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Jeudi 14 décembre 2006

    Ce matin, comme tous les matins, j’ai pris mon café dans la cuisine.

    Or, dans la cuisine, il y a désormais un poste de télé. Un peu pourri. Il est relié par un câble –  lui aussi un peu pourri : le blindage déborde au niveau de la prise qui est un poil rouillée – à une antenne que je soupçonne d’être encore plus pourrie. En guise d’antenne, il s’agit en fait d’une espèce de râteau tout tordu, récupéré dans le jardin après une tempête et scotché sur un bout de mat, lui-même posé au-dessus du plafond, à l’intérieur d’une espèce de faux grenier, au-dessus de la cuisine (qui est en fait une ancienne souillarde accolée à l’aile ouest de la grande maison). Vous me suivez ?

    Faut dire que si je prends mon café, le matin, dans cet endroit, c’est parce que c’est l’un des deux endroits où il y a encore une cheminée en état de marche – et que le matin au sortir de mes couettes, ça caille ! Eh oui, parce qu’il y a une quinzaine d’années, une vraiment grosse tempête a foutu en l’air toutes les cheminées du grand bâtiment central, et on n’a jamais trouvé les sous pour les remonter (je vous l’ai déjà raconté, non ?). Bon. L’important, dans cette histoire, c’est qu’il y a une télé. Pourrie, comme j’ai dit. On arrive à voir à peu près TF1 et FR3, et on devine France 2 – les autres chaînes ne sont jamais arrivées jusque chez nous. Ceux qui connaissent le Domaine savent qu’il n’est vraiment pas loin du fin fond de nulle part.

    J’ouvre une parenthèse :

    (J’ai précisé qu’il y avait deux cheminées en état de marche, certains d’entre vous se demanderont peut-être pourquoi je ne prends pas mon café dans l’endroit où se trouve l’autre cheminée ? C’est en soi une bonne question et qui prouve que vous suivez. La réponse, c’est juste que je n’ai pas envie de prendre mon café là-bas, d’accord ? Pourquoi, insisteront certains ? Parce qu’il faudrait que j’y transporte la cafetière et ça ne serait pas pratique – en plus les prises de courant sont au ras du sol et, le matin, je n’aime pas me baisser car j’ai toujours un peu mal au dos. Ca vous va comme réponse ? Je peux passer à la suite ? Merci.)

    Parenthèse refermée, reprenons :

    Ce matin, comme tous les matins, j’ai pris mon café dans la cuisine. J’ai allumé la télé et j’ai regardé FR3. Une jeune femme de la région de Lyon téléphonait pour expliquer qu’elle venait de créer une antenne locale de Freecycle. Mes oreilles se sont plus largement ouvertes.

    Il y a environ deux ans, j’ai lu dans je ne sais plus quel magazine un article sur Freecyle. C’est un réseau mondial – à l’origine américain – qui organise le recyclage de trucs qui fonctionnent encore mais dont on ne se sert plus. L’idée est de les donner à quelqu’un qui en aurait l’utilité, plutôt que de les foutre à la poubelle et d’accroître d’autant le volume de déchets produits par la race humaine – sale race, au demeurant.

    (Ouh là là ! vont se dire mes gentils lecteurs, le Cousin Francis n’a pas l’air de bon poil aujourd’hui, ou bien ?)

    Freecyle lutte ainsi contre le gaspillage et fait la promotion de la gratuité, des échanges non marchands et de toutes ces choses oscillant fort sympathiquement entre altermondialisme et anti-étatisme. Cool. A l’époque, j’avais été jeter un œil sur freecycle.com puis sur l’antenne française fr.freecyle.org pour constater, hélas, qu’il n’y avait aucun groupe dans la région de Bordeaux – pourtant la cinquième ville de l’hexagone. Le fait d’entendre cette femme à la télé m’a donné envie de retourner voir, sur le site français, si les choses avaient évoluées. Chic planète ! Il existe depuis fin novembre un groupe freecyle à Bordeaux, et il y a déjà 17 membres. Evidemment, j’ai aussitôt cliqué sur le petit machin, en bas de la page, où c’est-y que c’était marqué : « nous rejoindre ».

    C’est là que mes ennuis ont commencé.

    On m’a répondu que si je voulais rejoindre le groupe freecycle de Bordeaux, je devais d’abord avoir un compte chez Yahoo. Pas à tortiller du cul pour chier droit. C’était ça ou casse-toi. Pas cool.

    Ca m’a fâcheusement rappelé la fois où, c’était il y a environ quinze jours, André François Ruaud des Editions Les Moutons Electriques, m’avait proposé de rejoindre le groupe de discussion organisé autour de ses éditions. Pourquoi pas ? J’avais cliqué là où il fallait cliquer et… on avait commencé par me dire que je devais avoir un compte chez Yahoo. Bon. J’avais rempli le truc, mis mon nom, choisi mon « nom de compte » (j’avais mis Cousin Francis, pourquoi faire compliqué ?), mis un « mot de passe » (le même que je mets partout, avec l’âge mes capacités mémorielles faiblissent), déchiffré le gribouillis qu’il faut recopier pour valider tout ça, et… Yaho m’avait répondu que mon « nom de compte » Yahoo était déjà utilisé.

    Alouazolbek !

    Un petit salopard se faisait donc passer pour moi ! A la place de Cousin Francis, j’avais mis Francis Valéry. Même réponse : le même salopard avait donc utilisé toutes les options pour m’empêcher d’ouvrir un compte Yahoo. Là, je m’étais tout de même dit : Francis, mollo la pédale parano. Réfléchis : n’aurais-tu pas déjà ouvert un compte Yahoo, il y a longtemps, quand tu avais ton bel iMac ?

