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Mercredi 20 décembre 2006

    J’ai fait un rêve. C’était au lendemain du premier tour des prochaines élections présidentielles. Ségolène Royal arrivait en tête avec une bonne trentaine de pour cents des voix – additionnées à celles des troublions de la « gauche de la gauche » et autres assimilés écolos protestataires, on n’était pas loin des cinquante pour cents. En face, les voix de droite combinées, en comptant celles du neu-neu Bayrou, dépassaient donc d’un chouilla les cinquante pour cents (normal : la France est profondément un pays à droite) mais il y avait un gros malaise : le bouledogue breton dépassait le caniche de Neuilly. Oh, ça se jouait à un poil de cul, mais tout de même, c’était clair et net : Le Pen avait niqué Sarkozi. Et les militants du FN défilaient dans les rues en chantant le célèbre « La pipe à papy que l’on croyait perdue, c’était mamy qui l’avait dans le cul », sauf qu’ils avaient changé les paroles en : « La pine à Chirac que l’on croyait perdue, c’était Sarko qui l’avait dans le cul », car il ne faisait aucun doute que le président sortant avait magouillé dans l’ombre pour niquer à sec le nain de Neuilly.

    Je sais que je viens d’utiliser trois fois en peu de lignes le mot « cul » et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Ce n’est pas dans mes habitudes. Mais souvenez-vous qu’il s’agit d’un rêve ; et dans les rêves, on laisse volontiers son subconscient exprimer des choses qu’on tairait à l’état de veille – ou que l’on nommerait autrement ; plutôt que « cul » (quatrième fois) on dirait par exemple « antagoniste du visage » : tout le monde connaît l’expression « émettre des gaz à effet de serre plus haut que son antagoniste du visage » pour « péter plus haut que son cul » (cinquième fois). Bref, revenons à nos moutons.

    Donc, on s’acheminait vers un second tour Ségolène / Jean-Marie, variante sociale-molle de la précédente élection. Hop ! Dans le rêve, ça sautait d’un coup quinze jours et on se retrouvait au soir du deuxième tour.

    Et là, il y avait encore plus malaise car – on l’aura deviné – le méchant peuple de droite cultivant nettement moins le réflexe auto-sodomite que le bon peuple de gauche, une bonne partie de la droite dite républicaine n’avait point jugé utile de reporter ses voix sur Ségo, comme l’avait fait la gauche cinq ans plus tôt. Du coup, une coalition de fait (les Boutin, De Villiers, Sarko and C°) avait porté le molosse à l’Elysée.

    A cet instant, en toute et bonne logique, le rêve ayant viré au cauchemar, j’aurais du me réveiller tout en sueur ! Et me livrer sans tarder à quelques incantations dont j’ai le secret, agrémentées de brûleries d’herbes magiques aux surprenantes propriétés divinatoires et autres.

    Eh bien même pas, dis donc ! C’est fou, ça. J’ai continué de pioncer, peinard, curieux de voir comment l’histoire allait tourner. Vous vous dites : « oui, mais le cousin, comme on le connaît, dans son rêve, il va prendre le maquis et organiser la résistance, comme dans V, la série télé, c’est pour ça qu’il continue de dormir, faut pas s’en faire ». Que nenni ! Le Pen devenait président ; il constituait un gouvernement avec sa garde rapprochée de sacs à merde ; et le FN gouvernait la France, tranquille, avec le soutien d’une Assemblée Nationale aux couleurs de l’UMP qu’il n’avait même pas été nécessaire de dissoudre ; et vous savez quoi ? Eh ben on voyait pas la différence !

    Là, je me suis réveillé. Et j’ai longuement réfléchi à mon rêve. Quel message avait cherché à m’envoyer mon inconscient ? Fallait-il comprendre que le Front Nazional n’était pas si terrible que ça, en définitive ? Ou fallait-il comprendre que le gouvernement actuel fait déjà la politique que ferait le Front Nazional ?

    J’ai pas trouvé la réponse.

    Là-dessus, je me suis levé et je suis descendu me faire du café – vous savez, dans l’ancienne souillarde avec la cheminée, je vous ai déjà raconté tout ça. Pendant que la cafetière glougloutait, j’ai allumé un bon feu. Puis j’ai mis à griller deux tranches de pain aux céréales et je suis allé chercher un des pots de confiture de kiwi faite la semaine dernière – je vous avais raconté que j’allais ramasser les kiwis pour faire des confiotes : j’ai bel et bien ramassé les kiwis (j’ai aussi taillé les vieilles lianes et accroché, le long des fils de fer qui courent le long du mur, celles qui donneront des fruits l’an prochain) mais c’est mon père qui a fait les confiotes. Bref. Et puis j’ai allumé la radio. Ca n’a pas traîné : un baveux a dit qu’un sondage créditait Le Pen de vingt pour cents des intentions de vote au premier tour et que certains commentateurs n’hésitaient plus à prédire un second tour FN / PS. Et puis ça a enchaîné sur l’exil fiscal de Johnny en Suisse.

    J’ai trempouillé ma tartine dans mon café en me disant que, même si le nombre de cons tout fiers de leur connerie ne cesse de progresser (il suffit pour s’en convaincre d’allumer la télé et de rester cinq minutes sur n’importe quel chaîne), il n’y a quand même pas, dans ce pays, vingt pour cents de salauds – au sens sartrien du terme. Vingt pour cents : ça veut dire une personne sur cinq. En clair, une sur les cinq prochaines que vous allez croiser dans la rue. Dit comme ça, c’est nettement plus parlant.

    Vingt pour cents des voix au premier tour. Ca vous étonne ? Pas moi.

    Parce que faut être juste : Sarkozi ou Royal, la différence je la vois pas bien. Ces gens-là ou leurs amis sont au pouvoir depuis des dizaines d’années : un coup les uns, un coup les autres. Ils font les mêmes magouilles, ils se remplissent tout pareil les fouilles. C’est les mêmes scandales qui font pschitt – comme dit Chirac. Les mêmes amnisties. La même non-justice. Le même mépris pour ceux qui survivent dans le vrai monde. Pourquoi on croirait Sarkozi dans sa surenchère de promesses électorales : il est au pouvoir depuis pas mal d’années, il me semble. Pourquoi ferait-il demain ce qu’il aurait pu faire hier ? Et les socialistes, pourquoi feraient-ils demain ce qu’ils auraient pu/du faire avant-hier ?

