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Jeudi 7 décembre 2006

    Il y a deux mois, début octobre, quand j’ai commencé ce blog, je ne l’ai dit à personne. Je me suis remis à écrire simplement parce que j’avais besoin de me remettre à écrire. Et j’ai commencé à mettre en ligne une partie de ce que j’écrivais simplement parce que j’avais besoin de dire :  hello ! coucou ! bonjour ! remember me ? je ne suis pas mort ! y’a quelqu’un ? Mais voilà, je ne l’ai dit à personne. Ce qui, à dire vrai, était quand même un tout petit peu contradictoire, non ?

    En fait, quelques semaines plus tôt, j’avais commencé à vendre sur ebay des bricoles provenant de ma bibliothèque, histoire de tenter de faire rentrer un peu d’argent. J’ai fini par créer une boutique et, assez rapidement, j’ai inséré dans la description des objets mis en vente un petit topo supposé répondre aux « questions fréquemment posées » ; c’est dans ce cadre que j’ai, pour la première fois, signalé l’existence de ce blog.

    En clair : je me suis bien gardé d’annoncer mon « retour » à mon « public » logique (le milieu de la SF, les gens qui me connaissent en tant qu’écrivain, les anciens lecteurs de mes Carnets de Voyage sur l’internet, les copains qui ont des sites) mais j’ai fait passer l’info là où elle avait toutes les chances de ne pas être reçue.

    Et ça a tout à fait bien marché. Mon blog était visité quotidiennement par un nombre de personnes hésitant entre zéro et un – parfois deux.

    Un jour, mon amoureuse de Lausanne a même été y faire un tour et, au retour, m’a envoyé un mail en me disant qu’elle ne voyait pas quel intérêt les gens pouvaient trouver à ce genre de choses. Moi non plus, dis donc ! Chic planète : ça faisait longtemps que, mon amoureuse de Lausanne et moi, nous n’avions plus été d’accord sur quelque chose…

    Et puis j’ai découvert la notion de Blog Rank.

    Je n’ai pas tout compris mais disons, pour ceux qui en savent encore moins que moi, s’il y en a, que le blog rank est une espèce d’indice allant de 1 à 100, calculé par l’hébergeur des blogs, selon une formule conservée ultra-secrète (pour que quelques blogueurs malins ne puissent pas tricher et faire grimper leur indice par quelque manipulation maligne), et censé exprimer la qualité d’un blog. Vous avez un blog rank de 1 signifie que vous êtes une grosse tâche qui n’a rien à dire et n’intéresse personne – un blod rank de 100 signifie que vous êtes le roi de l’internet, donc du monde.

    Pendant six semaines, mon blog rank a joué au yoyo entre 2 et 3 – toute petite ficelle. Ce qui me positionnait dans la catégorie « assez grosse tâche, mais y’a plus grosse (en cherchant bien), n’intéressant quasiment personne, mais y’a pire (pareil) ». Résultat en soi déplorable mais dans le contexte parfaitement logique.

    C’est vers cette période que, m’étant retrouvé par je ne sais quelle manipulation malencontreuse – on a vite fait de cliquer n’importe où – sur le blog de mon ami André-François Ruaud, directeur littéraire des Moutons Electriques et éditeur de la revue Fiction où j’officie deux fois de l’an comme critique allitéraire, j’y découvis une mention de mon blog (un « lien », il me semble que cela s’appelle ainsi, une sorte de piège à clic pour internaute imprudent). Je demandai à André par quel petit salopard de cafteur il avait su que j’avais un blog. Il me répondit qu’il ne s’en souvenait pas, mais que ça avait du être par le canal habituel : le bouche à oreille. Une visite chez mon ami, l’écrivain et plasticien Fabrice Méreste, me fit découvrir un autre de ces fameux liens. Gaspatcho ! J’étais démasqué et jeté en pâture à la curiosité des foules en délire. Chouette. Peut-être que j’allais redevenir célèbre et, unique conséquence vraiment intéressante de la célébrité, être à nouveau invité dans les salons du livre et festivals de SF pour vider des caisses de champagne au bar VIP en compagnie des journalistes les plus craquantes (vous savez maintenant quelles sont les motivations des écrivains, ce qui vous évitera, dans les débats avant signatures, de continuer de poser à l’auteur invité la question la plus blonde de l’univers : « pourquoi écrivez-vous ? »).

    Le 18 novembre, alors que la veille je m’étais couché de bonne heure et n’avais donc rien fait de spécial à part finir le paquet de madeleines, mon blog rank, ce misérable, bondit à 7… puis à 12. Pendant une dizaine de jours, il yoyota ainsi entre 7 et 12 – plus longue ficelle, plus d’amplitude.

    C’est là que, tel David Vincent cherchant un raccourci qu’il ne trouva jamais à la recherche d’une pancarte marquée « tous aux abris », je ne pus que constater, avec effroi, que mon blog rank passait à 17 le 28/11, à 22 le 29/11, à 27 le 30/11, à 32 le 1/12, à 37 le 2/12, à 42 le 3/12… tandis que le nombre des « pages lues » et celui des « visiteurs uniques » (deux concepts également étranges que je maîtrise mal) explosaient. 80 visiteurs le 30/11 ! alors que, au cours des trois premières semaines de novembre, ces mêmes « visiteurs uniques » n’avaient jamais été plus de 7 – et très fréquemment zéro en octobre, ce qui était encore plus raisonnable.

    Le doute n’était plus permis : ils avaient pris forme humaine et étaient désormais parmi nous. Qui ? Mais les lecteurs !

    Depuis, je me cache.

    Cette nuit, j’ai rallumé mon vieux PC et, en tremblant, j’ai consulté les chiffres : le blog rank de la veille est de 44. La fièvre continue donc de monter… mais tout de même moins vite.

    Mon Dieu qui n'existez pas, que vous ai-je fait ?

    Bon, j’ai décidé de prendre la taureau par les cornes. Demain, je vais cueillir les derniers kiwis et je fais de la confiture. Et dans mon prochain article – promis-juré ! si je mens c’est moi qui bouffe toute la confiture… – il n’y aura que des considérations agriculturelles. Le genre de trucs qui n’intéressent vraiment personne !

    Bonjour chez vous.

                                                                                                                             Cousin Francis

Septidi 17 Frimaire de l’An CCXV
(7 décembre 2006)
Jour du Cyprès et Journée Fleurs, en Lune décroissante et descendante, au lendemain de la Pleine Lune, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Tout à l’heure, le Soleil devrait se lever à 8h31.
Par Cousin Francis - Publié dans : Chic Planète !
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Mardi 5 décembre 2006
    Alpha Centauri est le système solaire le plus proche de la Terre. C’est un système triple – plus précisément il est constitué d’une étoile double, α Centauri A et α Centauri B, et d’une naine rouge, Proxima Centauri, qui lui est liée gravitationnellement.
    Située à seulement 4,22 années-lumière, Proxima Centauri est l’étoile la plus proche de la Terre. Avec une magnitude apparente moyenne de 11, elle est invisible à l’œil nu. Il s’agit d’une petite étoile de spectre M5, d’une masse de 0.12 fois celle du soleil, et sa magnitude absolue est de 15,4 – ce qui signifie qu’elle est 13.000 fois moins lumineuse que le soleil.
    Alpha Centauri est beaucoup plus intéressante. Sa composante A est une toile de spectre G2, de magnitude apparente –0,01. Sa masse et son rayon sont respectivement 1,1 et 1,06 fois ceux du soleil et sa magnitude absolue est de 4,34 ce qui correspond à une luminosité d’à peine plus d’une fois et demi celle du soleil. On l’aura compris : Alpha Cantauri A est quasiment une étoile jumelle de la nôtre ! La composante B a une magnitude apparente un peu plus faible : 1,35. C’est une étoile au spectre de type K1. Sa masse et son rayon sont 0,99 et 0,87 fois ceux du soleil. L’écart entre les composantes est de seulement 15’’.
    Distant de la Terre de 4,36 années-lumière, le système double a une magnitude apparente de –0,1 ce qui fait de Alpha Centauri la troisième étoile la plus brillante du ciel, après Sirius et Canopus.
    Alpha Centauri est également connue sous les noms de Toliman et de Rigil Kentarus – qui signifie en arabe “ le pied du Centaure ”.

