Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Vendredi 16 février 2007
L'Herbier Magique du Cousin

La Petite Pimprenelle
(Sanguisorba minor)



Nom commun : Petite Pimprenelle
Autres noms : Pimprenelle sanguisorbe, Petite sanguisorbe.
Famille des Rosacées

Description

    Plante vivace rustique, la petite pimprenelle se compose généralement d’une rosette de feuilles imparipennées de couleur vert pâle, à folioles dentées, qui se développe au pied de la plante, et d’une tige fleurie dressée, parfois étalée, haute, en moyenne, d’une quarantaine de centimètres, ramifiée et de couleur rougeâtre. Ses petites fleurs verdâtres sont étroitement rassemblées dans des têtes terminales globuleuses, sphériques ou ovoïdes, d’un vert rougeâtre – en réalité de denses épis terminaux, avec les fleurs mâles en dessous et les fleurs femelles au dessus. Ces fleurs éclosent en mai/juin. Elles sont dites nonoïques, soit sans corolle : elles possèdent quatre sépales mais pas de pétales – le pollen de la pimprenelle étant dispersé par le vent, il est en effet inutile pour celle-ci de posséder des pétales colorées pour attirer les insectes. Les fruits à faces ridées portent deux ou trois graines. La racine est une souche subligneuse. La petite pimprenelle dégage une odeur herbacée douce.

Habitat

    La petite pimprenelle pousse naturellement dans les plaines crayeuses de l’Europe (à l’exception des régions trop froides), dans certaines régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Elle a été acclimatée sur tout le continent américain. Résistante au froid, on la trouve en montagne jusqu’à 1500 m. d’altitude.

Historique

    La petite pimprenelle est connue de très longue date pour ses nombreuses vertus médicinales – en particulier ses propriétés hémostatiques : sanguisorba signifie d’ailleurs "absorbe le sang" – et son intérêt culinaire. Très prisée dans les jardins anglais, elle a débarqué sur le continent nord-américain avec les passagers du May Flower.

Culture

    La petite pimprenelle apprécie une exposition au soleil mais elle supporte très bien la mi-ombre. Elle peut pousser dans des sols très pauvres, avec une préférence pour les sols calcaires – mais les racines étant sujettes à la pourriture il est indispensable que le sol soit bien drainé. C’est une plante très rustique qui résiste bien au froid et à la sécheresse. On la multiplie au printemps par semis ou par division des touffes.

Utilisation Médicinale

Parties utilisées

    On utilise la plante sous diverses formes : feuilles fraîches ou séchées, racine fraîche ou séchée. Les jeunes feuilles sont récoltées avant la floraison. Les feuilles normales peuvent être récoltées tout au long de l’année. La racine est récoltée au printemps, et utilisée fraîche ou après avoir été séchée à l’air.

Propriétés

    La petite pimprenelle a de très nombreuses propriétés. Légèrement astringente, elle a des vertus hémostatiques. Egalement apéritive, antiseptique, digestive, diurétique, sudorifique et vulnéraire. Les jeunes feuilles sont riches en vitamine C. La racine est composée de tanins, huile essentielle, saponines, flavonoïdes, etc.

Usage

    Une infusion de feuilles peut stopper saignements et diarrhées, tout en soulageant les hémorroïdes et en aidant la digestion.
    Une macération de feuilles dans de l’huile donne une lotion qui apaise les coups de soleil.
    Une décoction de racines soigne les hémorragie et les maladies respiratoires supérieures.

Utilisation Culinaire

    On peut (presque) tout faire avec les feuilles de la petite pimprenelle et ce toute l’année – à condition toutefois de les utiliser fraîches, car elles perdent saveur et parfum en séchant.
    Les jeunes feuilles ont une légère saveur salée rappelant le concombre, en plus piquant, et également un petit goût de noisette.
    Fraîchement cueillies et ciselées, on peut les incorporer dans des salades composés, aux crudités et aux salades de fruits – elles agrémentent aussi les potages de légumes verts et les sauces, en particulier celles accompagnant le poisson.
    Elles permettent de préparer du beurre aux herbes, d’aromatiser la vinaigrette et des marinades. Seules en salade, elles se marient parfaitement aux fromages à pâte molle.
    On peut également les incorporer dans des sauces froides à base de yaourt ou de fromage blanc, ou dans la mayonnaise, pour accompagner des volailles grillées.

    En Allemagne, les feuilles servent à aromatiser un vin blanc du Rhin, ainsi que de la bière. Additionnées de citron et d’eau gazeuse, elles permettent de réaliser une boisson rafraîchissante.