    « Cette pourriture de saloperie de merde qui a cramé deux jours après la fin de la garantie et qui a fait que je suis devenu un Pciste, moi qui avait été pendant quinze ans un farouche macintoshiste ? » m’étais-je exclamé.

    « Absolument ! » m’étais-je répondu.

    De fait, il est possible qu’à l’époque où je vivais encore avec mon ex-épouse, que j’avais un iMac et que la maison était câblée, j’ai ouvert un compte Yahoo… Mais c’était il y a dix ans et je ne m’en suis jamais servi !

    Hum…

    J’avais recommencé à réfléchir. Pas trop, parce qu’avec le froid qu’il fait dans ma chambre au premier étage, mes doigts ont tendance à geler si je reste trop longtemps sans taper sur mon clavier – au passage, je viens de vous révéler le secret de ma grande productivité littéraire : j’ai froid donc je tape.

    La première  hypothèse m’avait alors singulièrement retitillé : je m’étais dit furieusement que la seule explication recevable, c’était bel et bien qu’un de mes nombreux ennemis avait ouvert des comptes Yahoo fantômes, à tous les noms que j’étais susceptible d’utiliser, à seule fin de m’emmerder. J’en sais quelques uns capables d’une telle vilenie. Et je ferai remarquer à ceux de mes lecteurs qui froncent les sourcils en se disant que je suis vraiment paranoïaque, que ce n’est pas parce qu’on est paranoïaque qu’on n’a pas d’ennemis. Bref, ça m’avait gonflé et j’avais laissé tomber – puis j’avais passé un mail à André pour lui raconter. Il s’était évidemment foutu de ma poire et m’avait inscrit lui-même par je ne sais quelle manipulation magique.

    Nom de Dieu qui n’existez pas, voilà que ça recommençait !

    Mais comme cette fois j’avais vraiment envie de m’inscrire à Freecycle, je me suis dit que j’allais prendre un nom de compte genre nimportenawaque, et que j’allais le noter dans un coin. J’ai donc choisi : « confiture ». Réponse de Yahoo : déjà pris. Admettons, j’ai choisi : « concombre ». Réponse de Yahoo : déjà pris. Ca commençait à bien faire, j’ai choisi : « camembert ». Réponse de Yahoo : déjà pris…. Nadzelmok ! J’ai tapé : « dsjfhrhghre ». Réponse de Yahoo : déjà pris !

    Là, je me suis dit que Yahoo ne voulait vraiment pas de moi !

    J’ai donc décidé d’écrire à Freestyle en leur disant que j’étais prêt à les rejoindre mais que, à l’évidence, j’étais sur la liste noire de Yahoo – et ce n’est pas parce qu’on est paranoïaque qu’on n’est sur aucune liste noire.

    Et là, quand j’ai cliqué sur « nous contacter », une fenêtre s’est ouverte, marquée Outlook Express ! Et quand j’ai voulu envoyer mon message, on m’a dit que ce n’était pas ma messagerie habituelle, que je n’étais pas inscrit, que je n’avais pas la carte de membre, que je n’étais pas à jour de mes cotisations, etc.

    J’ai fait une pause. J’avais le choix entre foutre mon ordinateur par la fenêtre – ce que j’aurais sans doute regretté aussitôt après. Ou me calmer. J’ai choisi de me calmer et je suis redescendu à la cuisine boire un autre café. Je ne vous l’ai jamais dit, mais je fais partie de ces gens que la camomille énerve mais qui sont calmés par le café. Non, je déconne. Je me remis à réfléchir, tout en peinant à finir l’infâme kawa qui commençait à prendre en bloc de gélatine au fond de ma tasse – j’avais laissé la cafetière allumée et le kawa s’était condensé, façon implosion d’une étoile à neutrons en train de se transformer en trou noir, vu depuis le bord de son horizon événementiel : le truc qui craint vraiment et qu’on n’a pas l’occasion de faire deux fois !

    Je crois que je compris alors où résidait le problème…

    J’ai un vieux PC qui utilise des logiciels libres ou des versions gratuites (incomplètes, m’a-t-on une fois expliqué, n’empêche que ça fonctionne). Je n’ai pas Internet Explorer – j’utilise une version de démonstration, gratuite, de Mozilla Firefox qui fonctionne parfaitement bien. Je n’ai pas Outlook Express – je ne sais pas ce que j’ai à la place, ça doit aller avec Mozilla. J’ai une adresse email en Belgique, gratuite. Je n’ai pas tous ces logiciels hypersophistiqués qui font cent fois plus de choses que ce que j’ai besoin de faire – j’ai juste un traitement de texte de l’âge de pierre. Bref, je crois comprendre que si je n’arrive pas à ouvrir un compte chez Yahoo, c’est sans doute parce que mon ordinateur n’est pas équipé de tous ces mouchards électroniques qui s’y infiltrent, s’y implantent, s’y camouflent malgré vous – c’est ça qu’on appelle des « cookies » ou bien ? Mon petit frère – le fameux Docteur Dave qui entretient tous les PC dans un rayon de trente kilomètres – a installé sur ma machine un truc qui bloque toutes ces saloperies.

    Façon Résistance !

    Mais voilà, le World Company n’aime pas les Résistants ! Alors tant pis pour Freecycle – infiltré par l’ennemi ! Quant à Yahoo, à l’évidence associé au complot microsoftien planétaire, je les merde ! Que les pustules leur viennent au cul et que les bras leur raccourcissent qu'ils ne puissent pas se les gratter ! Et que Cthulhu vienne leur bouffer le fion !

    De toutes façons, je ne me sers que de Google.

    Bonjour chez vous.