    Je ne crois pas que les vingt pour cents de gens qui se disent prêts à voter Le Pen au premier tour soient tous des salauds. Oh bien sûr, il y a toujours eu en France un petit pourcentage de raclures nationalistes, ouvertement racistes et faisant de l’antisémitisme leur fond de commerce – et il y a toujours eu des Daudet, des Mauras, des Rebatet, des Tixier-Vignancourt, des Le Pen, pour faire vibrer, animer, fédérer ce courant d’ultras ; et quand le fédérateur est talentueux, il fédère aisément bien au-delà de son électorat naturel. Or, Le Pen a du talent. Beaucoup de talent : il faut le voir arpenter la scène, haranguer ses troupes, placer au bon moment la petite vanne qui tue. C’est un tribun à la Mussolini. Il a la verve, la faconde, la présence. Vous imaginez, par exemple, ce que serait un débat entre Le Pen et un Douste-Blasy ou un Bayrou ? Il faudrait les ramasser à la petite cuillère ! Et puis Le Pen a pour lui sa virginité : il n’a jamais été au pouvoir, donc on ne peut pas lui faire le reproche de promettre aujourd’hui des choses qu’il aurait pu faire hier. C’est sans doute ça, le plus dangereux. Et je crains que ce soit là-dessus qu’il puisse faire la différence. Car en ce qui concerne les autres, tous les autres, non merci, on a déjà donné.

    Quand j’étais jeune, j’avais la certitude que la meilleure arme pour faire reculer l’injustice, le meilleur outil pour construire un avenir meilleur s’appelait la Démocratie. Cette idée reposait sur la conviction que les gens ne sont pas idiots et que donc, lorsqu’on prend la peine d’expliquer clairement les choses, de défendre des points de vue relevant du bon sens avec une solide argumentation, on finit toujours par convaincre les hésitants, rallier les sceptiques, susciter finalement une adhésion à des projets porteurs de sens. J’étais vraiment un petit con ! Une espère d’utopiste de gauche qui avait trop lu des gens comme Prudhon ou Fourier. Aujourd’hui, je crois toujours que les gens, individuellement comme dans leur ensemble, ne sont pas tout à fait idiots – même si beaucoup d’énergie est dépensée pour les rendre idiots… Mais je ne crois plus en la Démocratie – mais alors vraiment plus du tout ! Il est évident que celle-ci a été littéralement confisquée par la classe politicienne. Voter ne sert strictement à rien. Il y a une caste installée au pouvoir – pouvoir économique, pouvoir financier, pouvoir politique – et cette caste est si solidement installée qu’il est impossible de s’en débarrasser…

    Ce constat de l’illusion démocratique a été fait il y a maintenant trente ans – et deux positionnements principaux face à cette situation ont alors été proposés. D’un côté, une forme de nihilisme résigné incarné par le mouvement punk avec son slogan « no future » ; de l’autre le choix de la résistance armée et de l’action directe – ce que le pouvoir appelle terrorisme. On ne perdra pas de vue qu’à partir du moment où on entre en résistance, on devient le terroriste de l’autre – pendant la guerre, les maquisards étaient considérés par les allemands comme des terroristes. On est toujours le terroriste de quelqu’un. Par ailleurs, on voudra bien se souvenir que tout au long de l’histoire de la classe ouvrière, rien n’a été obtenu autrement qu’avec les armes à la main. C’est dans la nature du pouvoir de ne reculer que devant une violence organisée plus forte que la sienne.

    Le punk a fait son temps – il ne proposait rien d’autre qu’un retrait du monde par abandon. Une forme de suicide, en somme. Or, le pouvoir n’en a rien à foutre des suicidaires ! Et puis moi, je crois qu’il y a un futur – et qu’il nous appartient de l’écrire. L’action directe aussi a fait son temps. Abattre le dirigeant d’une multinationale ne sert à rien – le lendemain, le conseil d’administration en désigne un autre. Et de toutes façons le bon peuple a peur de la violence. Même s’il ne possède en fait rien, il est persuadé d’avoir tout à perdre ! Le bon peuple est toujours du côté de l’ordre – puisque c’est celui-ci qui lui garantit un accès facile à tout ce dont il est persuadé avoir besoin.

    Une troisième voix – un troisième choix – est donc à définir. Quelle voix ? Quel choix ?

    Je me suis alors souvenu d’une remarque faite par un des plus grands créateurs du vingtième siècle, le compositeur Edgar Varèse. Il expliquait que pour la plupart des artistes, il y avait deux manières de se positionner par rapport à la « tradition » : la suivre ou en prendre le contre-pied. Et Varèse ajoutait que dans les deux cas, cela revenait à l’admettre comme référence et donc à la valider. La tradition, Edgar Varèse s’est contenté de l’ignorer ! Rien nanafout ! Et c’est sans doute ce non-positionnement – le fait de se situer littéralement « ailleurs » – qui l’amena à créer l’œuvre la plus puissamment originale de tout le vingtième siècle.

    Et tandis que je mettais à griller deux autres tartines de pain aux céréales, il m’apparut que la Troisième Voix, si elle existait, devrait beaucoup – si ce n’est à peu près tout – à cette réflexion d’Edgar Varèse.

    Ces gens qui nous gouvernent nous prennent pour des cons, c’est clair. Et on ne peut pas les virer, c’est tout aussi clair. Or, souvenez-vous de ce que disait l’autre : « Il faut un peuple à soumettre ». Le peuple, en l’occurrence, c’est nous. Pour exister, ces gens-là ont en fait besoin de nous. Ce sont des vampires qui se nourrissent du temps qu’on leur donne, de l’intérêt qu’on leur porte. On ne peut pas les virer, OK, alors c’est nous qui nous tirons ! Oui, vous avez bien lu : on se barre, on éteint la télé, on ne les écoute plus, on ne fait plus attention à eux, à eux… à eux ? à qui, déjà ?