Autres utilisations

    On tire des racines de petite pimprenelle un colorant noir utilisé en tannerie.
par Cousin Francis publié dans : L'Herbier Magique du Cousin
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 16 février 2007
Constituer sa Cave 1

Petit guide à épisodes à l'intention de l'Homme honnête et fauché

Les Rouges du Languedoc-Roussillon



    C'est en 1985 que l'appellation générique Coteaux du Languedoc prend statut d'AOC. Trois crus bénéficiaient déjà de leur AOC dont deux rouges : Saint-Chinian et Faugères. Les Coteaux du Languedoc utilisent quatre cépages : Carignan (40% maximum), Grenache (20% minimum), Syrah (10% minimum) et Mourvèdre. Douze terroirs sont désormais groupés sous l'appellation-mère - dont quatre particulièrement intéressants pour l'Homme honnête mais fauché, puisque produisant des vins de bonne garde :

    Le vignoble de Quatourze occupe 500 hectares de terrasses s'étendant au sud de Narbonne. On y produit un vin puissant et un peu tanique.

    Le vignoble de Cabrières s'étend sur 400 hectares, sur la commune éponyme, située entre Pézenas et Clermont l'Hérault. Les vins produits sont bien typés et d'une grande richesse aromatique.

    Les 900 hectares du vignoble de Montpeyroux, situé sur la commune éponyme, offrent des vins colorés et bien structurés, avec un nez de réglisse. Puissamment charpentés, ils sont d'excellente garde.

    Beaucoup plus important puisqu'il concerne environ 5.000 hectares, le terroir de Pic Saint Loup s'étend sur des éboulis, en contrebas d'une petite montagne calcaire à laquelle il doit son nom, au nord de Montpellier. De couleur foncée, les vins y sont pleins et puissants, un peu tannique et ils offrent des notes épicées et boisées.

    A.O.C. depuis 1982, Saint-Chinian est un terroir de 20.000 hectares, réputé depuis le Moyen Age. Les terrains schisteux au nord du terroir donnent des vins chaleureux et ronds, d'une certaine subtilité. Au sud, le terrain est calcaire et donne des vins rugueux et corsés qui ont besoin de quelques années pour s'assouplir.

    Egalement A.O.C. depuis 1982, Faugères occupe 5.500 hectares, sur les contreforts de la Montagne Noire, dans un sol de schiste, à une altitude de 250m. Les vins qu'on y produit sont bien colorés, ils ont un nez de fruits rouges et des arômes de grillé et de cuir. Tanniques, ils doivent vieillir pour s'épanouir.

    Trois autres appellations régionales concernant des vins de garde :

    La plus connue est sans le moindre doute Corbières : ses 23.000 hectares produisent des vins corsés et puissants, avec un fort degré alcoolique. L'AOC Corbières date de 1985. Les vins sont généralement de bonne garde - mais pas toujours. En sus des quatre cépages mentionnés au début de cet article, les Corbières utilisent également du Cinsault - et la législation autorise 60% maximum de Carignan.

    Côtes du Roussillon-Villages concerne des vins corsés, à la fois fruités et épicés, à la belle robe rubis. Le terroir s'étend sur 6.500 hectares. En sus des quatre cépages traditionnels, ils utilisent également du Lledoner pelut - et la législation leur autorise 70% maximum de Carignan.

    Enfin, AOC depuis 1948, l'un des meilleurs vins du Languedoc-Roussillon, si ce n'est le meilleur, est le Fitou que l'on produit sur 2.300 hectares. C'est un vin couleur rubis, robuste et puissant, qui s'affine à mesure que l'on se rapproche de la mer. Complexe, le Fitou peut utiliser jusqu'à sept cépages : Carignan (75% maximum), Grenache noir, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Terret noir et Macabeu (10% maximum).

    Une autre appellation du Languedoc-Roussillon mérite le détour : le Collioure qui, profitant de l'ensoleillement record de la région, est un vin riche et capiteux, avec des arômes de fruits rouges, et qui est parfois de bonne garde (mais ce sont plutôt les rosés, très aromatiques, qui sont intéressants car parfaits l'été pour accompagner un barbecue !). Seulement 10.000 hectolitres sont produits annuellement sur 350 hectares.

    Citons enfin la Costières de Nimes (12.000 hectares) et le Minervois (18.000 hectares répartis sur 45 communes de l'Aude et 16 de l'Hérault) - mais le premier doit se boire jeune et le second se conserve au mieux 3 ou 4 ans. Or, rappelons que le critère retenu en priorité par cette série d'articles est la possibilité, pour l'Homme honnête mais fauché, d'acquérir à petit prix des vins jeunes, dans le but de les laisser vieillir et se bonifier - sous réserve qu'ils puissent se garder en cave, ce qui n'est pas le cas de tous les vins !