                                                                                                           Cousin Francis


Quartidi 24 Frimaire de l’An CCXV
(14 décembre 2006)
Jour de l’Oseille et Journée Racines, en Lune décroissante et descendante, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Aujourd’hui, le Soleil s’est levé à 8h38.
par Cousin Francis publié dans : L'Agenda du Cousin
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Mercredi 13 décembre 2006
    Parce qu’il est très admiratif des aventures de Buck Rogers dans le lointain futur, dessinées par Dick Calkins, Vince T. Hamlin, reporter, photographe et illustrateur de presse, a l’idée de créer une bande dessinée qui, au contraire, se situerait dans un lointain passé. Avec humour et en référence au Stone Age (l’Age de Pierre), il baptise celui-ci The Bone Age : l’Age de l’Os ! Assurément, il s’agit d’un territoire qui, à l’époque, n’a encore été défriché par aucun dessinateur.

    Contrairement à ce que la paléontologie affirme, Hamlin décide qu’il fut un temps où les derniers dinosaures et les premiers humains se partageaient le monde. Cette époque, absente des documents officiels, pourrait être baptisée le Cartoonozoic Age – et il se pourrait bien qu’elle empiète, à l’occasion, sur nos temps modernes. Preuves en sont les nombreuses rencontres avérées entre humains et dinosauriens dans ces mondes perdus et géographiquement retrouvés qui foisonnent dans la littérature, la bande dessinée et le cinéma populaires – aussi bien que celles résultant du retour des dinosaures parmi nous, façon Jurassic Park ou Xenozoic Tales.

    Vince T. Hamlin est l’inventeur à la fois du Cartoonozoic Age et du premier cartoonosaurus : un certain Dinny, croisement improbable entre un stégosaure, un diplodocus, Rin-Tin-Tin et Lassie chien fidèle.

    Le personnage central de la série est un certain Alley Oop, un homme préhistorique comme on se l’imaginait à l’époque, avec une musculature inversement proportionnelle à son développement cérébral : une armoire à glace dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle manque parfois de vivacité et de souplesse intellectuelles, et qui finit en général par résoudre les problèmes avec son gourdin. Alley Oop vit au Royaume de Moo, voisin de celui de Lem – pour la petite histoire, ces noms sont inspirés par un succès de librairie de l’époque, The Lost Continent of Mu, par James Churchward, dans lequel l’auteur se lance sur les traces du continent Mu et la Lémurie.

    Tout un petit monde évolue autour de Alley Oop : Ooola, sa belle et brune fiancée, Foozy qui parle en vers, le Roi Guzzle (Guz) et sa femme Umpateedle (Umpa), leur fille Wootiefoot qui est un peu simple d’esprit, The Grand Wizer, le sorcier de la tribu avec sa coiffe de corbeau. Les relations entre ces personnages ne sont pas toujours faciles : Guz, pourtant débonnaire et pacifique, voit en Alley Oop un rival potentiel et le sorcier, on s’en doute, ne fait rien pour arranger les choses.

    Si Alley Oop est rapidement devenu l’homme des cavernes le plus populaire et le plus connu de toute la culture étasunienne, avec une diffusion à sa grande époque dans plus de 800 quotidiens à travers le pays, la création de la série ne fut pas chose aisée. En 1929, Hamlin travaille sur une première version : les aventures d’une famille moderne vivant à l’âge des cavernes. L’année suivante, son projet se modifie en Oop the Mighty : il s’agit cette fois de mettre en scène un homme des cavernes contemporain des dinosaures ; Hamlin creuse l’idée pendant un an pour finalement détruire toutes les esquisses.

    En 1931, il reprend le personnage précédent qu’il rebaptise Alley Oop, et le situe dans un pays appelé Moo. Hamlin dessine quelques strips et les propose à un diffuseur qui les refuse. Il faut attendre 1932 pour que Bonnett-Brown Syndicate accepte de diffuser la série, à raison de deux strips par semaine – une trentaine de journaux sont intéressés. Mais l’année suivante, le diffuseur fait faillite. NEA contacte alors Hamlin qui signe pour une poursuite de la bande, cette fois à raison de six strips par semaine. Perfectionniste, Hamlin redessine tout depuis le début et Alley Oop, dans la forme qu’on lui connaît, commence à paraître le 7 août 1933 sous forme d’un strip quotidien, puis à partir du 9 septembre 1934 de planches du dimanche.

    Pendant presque six ans, la série est confinée dans une préhistoire alternative où le héros se promène à dos de dinosaure. Elle en sort brusquement le 7 avril 1939 pour basculer résolument dans la science-fiction – pour autant que le genre préhistorique, que son traitement se veuille sérieux (J.H. Rosny) ou burlesque, ne soit pas déjà en soi une branche de la SF…  Ce jour là, Alley Oop et sa fiancée Ooola tombent fortuitement sur une caméra envoyée dans le passé pour filmer celui-ci, et qui fait partie d’un mécanisme à remonter le temps ; s’étant saisis de la caméra au moment où elle est rapatriée dans le présent, ils sont « capturés » par la machine et se retrouvent au vingtième siècle ! Pour eux, c’est le début d’une aventure à travers le temps et l’espace qui les occupera pendant les 31 années suivantes. Quittant le Cartoonozoic Age, Alley Oop devient le héros d’un véritable comic opera qui se joue désormais sur la scène de l’histoire humaine des deux derniers millénaires.