    Ce qui précède est ce que nous apprend la science. En résumé : la principale composante du système stellaire le plus proche de la Terre est une étoile pour ainsi dire jumelle de notre soleil ! Voilà une information qui ne pouvait laisser indifférent les écrivains de Science-Fiction. Le pas fut donc bientôt franchi, qui consistait à extrapoler : une étoile jumelle a toutes les chances de posséder un système planétaire comparable à celui de notre soleil, et donc une planète ressemblant à la Terre…

    De fait, cette planète s’appelle Rann et sa capitale est Ranagar. Elle est située à exactement la même distance de son soleil – Alpha Centauri A – que la Terre du sien. Elle appartient à un système planète ressemblant au nôtre – la plus proche planète de Rann s’appelle d’ailleurs Anthorann.
    Evidemment, Rann est peuplée d’individus ressemblant en tout points aux humains, si ce n’est qu’ils sont nettement plus évolués sur le plan technologique.

    Dans le courant de l’année 1954, Sardath, un célèbre scientifique de Ranagar, tente d’attirer l’attention d’une éventuelle civilisation sur Terre. Il commence à émettre un rayon éclairant à destination de notre planète, dans l’espoir qu’il sera capté et suscitera une réponse. Mais en cours de route, une radiation spatiale inconnue convertit ce simple rayon éclairant en un rayon véhiculaire baptisé Rayon Zéta.
    Courant 1958 : Adam Strange se trouve sur le plateau péruvien, dans la Cordillère des Andes. Il est à la recherche de la légendaire cité de Caramanga où se trouverait, dissimulée depuis des siècles, la fabuleuse rançon de l’empereur inca Athahualpa, capturé par Pizarro. De fait, Adam Strange découvre le trésor – et se retrouve immédiatement pris en chasse par ses gardiens. Alors qu’il plonge dans le vide du haut d’une falaise, pour échapper à une pluie de flèches et de lances, Adam Strange est soudain capturé par un étrange rayonnement. Après un bref instant de froid intense et d’obscurité, il se retrouve sur un monde étrange…
    Présentée dans Showcase 17 (décembre 1958), ainsi débute la première aventure d’Adam Strange, sur un scénario de Gardner Fox et dessinée par Mike Sekowsky.
    Une fois sa mission accomplie – sauver l’univers ou peu s’en faut – Adam Strange, alors qu’il allait pouvoir conter fleurette avec la belle Alanna, fille de Sardath, commence à se dissoudre… et se retrouve sur Terre, pour cause d’épuisement de la charge d’énergie emmagasinée par son corps au moment où il fut frappé le Rayon Zéta. Mais bonne nouvelle : au cours des années précédentes, Sardath a émis à de nombreuses reprises son rayon éclairant – et celui-ci s’est transformé chaque fois en rayon véhiculaire. Adam Strange n’a donc plus qu’à calculer le lieu et la date du prochain impact sur Terre du Rayon Zéta, et à se débrouiller pour être au bon endroit et au bon moment, afin d’être télétransporté sur Rann pour retrouver, le temps d’une nouvelle aventure, la belle Alanna.
    Mais c’est une vraie malédiction, car la charge énergétique s’épuise systématiquement à l’instant du baiser final et Adam Strange, frustré comme on le devine mais bien décidé à ne pas en rester là, se retrouve sur Terre.

    Dessinées par Mike Sekowsky, les aventures d’Adam Strange vont paraître dans trois numéros consécutifs de Showcase – un comic-book DC spécialisé dans la présentation de nouveaux personnages, dans le but de les tester auprès du public. Les réactions des lecteurs furent assez positives pour que la série continue – mais pas assez pour qu’elle bénéficie de son propre titre ; aussi Adam Strange, après quelques mois d’interruption, se retrouva-t-il dans Mystery in Space à partir du n°53 (8.1959) dont il restera la série vedette pendant six ans. Le scénariste est toujours Gardner Fox mais le personnage est confié à un autre dessinateur : Carmine Infantino. Pour beaucoup d’amateurs, Infantino est l’un des plus grands dessinateurs ayant œuvré pour DC, dont il deviendra d’ailleurs directeur asrtistique. De fait, sa version d’Adam Strange – 39 épisodes entre 1959 et 1964 – constitue l’une des séries de SF les plus fascinantes de l’époque. Lee Elias reprendra le personnage, pour 10 épisodes en 1964/65 et enfin Gil Kane, qui avait déjà signé quelques couvertures, en particulier la première pour Showcase, réalisera un épisode inédit en 1970, au sein d’une série de rééditions dans Strange Adventures.
    Adam Strange deviendra par la suite un personnage récurrent dans d’autres séries de l’éditeur, dont la Justice League of America ; il connaîtra une résurrection en 1990 sous la plume de Richard Bruning et les pinceaux de Andy et Adam Kubert – mais c’est là une toute autre histoire…

    Les aventures d’Adam Strange ont été publiées chez Artima dès 1959, pour l’essentiel dans Sidéral, dans une version non remontée simplement réduite, avec un décalage de seulement quelques mois par rapport à la publication originale. En 1971, il bénéficia d’une publication au format original et en couleurs.

    Les nombreuses séries et innombrables récits complets de SF publiés par DC au cours de la décennie 1955/1965, constituent pour beaucoup un sommet absolu dans l’histoire de la bande dessinée de science-fiction, seulement comparable à celui atteint – avec une esthétique résolument différente – par la firme EC. Mais alors que les EC sont rapidement devenus un objet de culte et ont fait l’objet de luxueuses rééditions intégrales et de traductions sous forme d’albums, la production DC est restée confinée dans le ghetto des publications populaires, fragiles et se raréfiant avec le temps.

                                                                                                               Cousin Francis


    PS : Les Cousins et Citoyens qui aimeraient lire à bon compte les toutes premières aventures du sémillant Adam Strange, telles que dessinées par le splendide Carmine Infantino, seront heureux d'apprendre que l'incorrigible Cousin, loué soit-il, a de ses petites mains scanné, retouché, maquetté, imprimé puis relié celles-ci, sous la forme d'un bel album en gand format, avec un dos de toile (ouaouh!) à un nombre minusculissime d'exemplaires. On se procure cet objet délicieux en envoyant au cousin un billet de 10€ accompagné de quatre timbres poste tarif lettre - le Cousin n'aime pas faire simple. Il n'y en aura pas pour tout le monde - mais la vie est ainsi faite. On trouve l'adresse postale du Cousin en allant voir à l'article titré Blificc, dans ce même blog. On ne va pas tout vous dire, tout de même.
Par Cousin Francis - Publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Dimanche 3 décembre 2006
    Il y a quelques jours, j’ai entendu à la radio l’histoire de cette « grand-mère palestinienne » qui s’est sacrifiée dans un attentat suicide. Elle avait une cinquantaine d’enfants et de petits-enfants. J’ai vu sa photo sur l’internet : le front ceint d’un bandeau vert, une arme de guerre dans les bras, elle souriait à sa mort programmée.
    Ce geste m’est incompréhensible.
    Quand il est le fait d’un homme jeune, persuadé de mourir en héros, conformément aux préceptes de sa religion, avec pour récompense de trouver à son arrivée au paradis quarante vierges à sa disposition, je me dis simplement que la foi est bien le strict contraire de la raison – mais on le sait depuis longtemps ; et accessoirement que la religion, supposée élever l’homme, a en réalité pour but premier d’abaisser la femme. Quand c’est une femme âgée qui se suicide pour rien, laissant derrière elle une descendance de cinquante personnes, je ne me dis plus rien – sauf peut-être qu’on vit dans un monde désespérément vide de sens.
    Comment passer une nuit paisible après cela ? Je n’ai pas réussi à m’endormir. Déjà qu’en temps ordinaire, mes nuits sont chaotiques et dépassent rarement quelques heures ! Alors, je me suis relevé et j’ai écrit ce qui suit.

SARAH EN PALESTINE

    Mon Dieu, qu’il est difficile d’échapper à ca Culture, à l’insidieux conditionnement qui se met en place dès la petite enfance, aux mots répétés qui s’enracinent et deviennent d’indiscutables évidences, d’absolues certitudes…

    J’étais tout gamin – Juifs et Arabes se foutaient déjà sur la gueule à tout bout de champ. Il y avait une version officielle et familiale du conflit : c’était la faute aux Arabes. Le raisonnement était simple – je dirais même qu’il relevait de la lumineuse évidence. Les Juifs ashkénazes rescapés de la Shoa avaient parfaitement le droit de créer un Etat sur la terre de leurs lointains ancêtres ; d’ailleurs il n’y avait personne sur cette terre (à part trois pelés et deux troupeaux de moutons – ou de chèvres, on ne savait pas trop) donc ce n’était pas gênant de s’y installer ; de toutes façons, les Arabes avaient été les alliés des nazis et les plus hautes instances religieuses musulmanes avaient applaudi à la destruction massive des Juifs d’Europe ; et puis si c’était un peu le bordel, la faute en revenait aux anglais, l’ennemi héréditaire de la France (Remember Jeanne d’Arc ! Remember Mers-el-Kébir !), puisque ces faux-culs de rosbeefs (petit nom gentil donné à l’époque aux anglais) et cette grosse tarlouze (mot dont j’ignorais alors la signification) de Lawrence d’Arabie avaient promis la même terre aux Juifs et aux palestiniens !

    Pour un gamin de huit ans, ça se tenait – ça lui donnait même l’impression d’avoir compris en profondeur les conditions d’un conflit dont tout le monde parlait.

    Il y avait d’autres arguments plus ponctuels du genre : « A l’instant même de la fondation d’Israël, l’ensemble des armées arabes se sont mises en marche pour détruire le tout jeune Etat – c’était donc bien eux qui ont commencé, alors qu’Israël voulait vivre en paix avec voisins ». Ou bien : « Et puis il y a déjà un Etat palestinien, c’est la Jordanie – les palestiniens n’ont qu’à s’installer en Jordanie… » ; assertion appuyée un peu plus tard par ce commentaire additionnel : « Mais les Arabes se foutent bien des palestiniens, ils les maintiennent dans des camps pour en faire une arme contre Israël, d’ailleurs le plus effroyable massacre de réfugiés palestiniens, c’est l’armée jordanienne qui l’a perpétré le 17 septembre 1970 (le fameux septembre noir) sur ordre du roi Hussein de Jordanie ». Ce qui est tristement exact.

    A chaque nouvelle guerre, mon cœur se mettait à battre un peu plus fort à l’heure du journal télévisé.
    Je vibrais à l’unisson d’un peuple fier et courageux, éternelle victime de l’Histoire – mais en réalité immortel puisque « peuple élu » et qui, Dieu étant à ses côtés, forcément, parvenait à tenir tête aux hordes barbares musulmanes avant de leur flanquer la pâtée par des contre-attaques fulgurantes.
    D’où cette devinette qui avait beaucoup de succès dans la cour de récréation : « On sait que les chars égyptiens ont cinq marches arrière, mais pourquoi ont-ils une marche avant ? Réponse : c’est des fois qu’ils seraient attaqués par derrière ! ». Outre la certitude de la supériorité du peuple Juif – la plupart des plus grands intellectuels, écrivains, artistes… ne sont-ils pas Juifs ? – il y avait surtout dans tout cela un incommensurable mépris pour ce qu’on l’on nommait, de manière d’ailleurs très flou, « les Arabes ».

    Je reviendrai sur les causes de ce mépris, après une anecdote.

    Je me souviens très bien qu’on racontait des histoires secrètes qu’il ne fallait pas répéter – et que l’on répétait donc à l’envi. On disait que des Mirage IV français atterrissaient en Israël, que des équipes se précipitaient pour refaire le plein de kérosène et recouvrir les cocardes françaises au pochoir, vite fait bien fait, par des étoiles de David… puis les pilotes français décollaient aussitôt pour aller attaquer les colonnes de blindés égyptiens. On précisait que nos pilotes, ces héros, prenaient soin de se débarrasser de leurs papiers d’identité ; des fois qu’ils seraient abattus et faits prisonniers – précaution considérée d’ailleurs comme parfaitement superflue par les habitués du Café du Commerce : le missile égyptien qui abattrait un avion français n’avait pas encore été livré par les Russes (parce que, forcément, ce ne pouvait être que les russes qui armaient les arabes).
    Il y a quelques semaines, j’ai entendu à la radio un historien évoquer cette anecdote, précisant qu’elle était bien réelle mais qu’on l’avait su il y a seulement une dizaine d’années. Cet historien ne devait pas vivre, à l’époque, sur la même planète que moi, parce que je peux vous dire que tous les gamins que nous étions alors s’en gargarisaient – gonflés de fierté à l’idée que nos aviateurs se battaient, pas vraiment aux côté d’Israël, mais bel et bien contre les Arabes, qualifiés généralement de « bicots » ou « bougnoules » (nous, les gosses, ne faisions que répéter les mots des adultes).

    Avec le recul, je me suis souvent demandé pourquoi l’engagement de la France aux côtés d’Israël – il y avait déjà eu la tentative conjointe franco-anglo-israélienne de renverser Nasser suite à la nationalisation du Canal de Suez en 1956 – avait, à l’époque, le don d’enthousiasmer la plupart des gens.
    En fait, je pense que c’était une manière d’exorciser les années de collaboration au cours desquelles la police française avait organisé les rafles des Juifs, où l’ensemble des institutions de l’Etat avait collaboré sans sourciller avec les nazis. Ce coup-ci, la France se trouvait dans le bon camp. Et puis aider Israël à foutre sur la gueule des Arabes, c’était aussi panser quelque peu la plaie algérienne – nombre de Juifs qui avaient du quitter l’Afrique du Nord (où ils étaient arrivés plusieurs siècles avant l’envahisseur arabe) s’étaient d’ailleurs installés en Israël : pas question donc que ça recommence !

    J’ai évoqué le mépris dans lequel étaient tenus les Arabes.
    Concernant l’Algérie, on répétait que « depuis qu’ils nous avaient foutu dehors » plus rien ne fonctionnait là-bas – les Arabes n’étant évidemment pas capables de faire fonctionner les merveilles technologiques installées par les Français, tel un formidable tout-à-l’égoût désormais inutilisable.
    Concernant Israël, on s’extasiait sur le fait que les Juifs avaient transformé le désert en oasis, en plantant des millions d'arbres (Enrico Macias, oïe oïe oïe, racontait ça dans une chanson !), ce que les Arabes auraient été bien incapables de faire, fainéants et idiots comme ils étaient.  
    Une phrase circulait en boucle au milieu des parties de belote du Café du Commerce : « Ils ont voulu l’Indépendance ? Ils l’ont eu ! Maintenant, qu’ils se démerdent ! » ; et il ne se passait pas trente secondes avant que quelqu’un ne fasse remarquer : « C’est comme en Afrique, vous verrez qu’ils nous demanderont de revenir ! ».
    Je ne sais pas si ces gens étaient vraiment racistes – peut-être l’étaient-ils ? Je crois surtout que la France ne se remettait pas d’avoir été vaincue et occupée par l’Allemagne ; d’avoir été battue militairement en Indochine avec le désastre de Dien Bien Fu en 1954 ; de s’être fait déculottée et fessée par les Américains et les Russes à Suez en 1956 ; puis d’avoir vu son Empire Colonial se réduire, telle une peau de chagrin, à une poignées d’îles et de minuscules territoires au fin fond de nulle part ; et finalement d’avoir été virée d’Algérie, d’autant que l’Algérie n’était pas une simple colonie mais constituait des départements français.
    Il est notable que le discours officiel fut d’ailleurs le même que pour la Palestine : c’était bien connu qu’à l’arrivée des français, il n’y avait personne en Algérie, à part quelques nomades…

    Mon enfance fut hantée par ces souvenirs qui n’étaient pas les miens. Les adultes ne se rendent pas compte du mal qu’ils font aux enfants en ressassant  devant eux leurs propres frustrations.

    Et puis j’ai grandi.
   
    Mais cette notion de nécessaire et inconditionnel soutien à Israël est restée gravée en moi – évidence indiscutable, absolue certitude, comme je l’ai dit au début de cet article – et ce soutien, il faut bien l’avouer, s’accompagne d’un résidus de ce mépris injustifiable pour les arabes qui, en ce temps-là, était tellement dans l’air du temps. Toute sa vie, il faut lutter contre les préjugés transmis insidieusement au cours de l’enfance. Intellectuellement, on le sait bien. Mais parvient-on jamais à extirper en totalité ce qui s’est accumulé au fond de ses tripes ?

    A la fin des années septante, alors que j’étais étudiant en maîtrise de physique à Bordeaux, histoire d’avoir un sursis pour retarder au maximum la corvée du service militaire, j’ai rencontré une jeune femme qui s’appelait Sarah.
    Elle était très belle, mince et sportive, avec des cheveux bouclés et très noirs, coupés courts. A certains moments, elle avait des allures de « garçon manqué », comme on dit dans les livres pour les enfants d’Enid Blyton, en particulier dans les conversations politiques (nous étions tous deux membres de l’AJS, Alliance des Jeunes pour le Socialisme, et sympathisants de l’OCI, Organisation Communiste Internationaliste, un groupuscule trostkyste) où, comme un mec, elle voulait absolument avoir raison, plutôt que de chercher à être comprise : attitude et qualité plus volontiers féminine. A d’autres moments, Sarah se montrait d’une infinie douceur et d’une incroyable féminité.
    Sarah était juive mais elle militait pour la cause palestinienne.
    Elle disait que les palestiniens avaient eux aussi droit à un Etat, que le fait que les Juifs avaient été les victimes de l’Histoire ne les autorisaient en rien à se comporter comme ils le faisaient avec les Palestiniens, que ces histoires de religion étaient des conneries, qu’il y avait de la place sur la Terre pour tout le monde.
    J’avais fini par penser comme elle – enfin, presque… parce que j’estimais tout de même un petit peu que ces histoires, on ferait mieux de s’en foutre, que ça ne nous concernait pas, que nous on vivait en France et que si les Juifs et les Arabes de Palestine n’étaient pas capable de s’entendre, ce n’était tout de même pas de notre faute. D'autant qu'au fin fond de moi, une petit voix me rappelait régulièrement à l’ordre : faire la paix c’est bien beau, mais encore faudrait-il que les arabes veuillent la paix…

    Et puis est arrivé le printemps et Sarah s’est mise à parler de plus en plus souvent d’aller s’installer en Israël. Plusieurs de nos copains étaient déjà partis. C’était son truc, pas le mien. En septembre, juste après les examens, Sarah a fait ses valises. Là-bas, elle a fini par se marier avec un juif pratiquant et a fondé une famille. Les années ont passé. Un jour, j’ai appris par un vieux copain encore dans le circuit politique que Sarah avait été assassinée par un kamikaze palestinien, dans un bus, alors qu’elle allait chercher ses gosses à l’école.
    Depuis, il y a très souvent une Sarah qui se promène dans les histoires que j’écris – elle est même l’héroïne d’un de mes romans pour les enfants de la série Le Trio de l’Etrange, Le Mystère Rosenberg, paru dans la collection Le Cadran Bleu des Editions Degliame.
    Depuis, le vague mépris qui traînait insidieusement au fond de moi s’est transformé en une haine bien concrète, aussi profonde qu’irrationnelle, dont je n’arrive pas à me débarrasser.
   
    En temps ordinaire, je la maîtrise et parviens à faire illusion. Je mène un auto-exorcisme à travers mes livres. L’exemple le plus évident se trouve dans la poignée de nouvelles qui constituent le cycle Altneuland, en ouverture de mon recueil Voyageurs sans mémoire (Encrage) et plus récemment repris dans une version complétée, en ouverture d’un autre recueil, Chroniques du Futur (Rivière Blanche). Dans ce long récit composite, le Grand Etat d’Israël allié au Mouvement Sioniste International, est à l’origine de l’essor de l’humanité vers les étoiles – mais cette épopée est rendue possible par la découverte scientifique d’un palestinien, Mouloud Kaldoun, Prix Nobel de Physique, qui se heurte à l’incompréhension de sa fille Malika, une militante de la Cause Palestinienne. Dans mes nouvelles, Juifs et Arabes sont obligés de s’entendre pour arriver à quelque chose. Le palestinien a toute ma sympathie alors que les militants sionistes sont dépeints négativement.
    Mon côté « intellectuel de gauche » prend la parole dans mes livres pour combattre le magma émotionnel, totalement irrationnel, primitif, qui bouillonne au plus profond de mon être.
    Une partie de moi-même condamne cet état fasciste et jusqu’au-boutiste qu’est devenu Israël. Mais une autre part, bien plus forte en définitive car échappant au contrôle de la Raison, m’assure qu’il faut continuer de soutenir le seul état démocratique au milieu d’un océan d’obscurantisme islamique, et que le problème des Juifs et des Arabes… c’est les Arabes !

    Parfois, quand je parviens à m’extraire de ce conditionnement idéologique, c’est pour devenir égoïste et j’ai alors l’envie de renvoyer dos à dos ces frères ennemis – de condamner les exactions des uns et des autres. Je voudrais alors pouvoir m’en foutre, me dire que cette guerre éternelle ne me concerne pas, que ça se passe loin là-bas.

    Mais je n’y arrive pas : moi aussi, j’ai mes morts.

                                                                                                      Cousin Francis

PS : hier, j’ai encore mangé quelques fraises des bois, bien sucrées. Plusieurs pieds portent encore des fleurs mais cette fois, ça m’étonnerait qu’elles parviennent à devenir des fruits. Est-ce que les fraises des bois poussent dans les champs de ruines en Palestine ?


Tridi 3 Frimaire de l’An CCXV
(3 décembre 2006)
Jour du Cèdre et Journée Fruits, en Lune croissante et montante, à deux jours de la Pleine Lune, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Ce jour, le Soleil s’est levé à 8h26.
Par Cousin Francis - Publié dans : Chic Planète !
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Jeudi 30 novembre 2006
Tommy Tomorrow

En 1946, la firme étasunienne DC lance un nouveau titre d’un genre particulier : Real Fact Comics propose en effet uniquement des BD à caractère didactique, illustrant en quelques planches un fait réel. En général, ce genre de matériel mi-rédactionnel et mi-graphique, genre « saviez-vous que ? », est utilisé par les éditeurs en bouche-trou – alors que Real Fact Comics en fait sa spécialité. Autant dire qu’il n’était guère évident d’y voir apparaître un héros de science-fiction promis à devenir un des piliers de l’univers DC, avec plus de cent cinquante aventures en dix-sept années de parution ininterrompue.

C’est pourtant dans la sixième livraison de ce comic-book que le jeune Tommy Tomorrow fait ses premiers pas – et quels pas puisqu’il s’agit rien moins que d’inviter les lecteurs à le suivre dans la première expédition marsienne ! Annoncée en couverture avec une illustration montrant un terrien déployant un drapeau étasunien sur un sol rocailleux, sur fond de Terre dans le ciel lointain (!), l’aventure se veut traitée de manière aussi réaliste et crédible que possible…

Après de brillantes études au Rocket College (il y est entré en 1954, nous précise-t-on), le jeune Tommy Tomorrow sort Major de sa promotion, ce qui lui vaut l’insigne honneur de piloter la première fusée à destination de Mars. Cet épisode fameux de la (future) conquête de l’espace se passe en 1960. Anticipation scientifique à court terme à sa parution, cette BD en quatre planches titrée « The Columbus of Space » a aujourd’hui, comme presque toute la SF de son temps, rejoint le grand catalogue des uchronies involontaires et autres récits des futurs auxquels nous n’avons pas eu droit. C’est la règle du jeu !

Le créateur de Tommy Tomorrow est un certain Bernie Breslauer, un écrivain dont l’œuvre est aujourd’hui un peu oubliée. A n’en pas douter, celui-ci était alors loin de se douter de la longévité du personnage dont le dessin fut confié, dans un premier temps, à Howard Sherman, vieux routier de la BD et co-créateur du Doctor Fate, puis à Virgil Finlay, plus célèbre pour son travail d’illustrateur de SF et de fantasy que pour ses rares incursions dans la bande dessinée. Mort Weisinger signe le scénario. Voulu comme un pur stéréotype, un simple pilote de fusée comme il y en aura plein dans l’avenir, Tommy Tomorrow exprime par son nom même le fait qu’il n’est qu’un homme de demain parmi d’autres.

Quelques mois plus tard, promu au grade de Colonel, il revient dans Real Fact Comics n°8, avec « Operation Luna » – il s’agit cette fois, toujours en quatre planches et de manière réaliste, d’aller sur la Lune afin de s’y procurer de l’uranium, un minerai indispensable et quasi épuisé sur la Terre. Coïncidence amusante, l’histoire est supposée se passer en 1969 – l’année même où, dans le vrai monde, l’homme posera les pieds pour la première fois sur la Lune. Paru dans Real Fact Comics n°13, le troisième voyage du Colonel Tomorrow l’emmène sur « The Planet of Peril », c’est-à-dire Vénus. Réalisée en cinq planches, l’aventure est cette fois située un demi-siècle dans le futur – ce qui la place en 1998 et fait du sémillant Tommy Tomorrow un sexagénaire, ce que ne traduit évidemment pas le graphisme ! A noter la couverture où l’on voit une sorte de ptérodactyle géant, aux ailes, aux griffes et à la gueule d’un rouge bien sanglant, qui s’en prend à un innocent ballon atmosphérique.

La quatrième et ultime apparition du héros dans Real Fact Comics (n°16) s’affranchit du cadre didactique habituel pour devenir un vrai récit d’aventure. Dans cet épisode situé en 1988, Tommy Tomorrow est désormais Colonel des Planeteers, une organisation chargée du maintien de l’ordre et du respect de la loi. Des super-flics du futur, en somme. Dans « The Comet Doom », le héros s’emploie à sauver le système solaire d’une comète errante.

Deux mois après cet exploit, la série devient régulière et est accueillie par le plus prestigieux des titres de l’éditeur : Action Comics, le magazine de Superman, le héros le plus populaire de tous les temps. Une sacrée promotion ! La couverture du n°127, daté décembre 1948, porte un bandeau qui annonce : « New Feature : Tommy Tomorrow of the Planeteers ! ».

C’est le début d’une saga impressionnante puisque la série sera présente en continu dans Action Comics, jusqu’au n°251 daté avril 1959 – soit dans 125 numéros !

Le nouveau Tommy Tomorrow évolue au milieu du 21ème siècle – ses aventures se passent dans la pratique cent ans après la date de parution. Toujours colonel dans le prestigieux corps des Planeteers – et le plus fameux d’entre eux – il a pour assistant le Captain Brent Wood. Impeccables l’un comme l’autre dans leur bel uniforme, les deux hommes sillonnent l’espace dans le Ace of Space, leur patrouilleur biplace, capturant inlassablement force pirates et autres renégats, maîtrisant toutes sortes de créatures rivalisant en monstruosité, sauvant la Terre lorsque ce n’est pas tout l’univers de périls indescriptibles. A l’occasion, Tommy et Brent travaillent aussi pour le Space Lost and Found Department. La routine du héros des temps futurs, en somme. L’écrivain et scénariste Otto Binder signe l’essentiel des scénarios des 125 épisodes qui paraissent dans Action Comics, sur des dessins de Curt Swan (n°127 à 171) puis Jim Mooney (n°172 à 251). Les trente-cinq premiers épisodes font huit pages, les suivants seulement six et les deux derniers sept.

L’arrivée de Supergirl dans Action Comics oblige Tommy Tomorrow à émigrer dans World’s Finest Comics à partir du n°102, daté juin 1959 ? Il y vivra 23 nouvelles aventures, la dernière dans le n°124 daté mars 1962. Au cours du transfert, la série conserve son dessinateur mais perd son scénariste.

En ce début des années soixante, DC a entrepris de ressusciter ses principaux héros du Golden Age (The Atom, Flash, Green Lantern…) : des nouvelles versions sont testées dans Showcase, avant de bénéficier, en cas de succès, de titres à leur nom. Le même comic-book sert également de vitrine – comme son nom l’indique – à de nouveaux héros, le plus remarquable étant Adam Strange. L’éditeur se sert également de Showcase pour doter des personnages anciens d’une nouvelle jeunesse – comme Aquaman. Décision est donc prise de consacrer plusieurs numéros de Showcase à Tommy Tomorrow, dans l’espoir que le personnage séduise un nouveau lectorat afin de pouvoir bénéficier de son propre titre.

Dans cette nouvelle version, le personnage est étudiant à la Planeteer Academy : la « West Point du Système Solaire ». Son éternel acolyte Brent Wood a cédé la place à un vénusien. Le dessin est de Lee Elias et les scénarios de Arnold Drake. Les trouvailles ne manquent pas, tel ce dôme sous lequel sont simulés les environnements de diverses planètes, afin que les étudiants s’entraînent dans des conditions aussi proches que possible de la réalité – l’idée est assez moderne. Hélas, le succès escompté n’est pas au rendez-vous.

Force en effet est de constater que le personnage reste bien trop ancré dans une certaine SF typique des années cinquante. Tommy Tomorrow est le Space Cadet par excellence, un teenager du vingt-et-unième siècle brillant et courageux, vivant dans le rêve futuriste de jeunes lecteurs des années cinquante. Il aura d’ailleurs précédé et annoncé des séries TV comme Tom Corbett Space Cadet ou The Space Patrol qui explosent au cours des années cinquante. Incapable de rivaliser avec les héros du petit écran sur leur propre et même terrain, par ailleurs en complet décalage avec la nouvelle bande dessinée en émergence, impuissant en somme à participer au principe de modernité qui habitera les années soixante, Tommy Tomorrow tire sa révérence après cinq aventures, la dernière dans le numéro 47 de Showcase, daté novembre/décembre 1963.

Par la suite, le personnage a été rattaché à d’autres héros de l’univers DC tels OMAC – connu pour avoir consacré son existence à tenter d’empêcher l’avènement d’un cataclysme, The Great Disaster, à la fin du vingt-et-unième siècle – ou encore Kamandi, le dernier humain survivant, sous la plume de Jack Kirby, sur une Terre aux mains, si l’on peut dire, d’animaux mutants anthropomorphes. Tommy Tomorrow, de son véritable nom Kamandi Blank, petit-fils de Buddy Blank (alias OMAC), aurait été trouvé dans le Bunker D du Quartier Général des Space Planeteers, par le Général Horacio Tomorrow. Baptisé Thomas, le garçon se serait révélé à la fois d’une grande intelligence et d’une insatiable curiosité scientifique. Devenu adulte, il aurait donc intégré à son tour les Planeteers et serait devenu le héros que l’on sait. Hum… Cette nouvelle version de l’origine du héros, inutile de le dire, n’a guère convaincu les vieux fans !

Enfin et pour être tout à fait complet, on signalera la présence de Tommy Tomorrow aux côtés d’autres héros de l’espace du même éditeur, dans Twilight, une mini-série en trois parties, dessinée par Howard Chaykin et parue en 1990. Notre héros paraît cette fois ne pas s’en être remis…

                                                                                                                                                 Cousin Francis


PS : les amateurs curieux qui souhaiteraient faire plus ample connaissance avec ce personnage méconnu de la BD étasunienne sont invités à se procurer un charmant petit album qui reprend sept histoires complètes, dans leurs versions françaises telles que publiées dans les années cinquante, en noir et blanc. Comme pour toutes les amuseries fanéditoriales du Cousin, la fabrication est des plus artisanales et le tirage minusculissime. Pour recevoir ce délicieux objet, on envoie sous enveloppe discrète un billet de cinq euros ainsi que trois timbres poste à 0,54€ (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?). A qui ? Mais au Cousin : Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le Canton, 33620 Cubnezais. Tous ensemble : "Quelle Chic planète !"
Par Cousin Francis - Publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Vendredi 24 novembre 2006

J'Onn J'Onzz : Détective de Mars


Pour nombre d’amateurs, le Silver Age de la bande dessinée étasunienne commencerait en novembre 1961 avec la parution du mythique n°1 de Fantastic Four. Tandis que pour les historiens du genre, le Golden Age de cette même bande dessinée coïnciderait plus ou moins avec les années 40, et se serait étiolé doucement au tout début des années cinquante – ainsi la dernière apparition de la Justice Society of America en 1951 sonnerait le glas de l’Age d’Or. 1951 d’une part, 1961 de l’autre : il faudrait donc en déduire que pendant dix années, rien ne se serait passé de très excitant outre-atlantique, au royaume de la BD…

Cette assertion semblera peut-être d’une certaine justesse aux aficionados des comics Marvel et/ou à ceux qui, en France, apprirent à lire dans ces merveilleuses publications que furent Fantask, Marvel ou Strange. Mais j’imagine, non sans une certaine satisfaction, la grimace dédaigneuse des vieux lecteurs de certaines publications Artima comme Sidéral, Aventures Fiction ou Big Boy qui précédèrent d’une décennie les titres des Editions Lug cités ci-avant.

Car si le Golden Age s’est sans doute achevé en 1951 – pour tout dire c’est même probable –, il s’est passé bien moins de dix années entre cette mort plus ou moins consensuelle et la naissance – nettement plus polémique quant à sa datation – de ce que l’on a nommé le Silver Age. Et n’en déplaise aux inconditionnels du formidable tandem Stan Lee / Jack Kirby, à l’origine d’une bonne partie du renouveau de la bande dessinée made in Marvel, ce fameux Silver Age est, pour l’essentiel, à porter au crédit de la National Comics Publications, ancêtre de la moderne DC.
Au cours de la première moitié des années cinquante, la National proposait six séries – personnages uniques, duos ou groupes de personnages – bénéficiant d’un immense succès : Superman et Batman paraissaient régulièrement dans au moins huit titres : Action Comics, Adventure Comics, Detective Comics, Batman, Superman, Superboy, World’s Finest et Superman’s Pal Jimmy Olsen – All Star Comics ayant cessé de paraître en mars 1951 ; The Blackhawks et Wonder Woman possédaient chacun leur propre support, même si cette dernière n’était plus aussi populaire que dans les années 40 où elle tenait la vedette dans deux titres additionnels, Sensation Comics disparu en mai 1952, et Comic Cavalcade disparu en juin 1954 avec son n°63 (mais Wonder Woman n’y était plus depuis le n°30 de janvier 1948) ; enfin Green Arrow et Aquaman, bien que ne bénéficiant pas à l’époque de leur propre comic book, figuraient très régulièrement en seconds récits dans les titres les plus populaires. Dans le même temps, la Marvel (Timely) s’enlisait dans des productions le plus souvent fort peu excitantes.

Certes, l’Age d’Or s’éloignait rapidement dans les mémoires des lecteurs – les anciens passaient à autre chose, les plus jeunes n’avaient pas connu le temps où les héros en costume s’étaient engagés contre les forces de l’axe germano-nippon. Mais la période n’en était pas pour autant dénuée de tout intérêt. En coulisses, il se préparait des choses fort séduisantes. Les super héros semblaient sur le point de revenir sur le devant de la scène, probablement bien aidés en cela par le succès d’un nouveau medium : la télévision qui diffusait sur tout le territoire une série extrêmement populaire d’aventures de Superman. Plusieurs éditeurs de comic books qui avaient abandonné les super-héros au profit des histoires de détectives, de jungle, d’horreur, d’humour, de voitures, de sports, etc., tentèrent de créer de nouvelles séries dans l’esprit du Golden Age. Pari au départ risqué – d’autant que le public fut un peu long à réagir.

Ainsi, la National présenta  dans le n°78 de Batman (9/1953) un nouveau personnage assez original, à la fois super-héros, détective et extra-terrestre : Ron Kar, the Manhunter from Mars. C’était un détective d’origine martienne, à la peau verdâtre (comme il se doit), venu sur Terre pour apporter sa contribution à la traque des délinquants. Un concept intéressant et novateur. En fait, il s’agissait d’un test et Ron Kar ne vécut que le temps d’une aventure, mais il annonçait le vrai Martian Manhunter. Au cours de l’hiver 1955, un certain J’Onn J’Onzz, alias John Jones, apparut dans Detective Comics. Il venait de Mars, il avait la peau verdâtre et il traquait les criminels. Mais à l’inverse de son prédécesseur Ron Kar, J’Onn J’Onzz connut une belle longévité.

J’Onn J’Onzz Manhunter from Mars

Quelque part sur Terre, le professeur Mark Erdel expérimente une machine dont il est l’inventeur : un cerveau robot (Robot Brain, dans le texte) supposé être l’ordinateur le plus puissant jamais réalisé. Erdel compte l’utiliser pour percer les mystères de l’univers. Hélas, l’expérience tourne court. A défaut d’explorer le cosmos, Robot Brain soustrait un habitant de Mars à son monde d’origine et le téléporte dans le laboratoire du savant.

Le visiteur involontaire, un certain J’Onn J’Onzz, prend plutôt bien la chose. Après avoir écouté poliment les explications de Erdel, il se contente de ce simple commentaire : « J’ai bien compris. Maintenant, si cela ne vous dérange pas, faites-moi repartir sur ma planète. ».

Hélas, la surprise a été telle pour le vieux savant – imaginez un colosse verdâtre de deux mètres qui apparaît au beau milieu de votre salon alors que vous êtes en train de tester le décodeur pirate que vous avez bricolé pour recevoir Canal Plus en clair – que son cœur n’y résiste pas.

Comme tout extraterrestre digne de ce nom qui se retrouve coincé sur Terre, le martien prend une identité secrète et se trouve bientôt un job de défenseur de la veuve et de l’orphelin. Smallville a déjà son Clark Kent journaliste – Middletown, Illinois, aura son John Jones inspecteur de police. Cet épisode de présentation du héros est publié dans Detective Comics 225, en 1955 – on peut le lire à moindre frais, réédité dans World’s Finest 226.

Coïncidence amusante, trois ans plus tôt, soit en 1952, un certain Isaac Asimov, alors auteur de science-fiction plus tout à fait débutant mais encore loin d’être devenu l’une des super-stars du genre, entame sous le pseudonyme de Paul French, la publication d’une série de romans destinés à la jeunesse, narrant les fabuleux exploits de David « Lucky » Starr. Or, le compagnon de Lucky Starr n’est autre qu’un adolescent sympathique et bagarreur d’origine martienne et dont le nom, le croirez-vous, n’est autre que John Jones !

Le succès des aventures de John Jones, le détective, est immédiat. Il faut dire qu’il tombait à pic, notre martien vert : en pleine vague de soucoupes volantes !

Difficile aujourd’hui de prendre la mesure de ce véritable phénomène de société que fut, au cours de la décennie d’après-guerre, la problématique OVNI. Une étude passionnante reste d’ailleurs à mener, non sur la nature du phénomène lui-même sur lequel tout et son contraire a été écrit, mais sur la manière avec laquelle il fut perçu, étudié, vécu de l’intérieur et au quotidien, par des milliers de personnes, certaines y ayant consacré toute leur vie. A l’évidence, le phénomène OVNI fut un des chocs qui a le plus profondément marqué l’Amérique au cours de la seconde moitié du vingtième siècle, un de ces événements aux répercussions planétaires comme la crise de 1929, la seconde guerre mondiale ou l’incroyable bouleversement politique, culturel et social des années soixante.

John Jones tombait donc à pic pour devenir le parfait super-héros de son temps ! Car le choc OVNI n’épargna évidemment pas les comicbooks.

Dans les années quatre-vingt, j’avais l’habitude d’acheter aux USA, par correspondance, des petits lots de comics anciens non triés, du vrac en état moyen mais à bas prix. Cela m’a permis de me constituer une collection intéressante, sans doute de peu de valeur marchande mais source de plaisir intense. Je me souviens en particulier d’un arrivage de comics de la période 1948/1958, non répertoriés comme relevant de la science-fiction ou des super-héros, mais contenant un nombre très élevé de récits mettant en scène des soucoupes volantes. Ainsi, l’histoire vedette du numéro 26, daté mars 1948, de Boy Commandos, un comicbook plutôt consacré aux aventures policières, était titrée Invasion from Out of Space – les soucoupes volantes y sont décrites comme étant des disques autopropulsés faisant le tour de la Terre à la manière de boomerangs, utilisés pour nous observer par des extraterrestres venus assécher notre planète et installés en secret dans une petit île. Dans le même lot, Adventures into the Unknown 13, daté octobre 1950, proposait une histoire sur le même thème « ils sont parmi nous » titrée Menace from Mars – dans cette histoire, un homme parvient à détourner une soucoupe volante martienne. Plus étonnant encore car intégré dans le quotidien de l’époque : dans Superman’s Pal Jimmy Olsen 18, daté février 1957, une absence de Superman est justifiée en une case, au détour d’une histoire sans le moindre rapport (le récit est centré sur un robot qui devance Jimmy Olsen et a le scoop avant lui), par le fait qu’il est occupé à étudier des météores plats et circulaires – Superman s’exclame : « Ha, ha ! So this is the Flock of Flying Saucers seen recently, that was preparing to Invade Earth ! They’re Merely Flat, Circular Meteors! The Authorities kept it secret from the Country, Fearing a Panic !”.

A quelle sauce n’a-t-on pas, en ces années-là, cuisiné les soucoupes volantes ?

Quelle ironie, dans ce contexte, de constater que le seul vrai martien habitant notre planète n’a eu besoin d’aucun subterfuge pour y arriver – et que, pour tout dire, il aimerait plutôt rentrer chez lui, en toute discrétion ! Extraterrestre comme son collègue Superman, il profite lui aussi de ce changement d’environnement planétaire. La Terre étant plus proche du soleil que Mars, John Jones se retrouve dotés de divers pouvoirs. Il possède une supra-vision – « This Time my Ability to See Through Solids is Paying Off » pense John Jones en apercevant un cambrioleur, dans Detective Comics 228 – , est capable de voler et peut arrêter des balles à super vitesse. Dans les premiers épisodes, il possède même des pouvoirs encore plus étonnants : il peut devenir invisible, est doué de précognition, peut influencee les pensées d’autrui, modifier les forme de son corps – par exemple en l’allongeant… il peut même jouer au passe-muraille comme dans l’épisode Escape to the Stars, publié dans Detective Comics 228 : commentaire : « The Man from Mars concentrates his Will – And a Moment later, The Impossible happens as.. » ; pensée du personnage : « This is the Best Way to Enter a Room when you’re on the Track of a Crook ! ». Le fait que ces super-pouvoirs aient rapidement disparu n’a jamais été expliqué. En fait, les scénaristes ont tout simplement cessé d’y faire appel, sans doute pour donner au personnage une dimension plus humaine tout en le différenciant de Superman.

Dernier point de ressemblance entre les deux héros : l’existence d’un sérieux talon d’Achille. J’Onn J’Onzz perd tous ses pouvoirs à proximité d’une flamme, détail gênant dans la mesure où le feu est tout de même un élément plus commun que la kryptonite.

John Jones ira d’aventure en aventure dans Detective Comics 225 à 326. Remplacé dans le n°327 par Elongated Man, il sautera sans interruption et toujours en back up feature, dans House of Mystery où il sera publié du 143 au 173 (daté juin 1964). Avait-il été jugé moins populaire et donc relégué dans un titre moins prestigieux, ou au contraire suffisamment populaire pour contribuer à un redressement des ventes par sa présence ? On ne sait. En tout cas, la popularité du personnage fut très grande – il eut même l’honneur d’inaugurer la formule du team-up, deux héros dans une aventure commune, dans The Brave and the Bold 50, en compagnie de Green Arrow.
Dernier mérite mais non le moindre du personnage : il fut l’un des co-fondateurs de la prestigieuse Justice League of America, moderne résurrection de la Justice Society du Golden Age. La JLA apparut pour la première fois dans The Brave and the Bold 28. Le succès est immédiat et, après avoir encore figuré dans les numéros 29 et 30, la fine équipe de super-héros obtient son propre comicbook en octobre 1960.

J’Onn J’Onzz participera activement aux premiers épisodes – il apparaît comme membre à part entière dans les numéros 1 à 23, 26 à 28, 33, 36, 40, 41, 44, 52, 59, 61 et enfin dans le numéro 71, daté mai 1969, pour un curieux épisode titré And so My World Ends ! qui, pour diverses raisons sur lesquelles nous reviendrons, n’appartient plus à la période classique du personnage mais participe à une seconde manière. Lorsque paraît cet épisode, J’Onn J’Onzz ne possède plus sa propre série depuis tout juste cinq ans – sa dernière apparition dans The House of Mystery remonte, comme précisé ci-avant, à juin 1964. Le personnage se contente d’une place au sein de la JLA – les beaux jours du Silver Age ne sont plus… On ne peut que regretter que le martien détective n’ait pas été confié à un artiste régulier de la trempe d’un Carmine Infantino, dessinateur de Adam Strange, ou à un scénariste talentueux et féru de science-fiction comme le regretté John Broome. Sa carrière en eut été probablement très différente.

Le Nouveau J’Onn J’Onzz

La seconde carrière du chasseur d’hommes de Mars débute, nous l’avons dit, dans le numéro 71, daté mai 1969, de Justice League of America, avec un épisode curieux, And so my World Ends !, du au scénariste Denis O’Neill.

Cet épisode apporte de nombreux renseignements sur l’origine du personnage.