    Pour conclure, disons que depuis une trentaine d'années, les vins du Languedoc-Roussillon sont en perpétuel progrès.

    Savoir-faire et exigence se conjuguent avec une évolution radicale des cépages utilisés. L'Aramon qui, il y a un siècle, donnait des vins médiocres en très grande quantité - grâce à son rendement hallucinant de 250 hl/ha, soit cinq fois la norme moyenne d'aujourd'hui pour les AOC ! - est en forte régression et n'est plus utilisé pour les vins de qualité.

    Le cépage traditionnel reste le Carignan, facile à élever et peu fragile, qui avec des petits rendements sur les sols schisteux, donnent des vins corsés, de belle couleur et avec des arômes puissants. Il est peu à peu remplacé par la Syrah, plus fragile mais qui donne des vins tanniques, de couleur foncée et aux arômes de fruits rouges, et surtout de très bonne garde - comme la Mourvèdre, un cépage ancien également apte au vieillissement. A l'inverse, la Grenache fournit un vin fortement alcoolisé mais qui s'oxyde rapidement et se "madérise". Ces dernières années, les cépage bordelais Merlot et Cabernet Sauvignon ont fait leur apparition dans le midi : assemblés aux autres cépages, ils apportent des arômes fins et un complément alcoolique.

par Cousin Francis publié dans : Le Vrai Goût de la Vie
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 27 décembre 2006

    L’explorateur et archéologue Charles Derval se rend, avec sa fille Béryl et son fidèle serviteur Chang, dans la Mer des Sargasses, à la recherche d’une île supposée constituer le dernier vestige de la légendaire Atlantide. Un passager clandestin est bientôt découvert : un certain Jean d’Armor, jeune homme blond à l’allure athlétique, tout à fait sympathique et qui suscite aussitôt la confiance de Derval. Celui-ci l’engage donc comme garde du corps. Riche idée car le capitaine est assassiné ! Garvin, le second, et Diégo, un colombien à la mine patibulaire, organisent une mutinerie. Jean d’Armor, Derval et sa fille Béryl, Chang et Marius Pégommade, un matelot resté fidèle, s’échappent à bord d’un canot motorisé et mettent le cap vers le lieu supposé où se trouverait l’île des Atlantes. Attaqués en route par un avion fusée, ils sont secourus in extremis grâce à l’intervention d’un autre engin volant qui s’avère venir d’Atlantis. Derval avait raison : l’île existe bel et bien, protégée du monde extérieur par une zone d’invisibilité. Sans s’en douter, les cinq compagnons arrivent en plein conflit entre les Atlantes pacifiques et les Outrophédons, des descendants du peuple des Toltèques réunis en une secte souhaitant rien moins qu’asservir le monde…

    Né à Paris le 7 mars 1893, Henry Le Monnier suit les cours des Arts Décorarifs à Paris, avant de commencer à publier en 1920 dans Fantasia. En 1923, il devient affichiste chez Lutecia. Il travaille pour divers imprimeurs ainsi que dans la publicité (pneumatiques Englebert, huile Lesieur), tout en continuant de publier des illustrations dans divers magazines comme Le Sourire, Le Journal amusant, L’Oeuvre et Marianne. Henry Le Monnier aborde la bande dessinée sur le tard, alors qu’il approche de la cinquantaine. En 1940, il reprend un temps le personnage de Tarzan, vedette de l’hebdomadaire Junior – il sera ensuite confié à Auguste Liquois. Le Monnier devient rapidement un des collaborateurs les plus remarqués de Pierrot, hebdomadaire pour lequel il réalise Bill la Flèche (1940), L’étrange M. Ram (1941), Paulix (1948), Les Voyages de Gulliver (1949) et enfin Monsieur de Crac gentilhomme gascon (n°8-27, 1950). Dans le même temps, Le Monnier travaille pour l’éditeur belge Gordinne. Dans Wrill il publie Professeur Azimut (1945/46) et Jean d’Armor (1947/48) ; puis il donne Tiff-Huté, homme préhistorique (1947/48) et Le Club de l’aventure (1948/49) à Cap’tain Sabord. Au milieu des années cinquante, Henry Le Monnier collabore à deux titres des Editions Artima : Red Canyon (1954/55) puis Audax (1956), reprenant le personnage de King le vengeur qui avait été créé par Bob Leguay pour les Editions de Nice en 1947. Tarou réédite Jean d’Armor, en noir et blanc, en 1956. On verra encore la signature de Le Monnier dans Total Journal (1962/65) pour des illustrations accompagnant des nouvelles. Henry Le Monnier disparaît en 1978 à l’âge de 85 ans.

