’ASSAUT LA BLOGOSPHERE


Dans un des éclairs d’acuité mégalomaniaque dont il a le secret, le Cousin vient tout juste de comprendre que, avec ses Carnets de Voyage qu’il tenait sur internet il y a douze ans, il avait en fait inventé le concept de blog ! Du coup, cinq ans après tout le monde (cinq ans au cours desquels il n’a cessé de jurer qu’il ne tiendrait jamais de blog sur internet), le Cousin a créé son blog. Sur internet. Ca s’appelle évidemment Les Lunes du Cousin Francis. Mais bon, c’est un blog intéressant – donc ce n’est pas vraiment un blog. Justification genre Syndrome d’Escarpit dont on rappellera ci-après l’énoncé : « Ce que j’écris ne peut pas être de la SF puisque ce que j’écris est bien ». En fait, force est de constater, quoi qu’il lui en coûte de l’admettre, que le blog du Cousin Francis est bien un blog, et qu’il est même vachement bien ! Et j’en sais quelque chose, puisque toute schizophrénie assumée, j’en suis l’auteur.

Chers Cousins, venez nombreux me lire ! Placez des liens partout où vous le pouvez indiquant mon adresse ! Expliquez à votre entourage qu’on trouve dans mon blog agriculturel les meilleures recettes pour avoir un beau potager, devenir Maître du Monde, perdre du poids, faire de délicieuses confitures, pratiquer la décroissance dans la modernité, perdre du poids, améliorer son environnement par le Feng Shui, rester de bonne humeur en toutes circonstances, perdre du poids, rester Maître du Monde, tout savoir sur la SF, la BD et donc la BD de SF, ou encore perdre du poids !

C’est là : http://chic-planete.over-blog.com

Salut et Fraternité !

Cousin Francis
(Figue, Septidi, 7 Brumaire, an CCXV)

Par Cousin Francis - Publié dans : Blificc
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Vendredi 27 octobre 2006


Sextidi 6 Brumaire de l’An CCXV.
Jour de l’Héliotrope et Journée Fruits, en Lune décroissante et tout juste montante, sous le signe du Scorpion en son 1er décan.
Ce jour, le Soleil s’est levé à 8h30.



    Hier, je suis allé à Bordeaux. Ca m’a agacé…

    La journée avait pourtant bien commencé sous la forme d’une belle poignée de bolets bleuissants qui avaient eu l’excellente idée de pousser au cours de la nuit, juste devant la serre. Depuis un mois, nous mangeons presque chaque jour des champignons ramassés sur le Domaine : des bolets poussent un peu partout, aussi bien sous les arbres et au milieu des pieds d’absinthe que dans la pelouse (jamais très loin des bâtiments, toutefois), directement sur les marches moussues ou dans les anfractuosités des murs ; les coulemelles jaillissent des tas de compost ; des petits clous de porte et des rosés viennent tout seuls dans les champs – ce printemps, des girolles ont même poussé dans les plates-bandes de plantes médicinales, au travers du paillage d’écorces de pin qui avait été posé à l’automne dernier !

    J’ai ramassé les bolets, les ai déposés sur le rebord extérieur de la fenêtre de la cuisine, avant de m’installer au volant de ma Twingo, direction Bordeaux, pour un avant-dernier aller-retour de mon déménagement. J’avais prévu de ramener cette fois les deux étagères que ma fille a encore dans sa chambre, ainsi que les derniers cartons de trucs divers et autres saloperies dont on ne se sert jamais et qu'on ferait mieux de foutre à la poubelle vu qu'à chaque déménagement on se les retrimballe – genre ma collection d’écharpes Pierre Cardin achetées au poids dans une friperie il y a dix ans.

    J’ai chargé la Twingo – banquette arrière rabattue, la Twingo se révèle vaste comme trois camionnettes ! En plus petit…
    Puis je suis allé en ville d’un coup de tramway – qui, fort étonnamment, n’était pas en panne – pour aller imprimer les vingt exemplaires (j’ai quinze souscriptions, chic planète !) du premier tirage du recueil Tommy Tomorrow, fameux colonel au sein des Planeteers, célèbre héros des temps futurs et sauveur récurent de la galaxie ! Cette série assez peu connue en France a pourtant connu une belle longévité outre-Atlantique où elle fut publiée sans discontinuer de 1946 à 1963 ; une vingtaine d’épisodes ont été traduits et publiés au début des années soixante, dans Big Boy / Big Boss.
    Les photocopieuses marchaient au poil : pas de bourrage, aucune erreur dans la tri automatique et des à-plats noirs fabuleux. Dans la foulée, j’ai réimprimé huit exemplaires de l’album Rick Random (deux commandes en attente en plus d’un petit stock d’avance) et dix exemplaires de rab du recueil Prince Viking de Joe Kubert dont le premier tirage de quinze exemplaires a été rapidement vendu.
    Mon déménagement touchant à sa fin – et ma petite boutique sur ebay commençant à être un peu connue : allez la visiter, elle s’appelle Chez le Cousin Francis et on y trouve plein de BD et de SF – je me retrouve moins stressé… même si je suis toujours à découvert, traîne des factures d’électricité et de gaz, et n’ai pas réglé mes derniers appels de charges sociales auprès de l’AGESSA. Du coup, mes petites éditions profitent du retour progressif de la pêche ! Et puis, il faut bien que j’honore les souscriptions aux derniers titres prévus avant d’en lancer d’autres ! Car les projets fanéditoriaux ne manquent pas.

    Deux heures plus tard, le tramway me laissait Barrière Saint-Genès, à deux cents mètres d’en bas de chez moi – ou plutôt en bas de mon très bientôt ex chez moi – où j’avais laissé la voiture et son chargement.

    A cet endroit, le lecteur commence sans doute à penser :
    « Pourquoi a-t-il commencé en disant qu’il avait été à Bordeaux et que ça l’avait agacé alors que, à l’évidence, c’était plutôt cool : les étagères sont rentrées dans la Twingo, le tramway n’était pas en panne, les photocopieuses tournaient au poil – que demande le peuple de plus ? (à part du pognon, des filles et du pinard, bien sûr) ».

    J’y arrive.

    Alors que, tout à fait satisfait de cette belle journée d’automne – comme le lecteur l’a saisi – j’arpentais le boulevard de ce sacré Président Franklin Roosevelt d’un pas alerte, la tête pleine de projets et le regard rivé au sautillement hypnotique du T-shirt moulant d’une jeune femme qui arrivait dans ma direction et, se croyant sans doute toujours en été, affichait ostensiblement non pas le port de signes distinctifs d’appartenance religieuse, ce qui aurait pu prêter à polémique, mais le non-port évident de tout ustensile ressemblant de près ou de loin à un soutien-gorge, ce qui était parfaitement ravissant, d’autant que la jeune femme en question possédait une capacité pulmonaire donnant à penser qu’elle devait être un concurrent redoutable dans les concours de plongée en apnée, une sportive sans doute… alors donc que etc., je vous la fais courte, j’aperçois soudain un énorme tas de planches, panneaux, étagères, tiroirs… entassés sur le trottoir.
   
    « Pérestroïka ! Nyarlathotep ! My taylor is rich ! » m’exclamai-je, mes banques mémorielles non encore remises des croisements de circuits aléatoires et incongrus générés par les performances supposées de la sportive. (Cf. ci-avant : un rien me perturbe).
    Après m’être mentalement ébroué, je repris :
    « Nardinamouque ! Purée de ma mère ! Oïe oïe oïe ! » (ça se remettait en ordre).

    Il y avait là, sans mentir, six mètres carrés d’isorel mélaminé en plusieurs panneaux, un très grand tiroir à deux poignées dorées, cinq tiroirs plus petits à poignée unique mais également dorée, quatre grands montants de deux mètres trente d’aggloméré plaqué imitation chêne clair, une douzaine d’étagères du même métal, de la visserie en pagaille, des barres et des poignées, un miroir de cent quatre vingt sur soixante (à vue de nez), plus le reste !

    Que l’on me comprenne bien : chaque année, de la mi prairial à la fin messidor (de fin mai à mi-juillet dans le calendrier vulgaire), Bordeaux se vide de ses hordes estudiantines – une bonne partie des loustics, ne serait-ce que tous ceux qui se sont fait aligner pour la seconde fois aux examens de première année de DEUG, et ça en fait, croyez-moi, retourne chez papa-maman. D’où un assez ahurissant taux de renouvellement de l’occupation des studios et T1 (voire des T2 pour les gosses de riches) des quartiers proches du campus – ou de la ligne de tramway qui dessert celui-ci, le plus vaste de France en superficie, soit dit en passant. D’où la mise directe sur le trottoir d’un volume tout aussi ahurissant de petit mobilier plus ou moins déglingué mais parfois tout neuf : chaises, fauteuils à roulettes, tables de cuisine, bureaux, étagères, meubles informatique, meubles télé-vidéo, etc. – et même du matériel informatique ou audiovisuel décrété obsolète par les vendeurs, mais en parfait état de marche pour les gens normaux, et même en général bien plus récent que celui possédé et utilisé couramment par les gens comme moi. Illitch avait pressenti ce phénomène baptisé obsolescence forcée (un de ces jours, le Cousin fera un papier sur Illitch).
    Bref, je suis en permanence estomaqué par ce gaspillage !
    Et en même temps, pendant des années, je l’ai attendu – comme on attend le nouvel opus d’Amélie Nothomb ou la nouvelle saison de Lost même si on n’a rien compris aux précédents (personnellement, je n’attends pas le Beaujolais nouveau). Avec résignation : il y a des forces qui dépassent même le plus honnête des individus. Pour tout dire, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours pratiqué le recyclage et encouragé mes concitoyens à vivre sur les poubelles de la ville – des vieux restes de punkitude cuisinés à la sauce écolo. Je n’ai donc jamais acheté le moindre élément de mobilier. Chez moi, tout vient de la rue : tables de cuisine, chaises de bar, étagères à CD, tables de chevet… et même mon fauteuil à cinq roulettes tout en cuir, modèle conseil d’administration, trouvé une nuit dans les rues de Lausanne (balancé pour cause d’accroc dans le cuir et problème de réglage du siège – une vis à changer…) et ramené en France après avoir été entièrement démonté et remis à neuf. Et les nombreuses étagères que je me suis bricolées au fil des années ont toujours été montées, pour l’essentiel, à partir de morceaux de meubles Ikéa récupérés dans la rue et retaillés sur mesure.
    Le gaspillage me révulse.
    C’est une insulte faite aux pauvres et une faute grave commise envers la planète. Ici, à la campagne, les gens récupèrent, rafistolent, recyclent, repeignent – enfin… les gens d’avant, parce que les nouveaux ruraux ne sont en général que des banlieusards un poil surexcentrés pratiquant le gaspi et la vie à crédit. La gabegie, ça reste massivement un truc de citadins – des gens irresponsables, trop bien (et très mal !) nourris, environnés de richesse et gavés de faux besoins.
Ouais.

    Mais là, pour en revenir à mon histoire, ce que j’avais sous les yeux (je ne parle pas des nichons de la plongeuse) ce n’était pas une petite étagère estudiantine merdique, fabriquée en Chine par des prisonniers politiques et vendue neuf euros nonante neuf centimes au supermarché du coin – le genre de machin qui se désagrège à la première tentative de démontage après deux premières années de DEUG d’usage. Purée, non ! C’était du haut de gamme, ma bonne dame ! (admirez la rime).
    Ca se repère de suite, le haut de gamme : finition des champs arrondis, glace biseautée, hauteur d’étagères réglable avec un pas d’un centimètre, poignées des tiroirs en métal, densité et finesse de grain de l’agglo, utilisation de chevilles en métal en renfort, qualité du chrome des barres pour les cintres, etc. Ce tas de bois avait été une très belle (pour ceux qui aiment le moderne) armoire-penderie qui avait dû coûter, au bas mot, au moins sept à huit cents euros. Et contrairement aux gentils étudiants fans de Massacre à la tronçonneuse, cette armoire-penderie avait été très proprement démontée, sans la moindre casse.

    Ce qui m’a agacé, je vais vous le dire : c’est que des connards aient balancé ce meuble en vrac sur le trottoir après l’avoir fait démonter par un pro, alors qu’il leur aurait suffi d’appeler Emmaüs pour qu’un camion vienne le chercher ; c’est qu’il existe des gens pour qui sept ou huit cents euros ce n’est rien – nèfles, peau de bite, argent de poche ; et pour être tout à fait honnête et complet : c’est de ne pas avoir eu sous la main un véhicule assez grand pour transbahuter moi-même ce foutoir jusqu’à ma campagne, pour le transformer en une belle bibliothèque !

    J’ai repris ma petit voiture et je suis rentré chez moi en écoutant Daniel Mermet parler de la remunicipalisation de la distribution de l’eau. Chouette émission en deux parties. Juste avant d’arriver au Domaine, j’ai aperçu dans un champ, tout près de la route, de grandes corolles blanches. Je me suis arrêté. C’était des rosés d’une taille exceptionnelle, tout frais poussés ! Un signe de l’univers à mon intention !
    En fin de journée, mon frère et mon père sont allés ramasser des châtaignes dans les bois.
Le soir on a mangé les champignons en famille (autant tous mourir si on s’est planté) avec de la soupe de légumes et des pieds de cochon grillés – le pied de cochon grillé est une des rares indiscutables preuves de l’existence d’une organisation de l’univers, d’un projet nous dépassant puisque situé hors de notre champ de perception étriqué, et, accessoirement, un motif de considérer qu’il vaut mieux être chrétien que juif ou musulman, même si il m’en coûte de l’admettre.
    Après ça, je me suis fait une toile – La Chambre ardente de Julien Duvivier, avec Claude Rich et Jean-Claude Brialy, formidable adaptation surréalisante et fantastique datant de 1961, du roman classique de John Dickson Carr – en grignotant des châtaignes et en pochtronant un petit Coteaux du Languedoc de derrière les fagots, un fort honorable Château Saint Preignant de 2003. Chouette soirée.

    Finalement, ce fut une plutôt belle et bonne journée.


          Cousin Francis
          (27 octobre 2006)
Par Cousin Francis - Publié dans : L'Agenda du Cousin
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Mercredi 25 octobre 2006



    Au retour d’une mission sur la station MIR, le Colonel Viktor Sougarov, un cosmonaute soviétique, a été tenu pour responsable de la disparition d’un injecteur provenant du SOKOTS, un système de propulsion top secret testé sur la station orbitale. Pour cela, Sougarov se retrouve interné pendant quatre années au goulag de Vorodensk.

    Le récit démarre quelque années après sa libération. Sougarov qui est devenu écrivain sous le nom de Viktor Zek, découvre le fameux injecteur dans son vestiaire, à la piscine où il passe une bonne partie de ses journées. Il est alors contacté par Miss Judith Oreland, une new-yorkaise travaillant pour les services secrets de son pays. Elle lui fait écouter un enregistrement de mauvaise qualité, dans lequel une voix étrange – que Sougarov identifie comme étant celle d’une certaine SIG – affirme qu’elle se trouve toujours enfermée dans le Système EEG…

    Parallèlement, Svetlana, la sœur de Viktor, bien connue dans le tout Moscou pour les partouzes gigantesques qu’elle organise chez elle, est engagée pour tourner dans un film porno aux USA. Svetlana est la maîtresse d’Anatole Klitzen, l’éditeur de son frère, en réalité un membre du KGB. Elle a également une fille, Marina, dont on murmure qu’elle serait née d’un relation incestueuse entre le frère et la sœur.

    On comprend peu à peu que Sougarov, lors des essais sur la station MIR du système SOKOTS, a été le sujet de phénomènes des plus étranges – il a entendu une voix féminine et a eu des visions d’une créature qu’il a baptisée SIG. Quand les américains ont à leur tour testé leur propre système de propulsion, le NUCOPROP, dérivé du système russe, les mêmes phénomènes paranormaux se sont produits – c’est pour cela que Sougarov a été approché par Oreland qui l’a fait passer à l’ouest. Grâce à la navette Atlantis, les américains ont récupéré parmi les débris de la station MIR la chambre à combustion du système qui avait été testé par Sougarov. Soumis à diverses expériences par les américains qui l’ont de fait placé au secret, le russe a de nouvelles visions… Il y aurait donc bien « quelque chose » dans le système, mais quoi ?

    L’explication finale est à la hauteur de cette intrigue complexe et qui fonctionne sur plusieurs lignes de narration. Une forme de vie extra-terrestre errante, de passage sur la Lune, a tenté de nouer un contact avec Sougarov, en utilisant des souvenirs profondément enfouis dans la mémoire de celui-ci – SIG la créature hologramme est à l’image de Xénovna Blasek, une anarchiste lettone qui, des années plus tôt, a été l’amante de Svetlana.

    Cette même Blasek se trouvera emprisonnée avec Judith Oreland, arrêtée par le KGB après le passage à l’ouest de Sougarov et condamnée pour espionnage. Avant d’être exécutée, la lettone donne à l’américaine un message pour Svetlana…

    L’épilogue qui se situe dix ans après la ligne de narration principale, répond à une partie des interrogations posées par le scénario.
    Sougarov vit toujours aux USA, mais il est interné dans un asile d’aliénés. Svetlana est morte dans le grand tremblement de terre de Los Angeles. Judith Oreland vient d’être libérée et, avant de rentrer aux Etats-Unis, transmet donc le message de Blasek à la fille de Svetlana, Marina. Celle-ci ressemble énormément à sa mère, et comme elle a eu, très jeune, une fille prénommée Sigma… que l’on appelle SIG !

    L’Amour Hologramme est un album qui demande plusieurs lectures pour être apprécié dans sa complexité. Il y a des zones d’ombre et des raccourcis dans le scénario, qui sont autant d’invites faites au lecteur à chercher – et peut-être à trouver – sa propre vérité sur ce qui s’est réellement passé, sur la Lune et sur la station MIR.


Références

L’Amour Hologramme
Scénario et dessin : Chris Lamquet
Pré-publication dans (A SUIVRE) n°165 à 170, 1991. Couverture du n°165.
Editions Casterman, collection les romans (A SUIVRE), avril 1993

     Cousin Francis
     (25 octobre 2006)
Par Cousin Francis - Publié dans : Les Lectures du Cousin
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Mercredi 25 octobre 2006
Duodi 12 Vendémiaire de l’An CCXV.
Jour de l’Immortelle et Journée Racines, en Lune croissante et montante,
sous le signe de la Balance en son 2ème décan.
Ce jour, le Soleil s’est levé à 7h54.


    Ce matin, je me suis réveillé à 4h.

    Il y avait la lune. Déjà immense – elle sera pleine dans cinq nuits. J’ai l’habitude de vivre au rythme de la lumière : je n’ai pas de rideau et ferme rarement les volets des pièces où je dors, ainsi suis-je réveillé par le jour qui se lève, simplement. Aux alentours de la pleine lune, j’ai du mal à dormir – mon corps perd ses repères, environné d’une lumière lunaire qui contrefait celle du jour. Mais si tôt, ce matin-là, il y avait cette autre sensation, mal définie… un soupçon de mal vivre, un frisson d’inquiétude.

    Je devais être à Périgueux à 10 h, pour la première séance de mon nouvel atelier d’écriture – mais ce n’était pas cela qui me posait problème. Tout au contraire : j’avais hâte de découvrir les nouvelles têtes de la Première Littéraire du lycée Bertrand de Born, une classe avec laquelle je travaille chaque année, en collaboration étroite et des plus amicales avec son professeur de Lettres, l’Honorable John P. Imbert. Pour tout dire, il me tardait même de déballer le matériel olfactif et tactile que j’avais préparé la veille, pour un atelier que j’avais souhaité placer, cette année, sous le signe de l’éveil des sens. J’en reparlerai.

    Oui, il y avait quelque chose dans l’air qui – et j’ai bien du mal à trouver les mots pour en rendre compte – me faisait éprouver un sentiment d’urgence. Je me suis levé et ai aussitôt allumé mon PC – j’ai cette capacité, qui a toujours sidéré mes compagnes, d’être capable de travailler, en pleine possession de mes moyens intellectuels, quelques secondes après m’être réveillé. Comme si un pas de côté me suffisait pour franchir la limite entre les deux faces de l’univers. Il y a toujours un ordinateur – ou au moins une ramette de papier et un pot empli de stylos – tout à côté de mon lit, ou plutôt de mon matelas car j’ai l’habitude de dormir sur un matelas posé à même le sol.
    Je me suis mis à relire sur l’écran un texte assez long écrit et saisi la veille, destiné à faire l’ouverture de ce blog. J’avais le titre : « De plus loin que l’horizon ». J’y dis rapidement qui je suis – ou plutôt qui je fus ; histoire de me présenter dans le contexte de mes activités éditoriales passées. Ce texte, j’avais la désagréable certitude que je devais le finir fissa – si je voulais qu’il fût un jour fini. Et qu’il me fallait le mettre en ligne aussitôt – faute de ne l’être peut-être jamais. Ces idées étaient bien noires, d’autant que cette première contribution à mon blog ne se voulait en rien un testament mais plutôt un acte de renaissance. J’ai fini le texte mais je ne l’ai pas mis en ligne – officiellement pour conjurer le sort ! (dans la pratique parce que je me disais que ça allait sûrement être très compliqué et qu’il allait falloir lire trois fois des instructions en tout petits caractères…).

    Vers sept heures, je suis descendu faire du café. Il y avait déjà du vent. Ma mère venait de se lever – elle dort dans une pièce du rez-de-chaussée, contiguë à l’aile de la maison où vit mon jeune frère. Elle me confirma ce que j’avais commencé à pressentir : la veille au soir, la météo avait annoncé pour le lendemain une tempête sur le sud-ouest. On y était.

    Ma mère est angoissée par le moindre coup de vent. Elle craint les inondations – à juste titre : le Domaine est une véritable passoire, un nid à courants d’air. Ces vingt dernières années, les tempêtes successives ont fait des dégâts considérables. Toutes les cheminées du bâtiment principal et de l’une des ailes ont été abattues – ce genre de dégât n’est pas couvert par les assurances et, faute d’argent, nous ne les avons jamais fait reconstruire. La conséquence la plus pénalisante est que l’on ne peut utiliser que deux cheminées, une dans l’aile ouest et l’autre dans une dépendance où mes parents s’installent le soir pour regarder la télévision, alors que nous en avons, en théorie, dans toutes les pièces du bâtiment central. Une grange immense et magnifique s’écroule peu à peu – à chaque tempête, une portion de toiture s’effondre ; et le hangar qui la flanquait à l’est n’est plus qu’un souvenir réduit à trois piliers de pierre blanche, orphelins tapissés de lierre et pris d’assaut par des rosiers anciens, en bordure d’un champ (les sept autres ont été bousculés par l’effondrement des poutres de huit mètres qui reposaient à leur sommet). Et il y a eu tellement de dégâts, lors de la fameuse tempête de l’an 2000, que nous n’avons même pas fini d’abattre et de débiter certains arbres à demi couchés les uns contre les autres, comme un jeu de quilles que l’on aurait figé d’un coup de baguette magique, juste après qu’il aurait été bousculé par un enfant colérique et injuste.

    Il est près de huit heures et cela ne s’arrange pas. Je dois partir…

    J’ai été pris dans la tempête dès mon départ. Tout le long du chemin, les arbres voltigeaient dans un vent furieux. A plusieurs reprises, j’ai évité de justesse des branches tombées sur la chaussée, et j’ai reçu sur ma voiture des volées de débris, fort heureusement de petite taille. A Périgueux, le vent avait arraché des branches de belle taille aux arbres séculaires du jardin public, en face de l’entrée principale du lycée. Je dois avouer que je l’ai traversé en grande hâte, ce jardin – sans prendre le temps d’échanger quelques mots avec ses principaux habitants, comme je le fais d’ordinaire (j’aime assez parler aux arbres) ; mon unique préoccupation était de ne pas prendre une branche mal inspirée sur le coin de l’œil. (…) Sur le coup de midi, à la fin de l’atelier, cela soufflait encore un peu, mais le plus fort de la tempête avait filé vers l’est. Nous avons déjeuné chez John P., en compagnie de Daniel Faure, un plasticien des plus talentueux de nos amis. Je me suis mis en route vers quatorze heures. Sur le chemin du retour, j’ai pu apprécier les dégâts : les alentours de Libourne m’ont semblé avoir été particulièrement touchés. Je m’attendais au pire. Deux heures après avoir pris congé de mes amis, je suis arrivé au Domaine…

    Il régnait un silence de plomb.

    J’ai fait en compagnie de mon père l’inventaire des dégâts autour des bâtiments et dans le parc. Quelques branches terminales avaient été arrachées au grand Ginkgo qui se dresse entre l’aile est et la grange – je parlerai un jour de cet arbre vénérable dont la ramure de gorgone  dépasse le toit du bâtiment central et pénètre à l’intérieur de la chambre la plus à l’est quand on dégage les volets ! Le vieil albizia qui fait face au perron avait perdu une de ses branches maîtresses – il s’en trouve désormais déséquilibré : des racines effleurent le sol, au prochain gros coup de vent je crains fort qu’il ne se soulève et bascule… J’ai déjà vu cela de mes yeux, j’avais treize ou quatorze ans, au cours d’une tempête, un triacanthas (encore appelé février d’Amérique) de plus de vingt-cinq mètres s’est lentement couché, arrachant au passage une partie des branches d’un chêne de près de deux siècles, et finissant sa course en balayant le toit d’un hangar… C’est quelque chose d’assez traumatisant. La motte arrachée avait creusé une fosse de près de deux mètres de profondeur !
    Aujourd’hui, les colères d’Eole ont fort secoué plusieurs peupliers déjà malmenés ces derniers temps. Deux frênes en bord de route ont été abattus – les services communaux sont intervenus rapidement pour sécuriser le passage. Le vent, on s’en doute, a fait tomber les derniers fruits – dommage pour les poires dont une bonne partie n’avait pas finir de mûrir. Plusieurs cerisiers, un mirabellier et un pommier ont été déracinés ou brisés net (ce sont de vieux arbres). Quant au potager, ce qu’il en reste ressemble à un champ de bataille – on sauvera sans doute quelques pieds de tomates et de poivrons blancs et noirs, les piments, peut-être les rhubarbes. Les topinambours en fleurs sont couchés sur le sol de toute leur longueur – mais les tubercules ne doivent pas être très loin de leur maturité. Seuls les fraisiers n’ont pas souffert et la récolte va certainement continuer pendant encore un bon mois.

    Il va falloir maintenant récupérer tout ce qui peut l’être des fruits et des légumes, et faire des conserves : chutney et confiture avec les tomates, compote et gelée avec les poires. Et il faudra débiter les arbres qui sont tombés, et rentrer tout ce bois de chauffage pour l’hiver – c’est le bon côté des choses !

        Cousin Francis
        (3 octobre 2006)
Par Cousin Francis - Publié dans : L'Agenda du Cousin
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