    La machine explosant juste après l’arrivée des deux voyageurs du temps involontaires, Alley Oop et Ooola prennent le temps de faire connaissance avec leurs ravisseurs : le Professeur Elbert Wonmug, un inventeur pour qui l’impossible n’existe pas et que donc rien n’arrête, et son assistant Amos Bronson, un anthropologue, à l’inverse de Wonmug, parfaitement "raisonnable" – pour certains commentateurs, le Docteur Bronson serait même le seul personnage à peu près normal de la BD. Il est vrai que, confronté à toutes ces choses mystérieuses qui encombrent le vingtième siècle, Alley Oop ne réagit pas à proprement parler de manière mesurée…

    Les lecteurs comme le diffuseur de la série commencent par manifester leur surprise de la voir à ce point chamboulée : finies les aventures préhistoriques décalées et farfelues, place à un humour basé sur la confrontation entre des niveaux de civilisation et les incompréhensions qui en découlent, puis, dès lors que la remise en état du chronoscaphe le permet, sur la rencontre entre Alley Oop et des personnages historiques (ou pseudo-historiques). Effectivement, ça change ! Mais le public adhère rapidement car le personnage prend une nouvelle dimension. En forçant le trait, V. T. Hamlin révèle d’ailleurs involontairement ses sources d’inspirations, ou plutôt la source quasi unique qui l’influencera au cours de ses années de formation – et avec le recul, il apparaît que cette influence fut sans doute considérable : il s’agit du Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay. Car par bien des côtés, Alley Oop fait plus que rappeler Flip, le compagnon gaffeur de Nemo, en particulier dans les images où il est coiffé d’un haut de forme et fume un cigare : la ressemblance devient alors même physique.

    Cette même année 1939, Alley Oop se retrouve en pleine guerre de Troie : il rencontre Hélène et se bat en duel avec Ajax. L’année suivante, il rencontre Ulysse et se querelle avec Hercule, devient général dans l’armée des Amazones, fait la connaissance de Cléopâtre et de Marc-Antoine – tandis qu’est introduit dans la série G. Oscar Boom, un brillant expert en explosif, un excentrique au tempérament explosif et instable qui, après un début de carrière du côté des méchants, intègre la fine équipe.

    En 1941, Alley Oop se rend à Alexandrie puis rencontre Robin des Bois. En 1942, il veut s’engager dans l’armée américaine pour participer à l’effort de guerre et combattre les nazis, comme le font tous les super-héros de comics, mais il est refusé car considéré comme un "alien". Du coup, il reprend ses pérégrinations temporelles et participe au fameux siège de Syracuse, avec Archimède, puis il visite le Japon médiéval.

    Octobre 1945 est une date qui compte car notre héros se rase et sacrifie sa chevelure. Les lecteurs protestent ! En février 1946, tout a repoussé et Alley Oop a repris son apparence normale – c’est ainsi qu’il découvre l’Atlantide avant de retourner à Moo pour lutter aux côtés de ses amis contre l’invasion des Cro-Magnon. 1947 : Napoléon ; 1948 : Alladin et le génie de la lampe à huile.
Un nouveau tournant décisif est franchi en 1949 qui ancre encore davantage la série dans la SF – car on peut toujours faire remarquer que le voyage dans le temps, bien que permanent, n’est ici utilisé que comme prétexte à des aventures comico-historiques qui revisitent pourtant bien des mythes. Alley Oop s’envole pour son premier voyage vers la Lune ! (il y en aura un second en 1958). A son retour, il entame une tournée de conférences.

    Hamlin, qui s’était déjà fait aider dans ses recherches de documentation historique par Fred Dewalt, alors son futur gendre, décide de prendre un assistant à temps complet. Ce sera David Graue, un étudiant ami de son fils Teddy qui prend ses fonctions officiellement le 1er janvier 1950.
De son côté, Alley Oop, après avoir chassé le tigre en Indes, et rencontré Jules César puis Richard Cœur de Lion, retourne chez les Amazones dans le but de trouver des fonds pour un nouveau projet de voyage spatial, cette fois vers Vénus !

    Au cours des années cinquante, le personnage – qui a désormais besoin de lunettes – continue promenades temporelles et rencontres historiques. Il fait la connaissance de Néron, du Père Noël, de John Smith et de Pocahontas, de la Reine de Sabbat, de Macbeth… il participe à la bataille de Hastings ou encore découvre la Fontaine de Jouvence avec Hernando de Soto. En 1960, la chanson Alley Oop est au hit-parade. L’année suivante, des extraterrestres débarquent à Moo !

    A partir du 15.7.1966, Dave Graue co-signe le strip quotidien dont Hamlin se désintéresse peu à peu. Il l’abandonne à son assistant en 1968, mais continue toutefois à en écrire les scénarios. A partir de septembre 1970, Hamlin n’intervient plus du tout sur le strip quotidien, et se contente d’écrire et de dessiner les planches du dimanche, désormais encrées par Graue. Le 1er janvier 1973, Hamlin qui aura bientôt 73 ans et qui a désormais des problèmes de vision, dessine sa dernière planche du dimanche – qui est publiée le 1er avril. Dave Graue est désormais en charge de la série dans sa continuité : les six bandes quotidiennes de la semaine et la planche du dimanche.

    Au cours des dix années qui vont suivre, Vince Hamlin s’occupera de son épouse Dorothy, victime d’un sévère accident cardiaque dont elle ne remettra jamais tout à fait, tout en travaillant sur ses mémoires, Just for the Record. Il réalise également quelques affiches. Après le décès de Dorothy en novembre 1985, à l’âge de 83 ans, V. T. Hamlin vit seul et se consacre à l’écriture. Il rédige une autobiographie, The Man who Walked with Dinosaurs, un traité sur la pêche, Four Rivers, ainsi qu’un roman, The Devil’s Daughter.

    Venu au monde le 20 mai 1900, Vincent T. Hamlin le quitte le 14 juin 1993.