    La datation précise de Jean d’Armor pose un réel problème, car outre la publication dans Wrill en 1947/48, ce récit a également été publié en album – une première fois aux Editions Chagor (mention en vas de la première planche) / Gordinne (mention  en bas de la page 32), puis aux Editions Sirec. Ces albums ne sont pas datés mais plusieurs ouvrages de référence ont longtemps avancé la date de 1943 pour la première édition, Wrill ayant donc simplement republié les planches, d’ailleurs strictement à l’identique (format et couleurs). Bien que cette datation ne fasse plus l’unanimité (elle a, par exemple, disparu du BDM), je continue pour ma part de la trouver tout à fait crédible. Un examen de la bande montre qu’elle est en réalité constituée de 62 planches au format italien et que ces planches ont été superposées deux par deux, afin de constituer des pages au format français. D’où une sensation visuelle de petitesse, si ce n’est d’étouffement qui n’est pas en harmonie avec le souffle épique du scénario. Par ailleurs, l’utilisation systématique de deux vignettes circulaires dans chaque planche trouve davantage son sens dans un découpage à l’italienne. Notons que le format à l’italienne était sur le déclin en 1947, date de la publication dans Wrill, alors qu’il était tout à fait habituel au début des années quarante puisque celui de la quasi totalité des récits complets. Si Jean d’Armor a été dessiné vers 1942, il est donc logique que Le Monnier ait opté pour un format à l’italienne. On peut penser que le projet n’a pas été concrétisé et que les planches ont atterri chez Gordinne, alors à la recherche de matériel pour alimenter sa collection d’albums – il aura suffi de les remonter par deux pour constituer un album de 32 planches au format à la française. Si cet album n’est pas daté, il comporte une liste de 16 titres parus « dans la même collection » - Jean d’Armor y est référencé sous le n°59921/74. Trois titres portent un numéro suggérant une postériorité : Le marquis de la panse d’A (55921/99) et Capitaine Pipe (59921/98) de Jean Trubert, non datés mais généralement considérés par les spécialistes de l’œuvre de cet artiste comme parus en 1942 ; Les aventures de Gringalou (59921/76) de Pinchon, non daté et qui fut, comme Jean d’Armor également publié dans Wrill et réédité aux Editions Sirec. Parmi les titres présentés comme antérieurs, on notera Bab et Babou dans la stratosphère (59921/53) de H. Mallet et Poum-Plum (59921/54) de Vica, tous deux datés 1936. On notera également la présence de quatre albums des aventures d’un certain Vican [sic] portant une référence unique (59921/59 : on sait que ces albums ont d’abord été publiés (et ont connu plusieurs réimpressions) chez Gordinne entre 1935 et 1937, puis sans date, avec Vica à la fois pour nom du personnage et pseudonyme du dessinateur. Compte tenu de ce contexte, la date de publication la plus probable pour l’album Jean d’Armor paraît donc être 1942 – ce qui recule encore d’un an la datation longtemps avancée.

    Dernier point, en 1993 le magazine Hop ! se fit l’écho (n°56, p.23) d’un projet d’édition d’une intégrale de Jean d’Armor, incluant en sus du seul épisode connu cinq aventures inédites qui auraient été réalisées pour les Editions Gordinne et seraient restées dans les tiroirs de l’éditeur. Ce projet du libraire-éditeur belge Michel Deligne, grand militant de la redécouverte et de la sauvegarde de la bande dessinée classique, ne semble hélas pas avoir été concrétisé.

                                                                                         Cousin Francis


    Ceux de nos sympathiques lecteurs, cousins et citoyens, qui aimeraient approcher de plus près cette oeuvre rien moins qu'époustouflifiante, peuvent souscrire à l'édition - artisanale mais néanmoins somptueuse, toutes choses égales par ailleurs - que projette d'en réaliser le délicat cousin. Il s'agira d'un album de 62 planches au format A4, sous une couverture épaisse, avec des pages de garde coordonnées et un dos en toile adhésive. Ce sera la première édition conforme au découpage original. Merci qui ? Merci, cousin ! (d'autant qu'il suffit, pour ce faire, d'envoyer douze euros au dit cousin, à son adresse au fin fond de nulle part : Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le canton, 33620 Cubnezais). Parution en février.
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 20 décembre 2006