    Il y a une idée magnifique qui revient parfois dans la littérature de fantasy, c’est que les fées, les lutins, les elfes et toutes ces créatures, ont cessé d’exister le jour où les gens ont cessé de croire en eux. Ce jour-là, l’ancien monde a fait pfffuitt !

    Eh ben, y’a qu’à faire pareil !

    Construisons un monde conforme à nos envies, en laissant de côté ce/ceux dont nous ne voulons pas ou plus. Cultivons nos jardins. Imaginons une société fonctionnant le plus possible avec des échanges non marchands. Valorisons ce qui est gratuit. Soyons beaux. Rêvons tout éveillé. Un autre monde est possible, un monde sans eux. Il suffit de le vouloir très fort.

                                                                          Cousin Francis


Décadi 30 Frimaire de l’An CCXV
(mercredi 20 décembre 2006)
Jour de la Pelle et Journée Fruits, en Lune nouvelle à 15h et montante, sous le signe du Sagittaire en son 3ème décan.
Aujourd’hui, le Soleil s’est levé à 8h42 et c’est l’anniversaire du Cousin.
Par Cousin Francis - Publié dans : Chic Planète !
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Mardi 19 décembre 2006
Hep, Taxi !


    Le personnage de Space Cabby – le « Taxi de l’Espace » – apparaît dans Mystery in Space 21, daté novembre 1954, dans un récit dessiné par Howard Sherman sur un scénario de Otto Binder.

    Il s’agit clairement d’un récit autonome – et non l’éventuel « pilote » (c’est le cas de le dire !) d’une future série. La publication de séries n’entre d’ailleurs pas dans la politique éditoriale de Julius Schwartz, l’homme aux commandes de Mystery in Space. Jusqu’à ce jour, les seuls personnages récurrents ont été Knights of the Galaxy, dans les huit premiers numéros. Il y a bien Interplanetary Insurance que Carmine Infantino dessine depuis le n°16… mais la parution est irrégulière.

    De fait, il était bien prévu que notre taxi ne ferait qu’une seule course dans l’espace. Mais les lecteurs s’enthousiasment pour ce personnage à casquette des plus atypiques – et parfaitement incroyable ! Aussi notre chauffeur de taxi spatial réapparaît trois mois plus tard, dans Mystery in Space 24 (2/3.1955), pour un récit titré « Hitchhiker of Space ! » – inédit en France, cet épisode a été réédité dans From Beyond the Unknown 18 (8/9.1972). Il est toujours dessiné par Howard Sherman mais scénarisé cette fois par France E. Herron.

    On notera au passage que ce numéro de Mystery in Space est le dernier à paraître avant l’instauration du « comic code », tristement célèbre code de bonne conduite – plus précisément un ensemble de règles relevant de l’autocensure – mis en place par les éditeurs. Dans un premier temps, la BD américaine y perdra en originalité, des titres novateurs disparaissant ou rentrant dans le rang ; dans un second temps, une réaction artistique conduira à l’avènement de ce que les historiens du genre appellent le Silver Age.

    Les réactions des lecteurs sont à nouveau des plus positives et ils sont nombreux à réclamer de nouvelles aventures du sympathique Space Cabby – l’un des rares héros de la BD dont on ne connaîtra jamais le nom.

    Deux mois plus tard, le personnage fait donc sa troisième apparition dans Mystery in Space 26 (6/7.1955) et devient – cette fois très officiellement – une série régulière : la première, de fait, du Silver Age.

    Otto Binder est de retour au scénario ; il les signera tous jusqu’au dernier épisode qui paraîtra dans Mystery in Space 47 (10.1958).

    L’équipe graphique est désormais constituée de Gil Kane, Joe Giella et Bernard Sachs : le premier dessinera la plupart des épisodes, les seconds se relayant à l’encrage ; Bernard Sachs réalisera toutefois seul les trois avant-derniers épisodes (Mystery in Space 44 à 46).

    La dernière histoire de la série Interplanetary Insurance d’Infantino figurant dans le numéro 25 de Mystery in Space, Space Cabby sera, tout au long de sa publication, la seule série régulière. Mais on a l’impression que ce statut lui a été accordé au rabais par l’éditeur. Alors que, par la suite, les séries et personnages récurrents seront les vedettes des titres DC et auront majoritairement les honneurs de la couverture – tels Adam Strange pour Mystery in Space ou Mark Merlin pour House of Secrets – notre taxi de l’espace ne figurera qu’une fois en couverture (n°24), sans mention de son nom et sans précision quant à son statut de série.

    Après vingt-quatre courses dans l’espace dont quinze publiées en France dans Sidéral, le Space Cabby prend sa retraite et est remplacé par… rien du tout ! Il faudra attendre presque un an pour que Mystery in Space propose une nouvelle série : Adam Strange, avec cette fois un traitement de « super star » !

    Idéalement représentatif d’une science-fiction innocente, drôle et insouciante, le personnage avait sans doute fait son temps. A la relecture et avec la distance qu’il convient, ses aventures restent colorées d’un charme désuet, des plus agréables.

                                                                                                                Cousin Francis

    Nos cousins qui souhaiteraient en apprendre un peu plus sur ce sympathique personnage - ou qui même souhaiteraient, tant qu'à faire, lire ses aventures - apprendront avec un réel ravissement qu'une Intégrale Taxi de l'Espace a été éditée en deux volumes, par nos soins et de nos petites mains, à tirage minusculissime. Comme d'habitude, il s'agit d'albums au grand format, sous couverture épaisse, avec pages de garde coordonnées et dos en toile adhésive. Rien que de très artisanal et just pour le fun, nom d'une crotte de caribou - et celui d'une poignée de nostalgiques. Les 15 épisodes traduits y figurent, ainsi qu'un inédit, plus diverses bricolettes rédactionnelles. Ces albums valent 10€ l'un plus le port (sauf erreur 2,76€ pour un album et 3,90€ pour les deux). Les envois sont blindés - on connaît La Poste... L'adresse du divin cousin traînouille ici ou là (voir l'article titré Blificc). Si le cousin n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Par Cousin Francis - Publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Jeudi 14 décembre 2006

    Ce matin, comme tous les matins, j’ai pris mon café dans la cuisine.