Bibliographie (partielle)

Publication en périodiques

Planches de 1937 dans Junior ] 89 (9.12.1937) – 94 (13.1.1938) [
Strips du 7 avril au 4 mai 1939 (arrivée de Alley Oop et Ooola dans le présent), Johnny 1-6, 4/7.1970.
Strips du 2 janvier au 27 mars 1950, Les Pieds Nickelés Magazine 2, 10.1971
Strips du 6 juillet au 8 août 1964, Phénix 2, 1.1967

Albums

Alley Oop 1, Dupuis, collection Gag de Poche n°35, sd (12.1965)
Alley Oop 2, Dupuis, collection Gag de Poche n°40, 1966
Alley Oop, Glénat, 1980


                                                                                  Cousin Francis
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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Lundi 11 décembre 2006

    Ces temps-ci, je me couche de bonne heure – je dors deux heures et je me réveille. C’est alors l’occasion de fureter dans mes stocks de cassettes vidéo enregistrées ces dernières années, quand j’avais encore la télé mais pas envie de la regarder. Je me disais que ça serait « pour plus tard ». Plus tard, on y est.

    J’ai récupéré le vieux poste de télé de ma fille, un peu pourri (parfois le son yoyote), et, il y a deux mois, je me suis ouvert une ligne budgétaire pour acheter, dans une grande surface, un magnétoscope made in China tout neuf à quarante-neuf euros (je me demande parfois pendant combien de temps il fonctionnera ?). Même pas honte.

    Hier soir, je me suis fait un film de politique fiction étasunien : Couvre-feu, parce que j’avais vu qu’il y avait au générique Denzel Washington et Bruce Willis. Je dois avouer qu’il y a fort longtemps, j’avais bien aimé une série télé complètement déjantée qui s’appelait Clair de lune, dans laquelle officiait Cybill Sheperd, dans le rôle de Maddie Hayes, la patronne d’une agence de détectives privés, et Bruce Willis (dans un de ses premiers rôles et avec des cheveux) dans le rôle de David Addison, l’unique employé. Diffusée dans la seconde moitié des années 80, Clair de lune (Moonlighting dans la VO) fut une des premières séries post-modernes, jouant sur la prise de distance, les références et les codes du cinéma. Bruce Willis y était assez épatant.

     Par la suite, j’ai plutôt aimé un certain nombre de films dans lequel il officiait : Pulp Fiction de Tarentino (1994), L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (1995), Le cinquième élément de Luc Besson (1997) ou, dans un registre plus psychologique et assez étonnant, Le sixième sens (1999) et Incassable (2000). Je n’ai pas vu l’adaptation de Sin City, la BD de Frank Miller, réalisée, me semble-t-il, par Miller lui-même et Tarentino. C’est donc avec un certain a-priori positif que j’ai visionné Couvre-feu. Hélas, mauvaise pioche : c’est vraiment une grosse daube !

    Avant-hier, je me suis fait Cœur de Dragon (j’ai piqué la cassette dans la collection de mon frère). C’est un film de fantasy pas trop mauvais, évidemment très convenu et plein de bons sentiments, mais parfois plutôt rigolo – et puis je ne savais pas que la voix du dragon avait été doublée par Philippe Noiret.

    Il y a quelques jours, j’ai raconté dans ce blog qu’à une époque je prenais très souvent les TGV Bordeaux-Paris, Paris-Lausanne et Paris-Genève, et que j’y croisais souvent au bar des gens connus. Deux jours après avoir mis en ligne cet article, j’ai appris le décès de Philippe Noiret, un acteur que j’appréciais énormément, et je me suis souvenu que j’avais aussi croisé Noiret au bar d’un TGV !

    C’était il y a quatre ans, dans le Paris-Genève. J’étais au bar, j’attendais mon tour pour être servi ; il n’y avait plus qu’une personne avant moi quand Philippe Noiret est apparu, dans le petit bout de couloir qui allait vers la première classe. Je l’ai bien sûr immédiatement reconnu. Il m’a semblé terriblement âgé – ça fait toujours cet effet-là quand on rencontre un acteur que l’on connaît depuis toujours, et dont l’image que l’on s’en fait provient de films réalisés il y a vingt ou trente ans. Là, il y avait autre chose. L’homme était visiblement très malade, son visage exprimait la souffrance et quelqu’un l’aidait à marcher.

    Le barman s’est évidemment aussitôt tourné vers lui pour prendre sa commande. Mais Noiret a alors fait un petit geste en me désignant, qui signifiait que j’étais là avant lui. Le barman a été surpris et, après un temps d’hésitation, il s’est tourné vers moi puis a fait un pas dans ma direction. J’ai demandé un café tout en saluant Philippe Noiret – avec ce genre de discret acquiescement du visage qui signifie à la fois merci et bonjour. A ce moment, une jeune femme est apparue derrière le bar, venant d’une espèce de coin réserve dans un renfoncement du compartiment – elle a aussitôt pris la commande de la personne qui accompagnait l’acteur.

    Le type m’a servi, j’ai payé et je suis allé boire mon café dans un coin, en m’efforçant de ne pas regarder dans la direction de Noiret – à la fois par timidité et par respect. Au bout d’un moment, je me suis replongé dans le paysage qui défilait de l’autre côté du miroir…

    Il y a deux jours, j’ai regardé La cité des anges avec Nicolas Cage et Meg Ryan. Seth, un ange gardien habillé à la Matrix – et presque aussi beau que Keanu Reeves – renonce à l’éternité pour l’amour d’une humaine – pas n’importe qui : Meg Ryan, tout de même, dans le rôle de Maggie, une cardiologue. Il en chie mais parvient à ses fins. Et puis au lendemain de leur première nuit d’amour, elle meurt. Dur ! Mais il ne regrette rien parce qu’avoir été heureux avec elle une journée c’est mieux que passer l’éternité (et au bout d’un moment, ça commence à faire long), sans elle. Bon. Je suis client. C’est mon côté… comment dire ? Les mauvaises langues et autres machos suintant la testostérone diront que c’est mon côté ‘chochotte’ – mes copines diront que c’est ce côté féminin hyper développé qu’elles aiment tant en moi. Allez, j’ai même presque versé une petite larme quand elle meurt. Si, si. Bon, OK, je l’ai versée – mais elle était toute petite. Et puis j’ai fini la bouteille de Soho...