    J’ai fait un rêve. C’était au lendemain du premier tour des prochaines élections présidentielles. Ségolène Royal arrivait en tête avec une bonne trentaine de pour cents des voix – additionnées à celles des troublions de la « gauche de la gauche » et autres assimilés écolos protestataires, on n’était pas loin des cinquante pour cents. En face, les voix de droite combinées, en comptant celles du neu-neu Bayrou, dépassaient donc d’un chouilla les cinquante pour cents (normal : la France est profondément un pays à droite) mais il y avait un gros malaise : le bouledogue breton dépassait le caniche de Neuilly. Oh, ça se jouait à un poil de cul, mais tout de même, c’était clair et net : Le Pen avait niqué Sarkozi. Et les militants du FN défilaient dans les rues en chantant le célèbre « La pipe à papy que l’on croyait perdue, c’était mamy qui l’avait dans le cul », sauf qu’ils avaient changé les paroles en : « La pine à Chirac que l’on croyait perdue, c’était Sarko qui l’avait dans le cul », car il ne faisait aucun doute que le président sortant avait magouillé dans l’ombre pour niquer à sec le nain de Neuilly.

    Je sais que je viens d’utiliser trois fois en peu de lignes le mot « cul » et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Ce n’est pas dans mes habitudes. Mais souvenez-vous qu’il s’agit d’un rêve ; et dans les rêves, on laisse volontiers son subconscient exprimer des choses qu’on tairait à l’état de veille – ou que l’on nommerait autrement ; plutôt que « cul » (quatrième fois) on dirait par exemple « antagoniste du visage » : tout le monde connaît l’expression « émettre des gaz à effet de serre plus haut que son antagoniste du visage » pour « péter plus haut que son cul » (cinquième fois). Bref, revenons à nos moutons.

    Donc, on s’acheminait vers un second tour Ségolène / Jean-Marie, variante sociale-molle de la précédente élection. Hop ! Dans le rêve, ça sautait d’un coup quinze jours et on se retrouvait au soir du deuxième tour.

    Et là, il y avait encore plus malaise car – on l’aura deviné – le méchant peuple de droite cultivant nettement moins le réflexe auto-sodomite que le bon peuple de gauche, une bonne partie de la droite dite républicaine n’avait point jugé utile de reporter ses voix sur Ségo, comme l’avait fait la gauche cinq ans plus tôt. Du coup, une coalition de fait (les Boutin, De Villiers, Sarko and C°) avait porté le molosse à l’Elysée.

    A cet instant, en toute et bonne logique, le rêve ayant viré au cauchemar, j’aurais du me réveiller tout en sueur ! Et me livrer sans tarder à quelques incantations dont j’ai le secret, agrémentées de brûleries d’herbes magiques aux surprenantes propriétés divinatoires et autres.

    Eh bien même pas, dis donc ! C’est fou, ça. J’ai continué de pioncer, peinard, curieux de voir comment l’histoire allait tourner. Vous vous dites : « oui, mais le cousin, comme on le connaît, dans son rêve, il va prendre le maquis et organiser la résistance, comme dans V, la série télé, c’est pour ça qu’il continue de dormir, faut pas s’en faire ». Que nenni ! Le Pen devenait président ; il constituait un gouvernement avec sa garde rapprochée de sacs à merde ; et le FN gouvernait la France, tranquille, avec le soutien d’une Assemblée Nationale aux couleurs de l’UMP qu’il n’avait même pas été nécessaire de dissoudre ; et vous savez quoi ? Eh ben on voyait pas la différence !

    Là, je me suis réveillé. Et j’ai longuement réfléchi à mon rêve. Quel message avait cherché à m’envoyer mon inconscient ? Fallait-il comprendre que le Front Nazional n’était pas si terrible que ça, en définitive ? Ou fallait-il comprendre que le gouvernement actuel fait déjà la politique que ferait le Front Nazional ?

    J’ai pas trouvé la réponse.

    Là-dessus, je me suis levé et je suis descendu me faire du café – vous savez, dans l’ancienne souillarde avec la cheminée, je vous ai déjà raconté tout ça. Pendant que la cafetière glougloutait, j’ai allumé un bon feu. Puis j’ai mis à griller deux tranches de pain aux céréales et je suis allé chercher un des pots de confiture de kiwi faite la semaine dernière – je vous avais raconté que j’allais ramasser les kiwis pour faire des confiotes : j’ai bel et bien ramassé les kiwis (j’ai aussi taillé les vieilles lianes et accroché, le long des fils de fer qui courent le long du mur, celles qui donneront des fruits l’an prochain) mais c’est mon père qui a fait les confiotes. Bref. Et puis j’ai allumé la radio. Ca n’a pas traîné : un baveux a dit qu’un sondage créditait Le Pen de vingt pour cents des intentions de vote au premier tour et que certains commentateurs n’hésitaient plus à prédire un second tour FN / PS. Et puis ça a enchaîné sur l’exil fiscal de Johnny en Suisse.