    Or, dans la cuisine, il y a désormais un poste de télé. Un peu pourri. Il est relié par un câble –  lui aussi un peu pourri : le blindage déborde au niveau de la prise qui est un poil rouillée – à une antenne que je soupçonne d’être encore plus pourrie. En guise d’antenne, il s’agit en fait d’une espèce de râteau tout tordu, récupéré dans le jardin après une tempête et scotché sur un bout de mat, lui-même posé au-dessus du plafond, à l’intérieur d’une espèce de faux grenier, au-dessus de la cuisine (qui est en fait une ancienne souillarde accolée à l’aile ouest de la grande maison). Vous me suivez ?

    Faut dire que si je prends mon café, le matin, dans cet endroit, c’est parce que c’est l’un des deux endroits où il y a encore une cheminée en état de marche – et que le matin au sortir de mes couettes, ça caille ! Eh oui, parce qu’il y a une quinzaine d’années, une vraiment grosse tempête a foutu en l’air toutes les cheminées du grand bâtiment central, et on n’a jamais trouvé les sous pour les remonter (je vous l’ai déjà raconté, non ?). Bon. L’important, dans cette histoire, c’est qu’il y a une télé. Pourrie, comme j’ai dit. On arrive à voir à peu près TF1 et FR3, et on devine France 2 – les autres chaînes ne sont jamais arrivées jusque chez nous. Ceux qui connaissent le Domaine savent qu’il n’est vraiment pas loin du fin fond de nulle part.

    J’ouvre une parenthèse :

    (J’ai précisé qu’il y avait deux cheminées en état de marche, certains d’entre vous se demanderont peut-être pourquoi je ne prends pas mon café dans l’endroit où se trouve l’autre cheminée ? C’est en soi une bonne question et qui prouve que vous suivez. La réponse, c’est juste que je n’ai pas envie de prendre mon café là-bas, d’accord ? Pourquoi, insisteront certains ? Parce qu’il faudrait que j’y transporte la cafetière et ça ne serait pas pratique – en plus les prises de courant sont au ras du sol et, le matin, je n’aime pas me baisser car j’ai toujours un peu mal au dos. Ca vous va comme réponse ? Je peux passer à la suite ? Merci.)

    Parenthèse refermée, reprenons :

    Ce matin, comme tous les matins, j’ai pris mon café dans la cuisine. J’ai allumé la télé et j’ai regardé FR3. Une jeune femme de la région de Lyon téléphonait pour expliquer qu’elle venait de créer une antenne locale de Freecycle. Mes oreilles se sont plus largement ouvertes.

    Il y a environ deux ans, j’ai lu dans je ne sais plus quel magazine un article sur Freecyle. C’est un réseau mondial – à l’origine américain – qui organise le recyclage de trucs qui fonctionnent encore mais dont on ne se sert plus. L’idée est de les donner à quelqu’un qui en aurait l’utilité, plutôt que de les foutre à la poubelle et d’accroître d’autant le volume de déchets produits par la race humaine – sale race, au demeurant.

    (Ouh là là ! vont se dire mes gentils lecteurs, le Cousin Francis n’a pas l’air de bon poil aujourd’hui, ou bien ?)

    Freecyle lutte ainsi contre le gaspillage et fait la promotion de la gratuité, des échanges non marchands et de toutes ces choses oscillant fort sympathiquement entre altermondialisme et anti-étatisme. Cool. A l’époque, j’avais été jeter un œil sur freecycle.com puis sur l’antenne française fr.freecyle.org pour constater, hélas, qu’il n’y avait aucun groupe dans la région de Bordeaux – pourtant la cinquième ville de l’hexagone. Le fait d’entendre cette femme à la télé m’a donné envie de retourner voir, sur le site français, si les choses avaient évoluées. Chic planète ! Il existe depuis fin novembre un groupe freecyle à Bordeaux, et il y a déjà 17 membres. Evidemment, j’ai aussitôt cliqué sur le petit machin, en bas de la page, où c’est-y que c’était marqué : « nous rejoindre ».

    C’est là que mes ennuis ont commencé.

    On m’a répondu que si je voulais rejoindre le groupe freecycle de Bordeaux, je devais d’abord avoir un compte chez Yahoo. Pas à tortiller du cul pour chier droit. C’était ça ou casse-toi. Pas cool.

    Ca m’a fâcheusement rappelé la fois où, c’était il y a environ quinze jours, André François Ruaud des Editions Les Moutons Electriques, m’avait proposé de rejoindre le groupe de discussion organisé autour de ses éditions. Pourquoi pas ? J’avais cliqué là où il fallait cliquer et… on avait commencé par me dire que je devais avoir un compte chez Yahoo. Bon. J’avais rempli le truc, mis mon nom, choisi mon « nom de compte » (j’avais mis Cousin Francis, pourquoi faire compliqué ?), mis un « mot de passe » (le même que je mets partout, avec l’âge mes capacités mémorielles faiblissent), déchiffré le gribouillis qu’il faut recopier pour valider tout ça, et… Yaho m’avait répondu que mon « nom de compte » Yahoo était déjà utilisé.

    Alouazolbek !

    Un petit salopard se faisait donc passer pour moi ! A la place de Cousin Francis, j’avais mis Francis Valéry. Même réponse : le même salopard avait donc utilisé toutes les options pour m’empêcher d’ouvrir un compte Yahoo. Là, je m’étais tout de même dit : Francis, mollo la pédale parano. Réfléchis : n’aurais-tu pas déjà ouvert un compte Yahoo, il y a longtemps, quand tu avais ton bel iMac ?

    « Cette pourriture de saloperie de merde qui a cramé deux jours après la fin de la garantie et qui a fait que je suis devenu un Pciste, moi qui avait été pendant quinze ans un farouche macintoshiste ? » m’étais-je exclamé.

    « Absolument ! » m’étais-je répondu.