    Elle est vraiment belle, Meg Ryan. A la fois forte et fragile : pile ce qui me fait craquer.

    C’est tout à fait le genre de femme avec qui j’aimerais vivre, sur un bateau ancré à Sausalito, avec deux chats, des jardinières remplies de plantes tout autour, et des vélos pour aller faire les courses – je serais écrivain pour la jeunesse hyper star et je publierais, de temps en temps, des nouvelles de trois feuillets payées cinq mille dollars dans Playboy ou le Saturday Evening Post, et aussi je participerais à une émission de jardinage sur la radio locale, et Meg... euh… elle tiendrait par exemple une librairie avec des bouquins sur le New Age, ou alors elle serait directrice littéraire chez Ballantine, ou encore elle serait consultante en Feng Shui. Un truc cool, quoi. Ah ouais, ça serait rudement bien.

    Evidemment, ça serait après que j’aurais perdu quarante kilos et que j’aurais suivi un programme de remise en forme. Ainsi qu’un perfectionnement en anglais.

    Bon. Je commence demain.

    Bonjour chez vous.

                                                                            Cousin Francis


Décadi 20 Frimaire de l’An CCXV
(10 décembre 2006)
Jour du Hoyau et Journée Fleurs, en Lune décroissante et descendante, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Aujourd’hui le Soleil s’est levé à 8h34.
par Cousin Francis publié dans : L'Agenda du Cousin
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Jeudi 7 décembre 2006

    Il y a deux mois, début octobre, quand j’ai commencé ce blog, je ne l’ai dit à personne. Je me suis remis à écrire simplement parce que j’avais besoin de me remettre à écrire. Et j’ai commencé à mettre en ligne une partie de ce que j’écrivais simplement parce que j’avais besoin de dire :  hello ! coucou ! bonjour ! remember me ? je ne suis pas mort ! y’a quelqu’un ? Mais voilà, je ne l’ai dit à personne. Ce qui, à dire vrai, était quand même un tout petit peu contradictoire, non ?

    En fait, quelques semaines plus tôt, j’avais commencé à vendre sur ebay des bricoles provenant de ma bibliothèque, histoire de tenter de faire rentrer un peu d’argent. J’ai fini par créer une boutique et, assez rapidement, j’ai inséré dans la description des objets mis en vente un petit topo supposé répondre aux « questions fréquemment posées » ; c’est dans ce cadre que j’ai, pour la première fois, signalé l’existence de ce blog.

    En clair : je me suis bien gardé d’annoncer mon « retour » à mon « public » logique (le milieu de la SF, les gens qui me connaissent en tant qu’écrivain, les anciens lecteurs de mes Carnets de Voyage sur l’internet, les copains qui ont des sites) mais j’ai fait passer l’info là où elle avait toutes les chances de ne pas être reçue.

    Et ça a tout à fait bien marché. Mon blog était visité quotidiennement par un nombre de personnes hésitant entre zéro et un – parfois deux.

    Un jour, mon amoureuse de Lausanne a même été y faire un tour et, au retour, m’a envoyé un mail en me disant qu’elle ne voyait pas quel intérêt les gens pouvaient trouver à ce genre de choses. Moi non plus, dis donc ! Chic planète : ça faisait longtemps que, mon amoureuse de Lausanne et moi, nous n’avions plus été d’accord sur quelque chose…

    Et puis j’ai découvert la notion de Blog Rank.

    Je n’ai pas tout compris mais disons, pour ceux qui en savent encore moins que moi, s’il y en a, que le blog rank est une espèce d’indice allant de 1 à 100, calculé par l’hébergeur des blogs, selon une formule conservée ultra-secrète (pour que quelques blogueurs malins ne puissent pas tricher et faire grimper leur indice par quelque manipulation maligne), et censé exprimer la qualité d’un blog. Vous avez un blog rank de 1 signifie que vous êtes une grosse tâche qui n’a rien à dire et n’intéresse personne – un blod rank de 100 signifie que vous êtes le roi de l’internet, donc du monde.

    Pendant six semaines, mon blog rank a joué au yoyo entre 2 et 3 – toute petite ficelle. Ce qui me positionnait dans la catégorie « assez grosse tâche, mais y’a plus grosse (en cherchant bien), n’intéressant quasiment personne, mais y’a pire (pareil) ». Résultat en soi déplorable mais dans le contexte parfaitement logique.

    C’est vers cette période que, m’étant retrouvé par je ne sais quelle manipulation malencontreuse – on a vite fait de cliquer n’importe où – sur le blog de mon ami André-François Ruaud, directeur littéraire des Moutons Electriques et éditeur de la revue Fiction où j’officie deux fois de l’an comme critique allitéraire, j’y découvis une mention de mon blog (un « lien », il me semble que cela s’appelle ainsi, une sorte de piège à clic pour internaute imprudent). Je demandai à André par quel petit salopard de cafteur il avait su que j’avais un blog. Il me répondit qu’il ne s’en souvenait pas, mais que ça avait du être par le canal habituel : le bouche à oreille. Une visite chez mon ami, l’écrivain et plasticien Fabrice Méreste, me fit découvrir un autre de ces fameux liens. Gaspatcho ! J’étais démasqué et jeté en pâture à la curiosité des foules en délire. Chouette. Peut-être que j’allais redevenir célèbre et, unique conséquence vraiment intéressante de la célébrité, être à nouveau invité dans les salons du livre et festivals de SF pour vider des caisses de champagne au bar VIP en compagnie des journalistes les plus craquantes (vous savez maintenant quelles sont les motivations des écrivains, ce qui vous évitera, dans les débats avant signatures, de continuer de poser à l’auteur invité la question la plus blonde de l’univers : « pourquoi écrivez-vous ? »).

    Le 18 novembre, alors que la veille je m’étais couché de bonne heure et n’avais donc rien fait de spécial à part finir le paquet de madeleines, mon blog rank, ce misérable, bondit à 7… puis à 12. Pendant une dizaine de jours, il yoyota ainsi entre 7 et 12 – plus longue ficelle, plus d’amplitude.

    C’est là que, tel David Vincent cherchant un raccourci qu’il ne trouva jamais à la recherche d’une pancarte marquée « tous aux abris », je ne pus que constater, avec effroi, que mon blog rank passait à 17 le 28/11, à 22 le 29/11, à 27 le 30/11, à 32 le 1/12, à 37 le 2/12, à 42 le 3/12… tandis que le nombre des « pages lues » et celui des « visiteurs uniques » (deux concepts également étranges que je maîtrise mal) explosaient. 80 visiteurs le 30/11 ! alors que, au cours des trois premières semaines de novembre, ces mêmes « visiteurs uniques » n’avaient jamais été plus de 7 – et très fréquemment zéro en octobre, ce qui était encore plus raisonnable.

    Le doute n’était plus permis : ils avaient pris forme humaine et étaient désormais parmi nous. Qui ? Mais les lecteurs !

    Depuis, je me cache.

    Cette nuit, j’ai rallumé mon vieux PC et, en tremblant, j’ai consulté les chiffres : le blog rank de la veille est de 44. La fièvre continue donc de monter… mais tout de même moins vite.

    Mon Dieu qui n'existez pas, que vous ai-je fait ?

    Bon, j’ai décidé de prendre la taureau par les cornes. Demain, je vais cueillir les derniers kiwis et je fais de la confiture. Et dans mon prochain article – promis-juré ! si je mens c’est moi qui bouffe toute la confiture… – il n’y aura que des considérations agriculturelles. Le genre de trucs qui n’intéressent vraiment personne !

    Bonjour chez vous.

                                                                                                                             Cousin Francis

Septidi 17 Frimaire de l’An CCXV
(7 décembre 2006)
Jour du Cyprès et Journée Fleurs, en Lune décroissante et descendante, au lendemain de la Pleine Lune, sous le signe du Sagittaire en son 2ème décan.
Tout à l’heure, le Soleil devrait se lever à 8h31.
par Cousin Francis publié dans : Chic Planète !
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Mardi 5 décembre 2006
    Alpha Centauri est le système solaire le plus proche de la Terre. C’est un système triple – plus précisément il est constitué d’une étoile double, α Centauri A et α Centauri B, et d’une naine rouge, Proxima Centauri, qui lui est liée gravitationnellement.
    Située à seulement 4,22 années-lumière, Proxima Centauri est l’étoile la plus proche de la Terre. Avec une magnitude apparente moyenne de 11, elle est invisible à l’œil nu. Il s’agit d’une petite étoile de spectre M5, d’une masse de 0.12 fois celle du soleil, et sa magnitude absolue est de 15,4 – ce qui signifie qu’elle est 13.000 fois moins lumineuse que le soleil.
    Alpha Centauri est beaucoup plus intéressante. Sa composante A est une toile de spectre G2, de magnitude apparente –0,01. Sa masse et son rayon sont respectivement 1,1 et 1,06 fois ceux du soleil et sa magnitude absolue est de 4,34 ce qui correspond à une luminosité d’à peine plus d’une fois et demi celle du soleil. On l’aura compris : Alpha Cantauri A est quasiment une étoile jumelle de la nôtre ! La composante B a une magnitude apparente un peu plus faible : 1,35. C’est une étoile au spectre de type K1. Sa masse et son rayon sont 0,99 et 0,87 fois ceux du soleil. L’écart entre les composantes est de seulement 15’’.
    Distant de la Terre de 4,36 années-lumière, le système double a une magnitude apparente de –0,1 ce qui fait de Alpha Centauri la troisième étoile la plus brillante du ciel, après Sirius et Canopus.
    Alpha Centauri est également connue sous les noms de Toliman et de Rigil Kentarus – qui signifie en arabe “ le pied du Centaure ”.

    Ce qui précède est ce que nous apprend la science. En résumé : la principale composante du système stellaire le plus proche de la Terre est une étoile pour ainsi dire jumelle de notre soleil ! Voilà une information qui ne pouvait laisser indifférent les écrivains de Science-Fiction. Le pas fut donc bientôt franchi, qui consistait à extrapoler : une étoile jumelle a toutes les chances de posséder un système planétaire comparable à celui de notre soleil, et donc une planète ressemblant à la Terre…

    De fait, cette planète s’appelle Rann et sa capitale est Ranagar. Elle est située à exactement la même distance de son soleil – Alpha Centauri A – que la Terre du sien. Elle appartient à un système planète ressemblant au nôtre – la plus proche planète de Rann s’appelle d’ailleurs Anthorann.
    Evidemment, Rann est peuplée d’individus ressemblant en tout points aux humains, si ce n’est qu’ils sont nettement plus évolués sur le plan technologique.

    Dans le courant de l’année 1954, Sardath, un célèbre scientifique de Ranagar, tente d’attirer l’attention d’une éventuelle civilisation sur Terre. Il commence à émettre un rayon éclairant à destination de notre planète, dans l’espoir qu’il sera capté et suscitera une réponse. Mais en cours de route, une radiation spatiale inconnue convertit ce simple rayon éclairant en un rayon véhiculaire baptisé Rayon Zéta.
    Courant 1958 : Adam Strange se trouve sur le plateau péruvien, dans la Cordillère des Andes. Il est à la recherche de la légendaire cité de Caramanga où se trouverait, dissimulée depuis des siècles, la fabuleuse rançon de l’empereur inca Athahualpa, capturé par Pizarro. De fait, Adam Strange découvre le trésor – et se retrouve immédiatement pris en chasse par ses gardiens. Alors qu’il plonge dans le vide du haut d’une falaise, pour échapper à une pluie de flèches et de lances, Adam Strange est soudain capturé par un étrange rayonnement. Après un bref instant de froid intense et d’obscurité, il se retrouve sur un monde étrange…
    Présentée dans Showcase 17 (décembre 1958), ainsi débute la première aventure d’Adam Strange, sur un scénario de Gardner Fox et dessinée par Mike Sekowsky.
    Une fois sa mission accomplie – sauver l’univers ou peu s’en faut – Adam Strange, alors qu’il allait pouvoir conter fleurette avec la belle Alanna, fille de Sardath, commence à se dissoudre… et se retrouve sur Terre, pour cause d’épuisement de la charge d’énergie emmagasinée par son corps au moment où il fut frappé le Rayon Zéta. Mais bonne nouvelle : au cours des années précédentes, Sardath a émis à de nombreuses reprises son rayon éclairant – et celui-ci s’est transformé chaque fois en rayon véhiculaire. Adam Strange n’a donc plus qu’à calculer le lieu et la date du prochain impact sur Terre du Rayon Zéta, et à se débrouiller pour être au bon endroit et au bon moment, afin d’être télétransporté sur Rann pour retrouver, le temps d’une nouvelle aventure, la belle Alanna.
    Mais c’est une vraie malédiction, car la charge énergétique s’épuise systématiquement à l’instant du baiser final et Adam Strange, frustré comme on le devine mais bien décidé à ne pas en rester là, se retrouve sur Terre.

    Dessinées par Mike Sekowsky, les aventures d’Adam Strange vont paraître dans trois numéros consécutifs de Showcase – un comic-book DC spécialisé dans la présentation de nouveaux personnages, dans le but de les tester auprès du public. Les réactions des lecteurs furent assez positives pour que la série continue – mais pas assez pour qu’elle bénéficie de son propre titre ; aussi Adam Strange, après quelques mois d’interruption, se retrouva-t-il dans Mystery in Space à partir du n°53 (8.1959) dont il restera la série vedette pendant six ans. Le scénariste est toujours Gardner Fox mais le personnage est confié à un autre dessinateur : Carmine Infantino. Pour beaucoup d’amateurs, Infantino est l’un des plus grands dessinateurs ayant œuvré pour DC, dont il deviendra d’ailleurs directeur asrtistique. De fait, sa version d’Adam Strange – 39 épisodes entre 1959 et 1964 – constitue l’une des séries de SF les plus fascinantes de l’époque. Lee Elias reprendra le personnage, pour 10 épisodes en 1964/65 et enfin Gil Kane, qui avait déjà signé quelques couvertures, en particulier la première pour Showcase, réalisera un épisode inédit en 1970, au sein d’une série de rééditions dans Strange Adventures.
    Adam Strange deviendra par la suite un personnage récurrent dans d’autres séries de l’éditeur, dont la Justice League of America ; il connaîtra une résurrection en 1990 sous la plume de Richard Bruning et les pinceaux de Andy et Adam Kubert – mais c’est là une toute autre histoire…

    Les aventures d’Adam Strange ont été publiées chez Artima dès 1959, pour l’essentiel dans Sidéral, dans une version non remontée simplement réduite, avec un décalage de seulement quelques mois par rapport à la publication originale. En 1971, il bénéficia d’une publication au format original et en couleurs.

    Les nombreuses séries et innombrables récits complets de SF publiés par DC au cours de la décennie 1955/1965, constituent pour beaucoup un sommet absolu dans l’histoire de la bande dessinée de science-fiction, seulement comparable à celui atteint – avec une esthétique résolument différente – par la firme EC. Mais alors que les EC sont rapidement devenus un objet de culte et ont fait l’objet de luxueuses rééditions intégrales et de traductions sous forme d’albums, la production DC est restée confinée dans le ghetto des publications populaires, fragiles et se raréfiant avec le temps.

                                                                                                               Cousin Francis


    PS : Les Cousins et Citoyens qui aimeraient lire à bon compte les toutes premières aventures du sémillant Adam Strange, telles que dessinées par le splendide Carmine Infantino, seront heureux d'apprendre que l'incorrigible Cousin, loué soit-il, a de ses petites mains scanné, retouché, maquetté, imprimé puis relié celles-ci, sous la forme d'un bel album en gand format, avec un dos de toile (ouaouh!) à un nombre minusculissime d'exemplaires. On se procure cet objet délicieux en envoyant au cousin un billet de 10€ accompagné de quatre timbres poste tarif lettre - le Cousin n'aime pas faire simple. Il n'y en aura pas pour tout le monde - mais la vie est ainsi faite. On trouve l'adresse postale du Cousin en allant voir à l'article titré Blificc, dans ce même blog. On ne va pas tout vous dire, tout de même.
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
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