    J’ai trempouillé ma tartine dans mon café en me disant que, même si le nombre de cons tout fiers de leur connerie ne cesse de progresser (il suffit pour s’en convaincre d’allumer la télé et de rester cinq minutes sur n’importe quel chaîne), il n’y a quand même pas, dans ce pays, vingt pour cents de salauds – au sens sartrien du terme. Vingt pour cents : ça veut dire une personne sur cinq. En clair, une sur les cinq prochaines que vous allez croiser dans la rue. Dit comme ça, c’est nettement plus parlant.

    Vingt pour cents des voix au premier tour. Ca vous étonne ? Pas moi.

    Parce que faut être juste : Sarkozi ou Royal, la différence je la vois pas bien. Ces gens-là ou leurs amis sont au pouvoir depuis des dizaines d’années : un coup les uns, un coup les autres. Ils font les mêmes magouilles, ils se remplissent tout pareil les fouilles. C’est les mêmes scandales qui font pschitt – comme dit Chirac. Les mêmes amnisties. La même non-justice. Le même mépris pour ceux qui survivent dans le vrai monde. Pourquoi on croirait Sarkozi dans sa surenchère de promesses électorales : il est au pouvoir depuis pas mal d’années, il me semble. Pourquoi ferait-il demain ce qu’il aurait pu faire hier ? Et les socialistes, pourquoi feraient-ils demain ce qu’ils auraient pu/du faire avant-hier ?

    Je ne crois pas que les vingt pour cents de gens qui se disent prêts à voter Le Pen au premier tour soient tous des salauds. Oh bien sûr, il y a toujours eu en France un petit pourcentage de raclures nationalistes, ouvertement racistes et faisant de l’antisémitisme leur fond de commerce – et il y a toujours eu des Daudet, des Mauras, des Rebatet, des Tixier-Vignancourt, des Le Pen, pour faire vibrer, animer, fédérer ce courant d’ultras ; et quand le fédérateur est talentueux, il fédère aisément bien au-delà de son électorat naturel. Or, Le Pen a du talent. Beaucoup de talent : il faut le voir arpenter la scène, haranguer ses troupes, placer au bon moment la petite vanne qui tue. C’est un tribun à la Mussolini. Il a la verve, la faconde, la présence. Vous imaginez, par exemple, ce que serait un débat entre Le Pen et un Douste-Blasy ou un Bayrou ? Il faudrait les ramasser à la petite cuillère ! Et puis Le Pen a pour lui sa virginité : il n’a jamais été au pouvoir, donc on ne peut pas lui faire le reproche de promettre aujourd’hui des choses qu’il aurait pu faire hier. C’est sans doute ça, le plus dangereux. Et je crains que ce soit là-dessus qu’il puisse faire la différence. Car en ce qui concerne les autres, tous les autres, non merci, on a déjà donné.

    Quand j’étais jeune, j’avais la certitude que la meilleure arme pour faire reculer l’injustice, le meilleur outil pour construire un avenir meilleur s’appelait la Démocratie. Cette idée reposait sur la conviction que les gens ne sont pas idiots et que donc, lorsqu’on prend la peine d’expliquer clairement les choses, de défendre des points de vue relevant du bon sens avec une solide argumentation, on finit toujours par convaincre les hésitants, rallier les sceptiques, susciter finalement une adhésion à des projets porteurs de sens. J’étais vraiment un petit con ! Une espère d’utopiste de gauche qui avait trop lu des gens comme Prudhon ou Fourier. Aujourd’hui, je crois toujours que les gens, individuellement comme dans leur ensemble, ne sont pas tout à fait idiots – même si beaucoup d’énergie est dépensée pour les rendre idiots… Mais je ne crois plus en la Démocratie – mais alors vraiment plus du tout ! Il est évident que celle-ci a été littéralement confisquée par la classe politicienne. Voter ne sert strictement à rien. Il y a une caste installée au pouvoir – pouvoir économique, pouvoir financier, pouvoir politique – et cette caste est si solidement installée qu’il est impossible de s’en débarrasser…

    Ce constat de l’illusion démocratique a été fait il y a maintenant trente ans – et deux positionnements principaux face à cette situation ont alors été proposés. D’un côté, une forme de nihilisme résigné incarné par le mouvement punk avec son slogan « no future » ; de l’autre le choix de la résistance armée et de l’action directe – ce que le pouvoir appelle terrorisme. On ne perdra pas de vue qu’à partir du moment où on entre en résistance, on devient le terroriste de l’autre – pendant la guerre, les maquisards étaient considérés par les allemands comme des terroristes. On est toujours le terroriste de quelqu’un. Par ailleurs, on voudra bien se souvenir que tout au long de l’histoire de la classe ouvrière, rien n’a été obtenu autrement qu’avec les armes à la main. C’est dans la nature du pouvoir de ne reculer que devant une violence organisée plus forte que la sienne.