    De fait, il est possible qu’à l’époque où je vivais encore avec mon ex-épouse, que j’avais un iMac et que la maison était câblée, j’ai ouvert un compte Yahoo… Mais c’était il y a dix ans et je ne m’en suis jamais servi !

    Hum…

    J’avais recommencé à réfléchir. Pas trop, parce qu’avec le froid qu’il fait dans ma chambre au premier étage, mes doigts ont tendance à geler si je reste trop longtemps sans taper sur mon clavier – au passage, je viens de vous révéler le secret de ma grande productivité littéraire : j’ai froid donc je tape.

    La première  hypothèse m’avait alors singulièrement retitillé : je m’étais dit furieusement que la seule explication recevable, c’était bel et bien qu’un de mes nombreux ennemis avait ouvert des comptes Yahoo fantômes, à tous les noms que j’étais susceptible d’utiliser, à seule fin de m’emmerder. J’en sais quelques uns capables d’une telle vilenie. Et je ferai remarquer à ceux de mes lecteurs qui froncent les sourcils en se disant que je suis vraiment paranoïaque, que ce n’est pas parce qu’on est paranoïaque qu’on n’a pas d’ennemis. Bref, ça m’avait gonflé et j’avais laissé tomber – puis j’avais passé un mail à André pour lui raconter. Il s’était évidemment foutu de ma poire et m’avait inscrit lui-même par je ne sais quelle manipulation magique.

    Nom de Dieu qui n’existez pas, voilà que ça recommençait !

    Mais comme cette fois j’avais vraiment envie de m’inscrire à Freecycle, je me suis dit que j’allais prendre un nom de compte genre nimportenawaque, et que j’allais le noter dans un coin. J’ai donc choisi : « confiture ». Réponse de Yahoo : déjà pris. Admettons, j’ai choisi : « concombre ». Réponse de Yahoo : déjà pris. Ca commençait à bien faire, j’ai choisi : « camembert ». Réponse de Yahoo : déjà pris…. Nadzelmok ! J’ai tapé : « dsjfhrhghre ». Réponse de Yahoo : déjà pris !

    Là, je me suis dit que Yahoo ne voulait vraiment pas de moi !

    J’ai donc décidé d’écrire à Freestyle en leur disant que j’étais prêt à les rejoindre mais que, à l’évidence, j’étais sur la liste noire de Yahoo – et ce n’est pas parce qu’on est paranoïaque qu’on n’est sur aucune liste noire.

    Et là, quand j’ai cliqué sur « nous contacter », une fenêtre s’est ouverte, marquée Outlook Express ! Et quand j’ai voulu envoyer mon message, on m’a dit que ce n’était pas ma messagerie habituelle, que je n’étais pas inscrit, que je n’avais pas la carte de membre, que je n’étais pas à jour de mes cotisations, etc.

    J’ai fait une pause. J’avais le choix entre foutre mon ordinateur par la fenêtre – ce que j’aurais sans doute regretté aussitôt après. Ou me calmer. J’ai choisi de me calmer et je suis redescendu à la cuisine boire un autre café. Je ne vous l’ai jamais dit, mais je fais partie de ces gens que la camomille énerve mais qui sont calmés par le café. Non, je déconne. Je me remis à réfléchir, tout en peinant à finir l’infâme kawa qui commençait à prendre en bloc de gélatine au fond de ma tasse – j’avais laissé la cafetière allumée et le kawa s’était condensé, façon implosion d’une étoile à neutrons en train de se transformer en trou noir, vu depuis le bord de son horizon événementiel : le truc qui craint vraiment et qu’on n’a pas l’occasion de faire deux fois !

    Je crois que je compris alors où résidait le problème…

    J’ai un vieux PC qui utilise des logiciels libres ou des versions gratuites (incomplètes, m’a-t-on une fois expliqué, n’empêche que ça fonctionne). Je n’ai pas Internet Explorer – j’utilise une version de démonstration, gratuite, de Mozilla Firefox qui fonctionne parfaitement bien. Je n’ai pas Outlook Express – je ne sais pas ce que j’ai à la place, ça doit aller avec Mozilla. J’ai une adresse email en Belgique, gratuite. Je n’ai pas tous ces logiciels hypersophistiqués qui font cent fois plus de choses que ce que j’ai besoin de faire – j’ai juste un traitement de texte de l’âge de pierre. Bref, je crois comprendre que si je n’arrive pas à ouvrir un compte chez Yahoo, c’est sans doute parce que mon ordinateur n’est pas équipé de tous ces mouchards électroniques qui s’y infiltrent, s’y implantent, s’y camouflent malgré vous – c’est ça qu’on appelle des « cookies » ou bien ? Mon petit frère – le fameux Docteur Dave qui entretient tous les PC dans un rayon de trente kilomètres – a installé sur ma machine un truc qui bloque toutes ces saloperies.

    Façon Résistance !

    Mais voilà, le World Company n’aime pas les Résistants ! Alors tant pis pour Freecycle – infiltré par l’ennemi ! Quant à Yahoo, à l’évidence associé au complot microsoftien planétaire, je les merde ! Que les pustules leur viennent au cul et que les bras leur raccourcissent qu'ils ne puissent pas se les gratter ! Et que Cthulhu vienne leur bouffer le fion !

    De toutes façons, je ne me sers que de Google.

    Bonjour chez vous.

                                                                                                           Cousin Francis


Quartidi 24 Frimaire de l’An CCXV
(14 décembre 2006)
Jour de l’Oseille et Journée Racines, en Lune décroissante et descendante, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Aujourd’hui, le Soleil s’est levé à 8h38.
Par Cousin Francis - Publié dans : L'Agenda du Cousin
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Mercredi 13 décembre 2006
    Parce qu’il est très admiratif des aventures de Buck Rogers dans le lointain futur, dessinées par Dick Calkins, Vince T. Hamlin, reporter, photographe et illustrateur de presse, a l’idée de créer une bande dessinée qui, au contraire, se situerait dans un lointain passé. Avec humour et en référence au Stone Age (l’Age de Pierre), il baptise celui-ci The Bone Age : l’Age de l’Os ! Assurément, il s’agit d’un territoire qui, à l’époque, n’a encore été défriché par aucun dessinateur.

    Contrairement à ce que la paléontologie affirme, Hamlin décide qu’il fut un temps où les derniers dinosaures et les premiers humains se partageaient le monde. Cette époque, absente des documents officiels, pourrait être baptisée le Cartoonozoic Age – et il se pourrait bien qu’elle empiète, à l’occasion, sur nos temps modernes. Preuves en sont les nombreuses rencontres avérées entre humains et dinosauriens dans ces mondes perdus et géographiquement retrouvés qui foisonnent dans la littérature, la bande dessinée et le cinéma populaires – aussi bien que celles résultant du retour des dinosaures parmi nous, façon Jurassic Park ou Xenozoic Tales.

    Vince T. Hamlin est l’inventeur à la fois du Cartoonozoic Age et du premier cartoonosaurus : un certain Dinny, croisement improbable entre un stégosaure, un diplodocus, Rin-Tin-Tin et Lassie chien fidèle.

    Le personnage central de la série est un certain Alley Oop, un homme préhistorique comme on se l’imaginait à l’époque, avec une musculature inversement proportionnelle à son développement cérébral : une armoire à glace dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle manque parfois de vivacité et de souplesse intellectuelles, et qui finit en général par résoudre les problèmes avec son gourdin. Alley Oop vit au Royaume de Moo, voisin de celui de Lem – pour la petite histoire, ces noms sont inspirés par un succès de librairie de l’époque, The Lost Continent of Mu, par James Churchward, dans lequel l’auteur se lance sur les traces du continent Mu et la Lémurie.

    Tout un petit monde évolue autour de Alley Oop : Ooola, sa belle et brune fiancée, Foozy qui parle en vers, le Roi Guzzle (Guz) et sa femme Umpateedle (Umpa), leur fille Wootiefoot qui est un peu simple d’esprit, The Grand Wizer, le sorcier de la tribu avec sa coiffe de corbeau. Les relations entre ces personnages ne sont pas toujours faciles : Guz, pourtant débonnaire et pacifique, voit en Alley Oop un rival potentiel et le sorcier, on s’en doute, ne fait rien pour arranger les choses.

    Si Alley Oop est rapidement devenu l’homme des cavernes le plus populaire et le plus connu de toute la culture étasunienne, avec une diffusion à sa grande époque dans plus de 800 quotidiens à travers le pays, la création de la série ne fut pas chose aisée. En 1929, Hamlin travaille sur une première version : les aventures d’une famille moderne vivant à l’âge des cavernes. L’année suivante, son projet se modifie en Oop the Mighty : il s’agit cette fois de mettre en scène un homme des cavernes contemporain des dinosaures ; Hamlin creuse l’idée pendant un an pour finalement détruire toutes les esquisses.

    En 1931, il reprend le personnage précédent qu’il rebaptise Alley Oop, et le situe dans un pays appelé Moo. Hamlin dessine quelques strips et les propose à un diffuseur qui les refuse. Il faut attendre 1932 pour que Bonnett-Brown Syndicate accepte de diffuser la série, à raison de deux strips par semaine – une trentaine de journaux sont intéressés. Mais l’année suivante, le diffuseur fait faillite. NEA contacte alors Hamlin qui signe pour une poursuite de la bande, cette fois à raison de six strips par semaine. Perfectionniste, Hamlin redessine tout depuis le début et Alley Oop, dans la forme qu’on lui connaît, commence à paraître le 7 août 1933 sous forme d’un strip quotidien, puis à partir du 9 septembre 1934 de planches du dimanche.

    Pendant presque six ans, la série est confinée dans une préhistoire alternative où le héros se promène à dos de dinosaure. Elle en sort brusquement le 7 avril 1939 pour basculer résolument dans la science-fiction – pour autant que le genre préhistorique, que son traitement se veuille sérieux (J.H. Rosny) ou burlesque, ne soit pas déjà en soi une branche de la SF…  Ce jour là, Alley Oop et sa fiancée Ooola tombent fortuitement sur une caméra envoyée dans le passé pour filmer celui-ci, et qui fait partie d’un mécanisme à remonter le temps ; s’étant saisis de la caméra au moment où elle est rapatriée dans le présent, ils sont « capturés » par la machine et se retrouvent au vingtième siècle ! Pour eux, c’est le début d’une aventure à travers le temps et l’espace qui les occupera pendant les 31 années suivantes. Quittant le Cartoonozoic Age, Alley Oop devient le héros d’un véritable comic opera qui se joue désormais sur la scène de l’histoire humaine des deux derniers millénaires.

    La machine explosant juste après l’arrivée des deux voyageurs du temps involontaires, Alley Oop et Ooola prennent le temps de faire connaissance avec leurs ravisseurs : le Professeur Elbert Wonmug, un inventeur pour qui l’impossible n’existe pas et que donc rien n’arrête, et son assistant Amos Bronson, un anthropologue, à l’inverse de Wonmug, parfaitement "raisonnable" – pour certains commentateurs, le Docteur Bronson serait même le seul personnage à peu près normal de la BD. Il est vrai que, confronté à toutes ces choses mystérieuses qui encombrent le vingtième siècle, Alley Oop ne réagit pas à proprement parler de manière mesurée…

    Les lecteurs comme le diffuseur de la série commencent par manifester leur surprise de la voir à ce point chamboulée : finies les aventures préhistoriques décalées et farfelues, place à un humour basé sur la confrontation entre des niveaux de civilisation et les incompréhensions qui en découlent, puis, dès lors que la remise en état du chronoscaphe le permet, sur la rencontre entre Alley Oop et des personnages historiques (ou pseudo-historiques). Effectivement, ça change ! Mais le public adhère rapidement car le personnage prend une nouvelle dimension. En forçant le trait, V. T. Hamlin révèle d’ailleurs involontairement ses sources d’inspirations, ou plutôt la source quasi unique qui l’influencera au cours de ses années de formation – et avec le recul, il apparaît que cette influence fut sans doute considérable : il s’agit du Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay. Car par bien des côtés, Alley Oop fait plus que rappeler Flip, le compagnon gaffeur de Nemo, en particulier dans les images où il est coiffé d’un haut de forme et fume un cigare : la ressemblance devient alors même physique.

    Cette même année 1939, Alley Oop se retrouve en pleine guerre de Troie : il rencontre Hélène et se bat en duel avec Ajax. L’année suivante, il rencontre Ulysse et se querelle avec Hercule, devient général dans l’armée des Amazones, fait la connaissance de Cléopâtre et de Marc-Antoine – tandis qu’est introduit dans la série G. Oscar Boom, un brillant expert en explosif, un excentrique au tempérament explosif et instable qui, après un début de carrière du côté des méchants, intègre la fine équipe.

    En 1941, Alley Oop se rend à Alexandrie puis rencontre Robin des Bois. En 1942, il veut s’engager dans l’armée américaine pour participer à l’effort de guerre et combattre les nazis, comme le font tous les super-héros de comics, mais il est refusé car considéré comme un "alien". Du coup, il reprend ses pérégrinations temporelles et participe au fameux siège de Syracuse, avec Archimède, puis il visite le Japon médiéval.

    Octobre 1945 est une date qui compte car notre héros se rase et sacrifie sa chevelure. Les lecteurs protestent ! En février 1946, tout a repoussé et Alley Oop a repris son apparence normale – c’est ainsi qu’il découvre l’Atlantide avant de retourner à Moo pour lutter aux côtés de ses amis contre l’invasion des Cro-Magnon. 1947 : Napoléon ; 1948 : Alladin et le génie de la lampe à huile.
Un nouveau tournant décisif est franchi en 1949 qui ancre encore davantage la série dans la SF – car on peut toujours faire remarquer que le voyage dans le temps, bien que permanent, n’est ici utilisé que comme prétexte à des aventures comico-historiques qui revisitent pourtant bien des mythes. Alley Oop s’envole pour son premier voyage vers la Lune ! (il y en aura un second en 1958). A son retour, il entame une tournée de conférences.

    Hamlin, qui s’était déjà fait aider dans ses recherches de documentation historique par Fred Dewalt, alors son futur gendre, décide de prendre un assistant à temps complet. Ce sera David Graue, un étudiant ami de son fils Teddy qui prend ses fonctions officiellement le 1er janvier 1950.
De son côté, Alley Oop, après avoir chassé le tigre en Indes, et rencontré Jules César puis Richard Cœur de Lion, retourne chez les Amazones dans le but de trouver des fonds pour un nouveau projet de voyage spatial, cette fois vers Vénus !

    Au cours des années cinquante, le personnage – qui a désormais besoin de lunettes – continue promenades temporelles et rencontres historiques. Il fait la connaissance de Néron, du Père Noël, de John Smith et de Pocahontas, de la Reine de Sabbat, de Macbeth… il participe à la bataille de Hastings ou encore découvre la Fontaine de Jouvence avec Hernando de Soto. En 1960, la chanson Alley Oop est au hit-parade. L’année suivante, des extraterrestres débarquent à Moo !

    A partir du 15.7.1966, Dave Graue co-signe le strip quotidien dont Hamlin se désintéresse peu à peu. Il l’abandonne à son assistant en 1968, mais continue toutefois à en écrire les scénarios. A partir de septembre 1970, Hamlin n’intervient plus du tout sur le strip quotidien, et se contente d’écrire et de dessiner les planches du dimanche, désormais encrées par Graue. Le 1er janvier 1973, Hamlin qui aura bientôt 73 ans et qui a désormais des problèmes de vision, dessine sa dernière planche du dimanche – qui est publiée le 1er avril. Dave Graue est désormais en charge de la série dans sa continuité : les six bandes quotidiennes de la semaine et la planche du dimanche.

    Au cours des dix années qui vont suivre, Vince Hamlin s’occupera de son épouse Dorothy, victime d’un sévère accident cardiaque dont elle ne remettra jamais tout à fait, tout en travaillant sur ses mémoires, Just for the Record. Il réalise également quelques affiches. Après le décès de Dorothy en novembre 1985, à l’âge de 83 ans, V. T. Hamlin vit seul et se consacre à l’écriture. Il rédige une autobiographie, The Man who Walked with Dinosaurs, un traité sur la pêche, Four Rivers, ainsi qu’un roman, The Devil’s Daughter.

    Venu au monde le 20 mai 1900, Vincent T. Hamlin le quitte le 14 juin 1993.


Bibliographie (partielle)

Publication en périodiques

Planches de 1937 dans Junior ] 89 (9.12.1937) – 94 (13.1.1938) [
Strips du 7 avril au 4 mai 1939 (arrivée de Alley Oop et Ooola dans le présent), Johnny 1-6, 4/7.1970.
Strips du 2 janvier au 27 mars 1950, Les Pieds Nickelés Magazine 2, 10.1971
Strips du 6 juillet au 8 août 1964, Phénix 2, 1.1967

Albums

Alley Oop 1, Dupuis, collection Gag de Poche n°35, sd (12.1965)
Alley Oop 2, Dupuis, collection Gag de Poche n°40, 1966
Alley Oop, Glénat, 1980


                                                                                  Cousin Francis
Par Cousin Francis - Publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Lundi 11 décembre 2006

    Ces temps-ci, je me couche de bonne heure – je dors deux heures et je me réveille. C’est alors l’occasion de fureter dans mes stocks de cassettes vidéo enregistrées ces dernières années, quand j’avais encore la télé mais pas envie de la regarder. Je me disais que ça serait « pour plus tard ». Plus tard, on y est.

    J’ai récupéré le vieux poste de télé de ma fille, un peu pourri (parfois le son yoyote), et, il y a deux mois, je me suis ouvert une ligne budgétaire pour acheter, dans une grande surface, un magnétoscope made in China tout neuf à quarante-neuf euros (je me demande parfois pendant combien de temps il fonctionnera ?). Même pas honte.

    Hier soir, je me suis fait un film de politique fiction étasunien : Couvre-feu, parce que j’avais vu qu’il y avait au générique Denzel Washington et Bruce Willis. Je dois avouer qu’il y a fort longtemps, j’avais bien aimé une série télé complètement déjantée qui s’appelait Clair de lune, dans laquelle officiait Cybill Sheperd, dans le rôle de Maddie Hayes, la patronne d’une agence de détectives privés, et Bruce Willis (dans un de ses premiers rôles et avec des cheveux) dans le rôle de David Addison, l’unique employé. Diffusée dans la seconde moitié des années 80, Clair de lune (Moonlighting dans la VO) fut une des premières séries post-modernes, jouant sur la prise de distance, les références et les codes du cinéma. Bruce Willis y était assez épatant.

     Par la suite, j’ai plutôt aimé un certain nombre de films dans lequel il officiait : Pulp Fiction de Tarentino (1994), L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (1995), Le cinquième élément de Luc Besson (1997) ou, dans un registre plus psychologique et assez étonnant, Le sixième sens (1999) et Incassable (2000). Je n’ai pas vu l’adaptation de Sin City, la BD de Frank Miller, réalisée, me semble-t-il, par Miller lui-même et Tarentino. C’est donc avec un certain a-priori positif que j’ai visionné Couvre-feu. Hélas, mauvaise pioche : c’est vraiment une grosse daube !

    Avant-hier, je me suis fait Cœur de Dragon (j’ai piqué la cassette dans la collection de mon frère). C’est un film de fantasy pas trop mauvais, évidemment très convenu et plein de bons sentiments, mais parfois plutôt rigolo – et puis je ne savais pas que la voix du dragon avait été doublée par Philippe Noiret.

    Il y a quelques jours, j’ai raconté dans ce blog qu’à une époque je prenais très souvent les TGV Bordeaux-Paris, Paris-Lausanne et Paris-Genève, et que j’y croisais souvent au bar des gens connus. Deux jours après avoir mis en ligne cet article, j’ai appris le décès de Philippe Noiret, un acteur que j’appréciais énormément, et je me suis souvenu que j’avais aussi croisé Noiret au bar d’un TGV !

    C’était il y a quatre ans, dans le Paris-Genève. J’étais au bar, j’attendais mon tour pour être servi ; il n’y avait plus qu’une personne avant moi quand Philippe Noiret est apparu, dans le petit bout de couloir qui allait vers la première classe. Je l’ai bien sûr immédiatement reconnu. Il m’a semblé terriblement âgé – ça fait toujours cet effet-là quand on rencontre un acteur que l’on connaît depuis toujours, et dont l’image que l’on s’en fait provient de films réalisés il y a vingt ou trente ans. Là, il y avait autre chose. L’homme était visiblement très malade, son visage exprimait la souffrance et quelqu’un l’aidait à marcher.

    Le barman s’est évidemment aussitôt tourné vers lui pour prendre sa commande. Mais Noiret a alors fait un petit geste en me désignant, qui signifiait que j’étais là avant lui. Le barman a été surpris et, après un temps d’hésitation, il s’est tourné vers moi puis a fait un pas dans ma direction. J’ai demandé un café tout en saluant Philippe Noiret – avec ce genre de discret acquiescement du visage qui signifie à la fois merci et bonjour. A ce moment, une jeune femme est apparue derrière le bar, venant d’une espèce de coin réserve dans un renfoncement du compartiment – elle a aussitôt pris la commande de la personne qui accompagnait l’acteur.

    Le type m’a servi, j’ai payé et je suis allé boire mon café dans un coin, en m’efforçant de ne pas regarder dans la direction de Noiret – à la fois par timidité et par respect. Au bout d’un moment, je me suis replongé dans le paysage qui défilait de l’autre côté du miroir…

    Il y a deux jours, j’ai regardé La cité des anges avec Nicolas Cage et Meg Ryan. Seth, un ange gardien habillé à la Matrix – et presque aussi beau que Keanu Reeves – renonce à l’éternité pour l’amour d’une humaine – pas n’importe qui : Meg Ryan, tout de même, dans le rôle de Maggie, une cardiologue. Il en chie mais parvient à ses fins. Et puis au lendemain de leur première nuit d’amour, elle meurt. Dur ! Mais il ne regrette rien parce qu’avoir été heureux avec elle une journée c’est mieux que passer l’éternité (et au bout d’un moment, ça commence à faire long), sans elle. Bon. Je suis client. C’est mon côté… comment dire ? Les mauvaises langues et autres machos suintant la testostérone diront que c’est mon côté ‘chochotte’ – mes copines diront que c’est ce côté féminin hyper développé qu’elles aiment tant en moi. Allez, j’ai même presque versé une petite larme quand elle meurt. Si, si. Bon, OK, je l’ai versée – mais elle était toute petite. Et puis j’ai fini la bouteille de Soho...

    Elle est vraiment belle, Meg Ryan. A la fois forte et fragile : pile ce qui me fait craquer.

    C’est tout à fait le genre de femme avec qui j’aimerais vivre, sur un bateau ancré à Sausalito, avec deux chats, des jardinières remplies de plantes tout autour, et des vélos pour aller faire les courses – je serais écrivain pour la jeunesse hyper star et je publierais, de temps en temps, des nouvelles de trois feuillets payées cinq mille dollars dans Playboy ou le Saturday Evening Post, et aussi je participerais à une émission de jardinage sur la radio locale, et Meg... euh… elle tiendrait par exemple une librairie avec des bouquins sur le New Age, ou alors elle serait directrice littéraire chez Ballantine, ou encore elle serait consultante en Feng Shui. Un truc cool, quoi. Ah ouais, ça serait rudement bien.

    Evidemment, ça serait après que j’aurais perdu quarante kilos et que j’aurais suivi un programme de remise en forme. Ainsi qu’un perfectionnement en anglais.

    Bon. Je commence demain.

    Bonjour chez vous.

                                                                            Cousin Francis


Décadi 20 Frimaire de l’An CCXV
(10 décembre 2006)
Jour du Hoyau et Journée Fleurs, en Lune décroissante et descendante, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Aujourd’hui le Soleil s’est levé à 8h34.
Par Cousin Francis - Publié dans : L'Agenda du Cousin
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