J’Onn J’Onzz n’est plus seulement présenté comme un scientifique martien mais comme le Commandant en chef des Desert Dwellers, des martiens à peau verte en guerre contre le Peuple du Pôle à la peau blanche, mené par le Commander Blanx. Les deux peuplades se battent avec acharnement pour la possession de l’unique source de chaleur de la planète, une sorte de montagne énergétique en forme de sapin de Noël : la Blue Flame. J’Onn J’Onzz souhaite que cette énergie soit utilisée pour construire des vaisseaux spatiaux, alors que son rival Blanx ne pense qu’à se l’approprier à des fins personnelles – celles-ci ne sont pas clairement établies dans le premier épisode. Les deux hommes s’affrontent alors en un combat singulier dont l’issue déterminera la victoire d’un clan sur l’autre. J’Onn J’Onzz est vaincu par traîtrise et ses hommes, privés de leur chef, ne peuvent résister aux guerriers du Pôle. Plutôt que d’exécuter le perdant, avec le risque d’en faire un martyr, Blanx l’exile en un lieu désert pour une durée de treize années martiennes. C’est pendant la première année de son exil que J’Onn J’Onzz est capturé malgré lui par le Robot Brain du professeur Erdel.

Il aura donc fallu attendre quinze ans pour que les lecteurs terriens apprennent cela ! On sent bien, dans ce premier épisode, la volonté du scénariste de remodeler complètement le personnage en le plaçant en perspective d’un passé jusque-là ignoré, dans le but de l’entraîner dans un conflit interplanétaire. Un changement bien ambitieux pour ce qui n’était qu’une modeste série d’aventures policières.

Depuis son arrivée sur Terre en 1953, le temps est vite passé pour J’Onn J’Onzz, et l’équivalent de treize années martiennes s’étant écoulé, il décide de retourner sur sa planète – c’est d’ailleurs ce qui explique son absence de la Justice League of America pendant dix mois, entre les numéros 61 et 71. Le héros est en effet parvenu à se réexpédier sur Mars à l’aide du Robot Brain – mais il découvre un monde en ruines… Car des extraterrestres originaires d’une planète du système d’Antarès ont contacté l’infâme Blanx afin de négocier l’acquisition de Mars et de ses richesses minières, mais à condition que la planète soit livrée débarrassée de sa population. Utilisant un astronef fourni par les futurs acquéreurs, Blanx a bombardé l’arbre de la Blue Flame d’un rayonnement qui a eut pour conséquence fâcheuse de libérer d’un coup la mystérieuse source d’énergie : celle-ci est en train de tout détruire sur son passage.

J’Onn J’Onzz qui ne possède sur sa planète aucun pouvoir particulier est réduit à l’impuissance devant la catastrophe en cours. Faisant appel aux connaissances acquises lors de son séjour sur Terre, il entreprend de construire une arche stellaire pour procéder à l’évacuation des derniers survivants du peuple des déserts. Commence alors une implacable course contre la montre. Mais il apparaît bientôt que le vaisseau risque de ne pas être prêt à temps. J’Onn J’Onzz utilise alors le peu d’énergie qu’il reste dans le Robot Brain pour se téléporter une dernière fois sur Terre afin de demander l’aide de ses compagnons de la Justice League.

Hélas, mille fois hélas, celle-ci ne peut pas faire grand-chose devant l’étendue des dégâts. Mais pour tout dire, ce n’est pas très grave, en définitive, puisque les martiens ont réussi à terminer leur arche et ont évacué Mars pour une destination inconnue. Seul l’infâme Blanx est resté sur la planète par sa faute dévastée – et il mourra dans un ultime combat contre son rival.

J’Onn J’Onzz récupère alors le vaisseau d’Antarès utilisé par Blanx et, après avoir fait des adieux à ses copains de la JLA, il se lance sur les traces de l’Arche Stellaire dans l’espoir de retrouver son peuple. Fin de l’épisode…

En définitive, ce qui avait été présenté comme une renaissance du personnage, devant déboucher sur une nouvelle série, s’avère une sorte de chant du cygne. Car rien ne se passe au cours des mois suivants. Exit J’Onn J’Onzz.

Cela aurait pu, en effet. Et cela aurait sans doute mieux valu…

Il faudra attendre trois années pour que les fans du Manhunter retrouvent leur héros préféré. Encore qu’il soit possible de se demander si, dans ces années septante où la Marvel pulvérise par ses ventes l’empire DC, il reste des fans du Manhunter. J’Onn J’Onzz fait sa réapparition aux côtés de Superman, dans World’s Finest 212. On apprend qu’il a bien retrouvé l’Arche martienne en suivant une trace d’anti-matière ionisée (pratique !) jusque la planète Vonn, quatrième du système du Cygne. Une planète déserte – car ses habitants ont du l’abandonner pour échapper à la menace des Thythen et de leurs Robocharges, des androïdes énormes qui fonctionnent en absorbant l’énergie vitale des êtres vivants. En fait, les martiens ont été capturés par les Thythen pour recharger leurs robots. Mais en plus de leur énergie vitale, ce sont les esprits mêmes des martiens qui se retrouvent dans les Robocharges, ce qui leur permet d’en prendre le contrôle et de les retourner contre leurs maîtres. A noter qu’un Thythen ayant échappé au massacre sera finalement battu par Superman.

A nouveau trois années s’écoulent avant que les lecteurs n’aient la suite de cette histoire. Dans Justice League of America 115, daté janvier 1975, on apprend que les martiens installés sur Vonn sont désormais sous la coupe d’un colosse monstrueux, Korge, qui menace de les exterminer si la JLA ne relève pas le défi que celui-ci lui lance. J’Onn J’Onzz repart une fois encore sur Terre afin de convaincre ses vieux copains de venir combattre Korge. Comme prévu, Superman, Green Lantern, Atom et Flash, parviennent, en combinant leurs pouvoirs, à mettre une bonne correction à un Korge un peu trop sûr de lui. Avec cet épisode, on se demande si le personnage a encore quelque chose à apporter aux lecteurs ? Il continue pourtant d’apparaître de temps en temps, histoire de remplir quelques pages de l’un ou l’autre comicbook de chez DC, comme pour se rappeler au bon souvenir des vieux fans.

Deux années passent et la saga redémarre une fois de plus. Nous retrouvons J’Onn J’Onzz sur Vonn, rebaptisée Mars 2, pour une histoire longue et compliquée, avec traîtrise, coup de théâtre et retournement inattendu, faux assassinat politique et j’en passe, tout cela dans le but de faire retourner notre martien préféré sur Terre afin qu’il se batte contre la JLA. Cette histoire filandreuse débute dans Adventure Comics 449, se poursuit dans les numéros 450 et 451, et s’achève dans World’s Finest 245.

Est-ce enfin terminé ?

Non, après une nouvelle éclipse de trois années, J’Onn J’Onzz réapparaît en dernière page de JLA 177 ; quelques mois plus tard, on l’aperçoit dans DC Comics Present 27 ; il faut attendre 1983 pour lui voir jouer un rôle un peu plus consistant dans JLA 200…

Après ça, j’avoue avoir cessé de tenir les comptes des petites apparitions d’un personnage qui fut emblématique du Silver Age et que l’on aurait mieux fait de laisser disparaître tout doucement à la fin des années soixante…

                                                                                                                                                   Cousin Francis
                                                                                                                                           (24 novembre 2006)


PS : les amateurs curieux qui souhaiteraient faire plus ample connaissance avec ce personnage méconnu de la BD étasunienne sont invités à se procurer un charmant petit album qui reprend sept histoires complètes, dans leurs versions françaises telles que publiées dans les années cinquante, en noir et blanc, sous une couverture en couleurs. Comme pour toutes les amuseries fanéditoriales du Cousin, la fabrication est des plus artisanales et le tirage minusculissime. Pour recevoir ce délicieux objet, on envoie sous enveloppe discrète un billet de cinq euros ainsi que trois timbres poste à 0,54€ (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?). A qui ? Mais au Cousin : Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le Canton, 33620 Cubnezais. Tous ensemble : "Quelle Chic planète !"
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