    Le punk a fait son temps – il ne proposait rien d’autre qu’un retrait du monde par abandon. Une forme de suicide, en somme. Or, le pouvoir n’en a rien à foutre des suicidaires ! Et puis moi, je crois qu’il y a un futur – et qu’il nous appartient de l’écrire. L’action directe aussi a fait son temps. Abattre le dirigeant d’une multinationale ne sert à rien – le lendemain, le conseil d’administration en désigne un autre. Et de toutes façons le bon peuple a peur de la violence. Même s’il ne possède en fait rien, il est persuadé d’avoir tout à perdre ! Le bon peuple est toujours du côté de l’ordre – puisque c’est celui-ci qui lui garantit un accès facile à tout ce dont il est persuadé avoir besoin.

    Une troisième voix – un troisième choix – est donc à définir. Quelle voix ? Quel choix ?

    Je me suis alors souvenu d’une remarque faite par un des plus grands créateurs du vingtième siècle, le compositeur Edgar Varèse. Il expliquait que pour la plupart des artistes, il y avait deux manières de se positionner par rapport à la « tradition » : la suivre ou en prendre le contre-pied. Et Varèse ajoutait que dans les deux cas, cela revenait à l’admettre comme référence et donc à la valider. La tradition, Edgar Varèse s’est contenté de l’ignorer ! Rien nanafout ! Et c’est sans doute ce non-positionnement – le fait de se situer littéralement « ailleurs » – qui l’amena à créer l’œuvre la plus puissamment originale de tout le vingtième siècle.

    Et tandis que je mettais à griller deux autres tartines de pain aux céréales, il m’apparut que la Troisième Voix, si elle existait, devrait beaucoup – si ce n’est à peu près tout – à cette réflexion d’Edgar Varèse.

    Ces gens qui nous gouvernent nous prennent pour des cons, c’est clair. Et on ne peut pas les virer, c’est tout aussi clair. Or, souvenez-vous de ce que disait l’autre : « Il faut un peuple à soumettre ». Le peuple, en l’occurrence, c’est nous. Pour exister, ces gens-là ont en fait besoin de nous. Ce sont des vampires qui se nourrissent du temps qu’on leur donne, de l’intérêt qu’on leur porte. On ne peut pas les virer, OK, alors c’est nous qui nous tirons ! Oui, vous avez bien lu : on se barre, on éteint la télé, on ne les écoute plus, on ne fait plus attention à eux, à eux… à eux ? à qui, déjà ?

    Il y a une idée magnifique qui revient parfois dans la littérature de fantasy, c’est que les fées, les lutins, les elfes et toutes ces créatures, ont cessé d’exister le jour où les gens ont cessé de croire en eux. Ce jour-là, l’ancien monde a fait pfffuitt !

    Eh ben, y’a qu’à faire pareil !

    Construisons un monde conforme à nos envies, en laissant de côté ce/ceux dont nous ne voulons pas ou plus. Cultivons nos jardins. Imaginons une société fonctionnant le plus possible avec des échanges non marchands. Valorisons ce qui est gratuit. Soyons beaux. Rêvons tout éveillé. Un autre monde est possible, un monde sans eux. Il suffit de le vouloir très fort.

                                                                          Cousin Francis


Décadi 30 Frimaire de l’An CCXV
(mercredi 20 décembre 2006)
Jour de la Pelle et Journée Fruits, en Lune nouvelle à 15h et montante, sous le signe du Sagittaire en son 3ème décan.
Aujourd’hui, le Soleil s’est levé à 8h42 et c’est l’anniversaire du Cousin.
par Cousin Francis publié dans : Chic Planète !
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mardi 19 décembre 2006
Hep, Taxi !


    Le personnage de Space Cabby – le « Taxi de l’Espace » – apparaît dans Mystery in Space 21, daté novembre 1954, dans un récit dessiné par Howard Sherman sur un scénario de Otto Binder.

    Il s’agit clairement d’un récit autonome – et non l’éventuel « pilote » (c’est le cas de le dire !) d’une future série. La publication de séries n’entre d’ailleurs pas dans la politique éditoriale de Julius Schwartz, l’homme aux commandes de Mystery in Space. Jusqu’à ce jour, les seuls personnages récurrents ont été Knights of the Galaxy, dans les huit premiers numéros. Il y a bien Interplanetary Insurance que Carmine Infantino dessine depuis le n°16… mais la parution est irrégulière.

    De fait, il était bien prévu que notre taxi ne ferait qu’une seule course dans l’espace. Mais les lecteurs s’enthousiasment pour ce personnage à casquette des plus atypiques – et parfaitement incroyable ! Aussi notre chauffeur de taxi spatial réapparaît trois mois plus tard, dans Mystery in Space 24 (2/3.1955), pour un récit titré « Hitchhiker of Space ! » – inédit en France, cet épisode a été réédité dans From Beyond the Unknown 18 (8/9.1972). Il est toujours dessiné par Howard Sherman mais scénarisé cette fois par France E. Herron.

    On notera au passage que ce numéro de Mystery in Space est le dernier à paraître avant l’instauration du « comic code », tristement célèbre code de bonne conduite – plus précisément un ensemble de règles relevant de l’autocensure – mis en place par les éditeurs. Dans un premier temps, la BD américaine y perdra en originalité, des titres novateurs disparaissant ou rentrant dans le rang ; dans un second temps, une réaction artistique conduira à l’avènement de ce que les historiens du genre appellent le Silver Age.

    Les réactions des lecteurs sont à nouveau des plus positives et ils sont nombreux à réclamer de nouvelles aventures du sympathique Space Cabby – l’un des rares héros de la BD dont on ne connaîtra jamais le nom.

    Deux mois plus tard, le personnage fait donc sa troisième apparition dans Mystery in Space 26 (6/7.1955) et devient – cette fois très officiellement – une série régulière : la première, de fait, du Silver Age.

    Otto Binder est de retour au scénario ; il les signera tous jusqu’au dernier épisode qui paraîtra dans Mystery in Space 47 (10.1958).

    L’équipe graphique est désormais constituée de Gil Kane, Joe Giella et Bernard Sachs : le premier dessinera la plupart des épisodes, les seconds se relayant à l’encrage ; Bernard Sachs réalisera toutefois seul les trois avant-derniers épisodes (Mystery in Space 44 à 46).

    La dernière histoire de la série Interplanetary Insurance d’Infantino figurant dans le numéro 25 de Mystery in Space, Space Cabby sera, tout au long de sa publication, la seule série régulière. Mais on a l’impression que ce statut lui a été accordé au rabais par l’éditeur. Alors que, par la suite, les séries et personnages récurrents seront les vedettes des titres DC et auront majoritairement les honneurs de la couverture – tels Adam Strange pour Mystery in Space ou Mark Merlin pour House of Secrets – notre taxi de l’espace ne figurera qu’une fois en couverture (n°24), sans mention de son nom et sans précision quant à son statut de série.

    Après vingt-quatre courses dans l’espace dont quinze publiées en France dans Sidéral, le Space Cabby prend sa retraite et est remplacé par… rien du tout ! Il faudra attendre presque un an pour que Mystery in Space propose une nouvelle série : Adam Strange, avec cette fois un traitement de « super star » !

    Idéalement représentatif d’une science-fiction innocente, drôle et insouciante, le personnage avait sans doute fait son temps. A la relecture et avec la distance qu’il convient, ses aventures restent colorées d’un charme désuet, des plus agréables.

                                                                                                                Cousin Francis

    Nos cousins qui souhaiteraient en apprendre un peu plus sur ce sympathique personnage - ou qui même souhaiteraient, tant qu'à faire, lire ses aventures - apprendront avec un réel ravissement qu'une Intégrale Taxi de l'Espace a été éditée en deux volumes, par nos soins et de nos petites mains, à tirage minusculissime. Comme d'habitude, il s'agit d'albums au grand format, sous couverture épaisse, avec pages de garde coordonnées et dos en toile adhésive. Rien que de très artisanal et just pour le fun, nom d'une crotte de caribou - et celui d'une poignée de nostalgiques. Les 15 épisodes traduits y figurent, ainsi qu'un inédit, plus diverses bricolettes rédactionnelles. Ces albums valent 10€ l'un plus le port (sauf erreur 2,76€ pour un album et 3,90€ pour les deux). Les envois sont blindés - on connaît La Poste... L'adresse du divin cousin traînouille ici ou là (voir l'article titré Blificc). Si le cousin n'existait pas, il faudrait l'inventer.
par Cousin Francis publié dans : BD SF : Petite Encyclopédie Bibliographique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus