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Dimanche 24 juin 2007
Confidences confidentielles

On trouvera ci-après le texte de la dernière livraison de "Mes carnets rouges", chronique littéraire que j'ai rédigée un temps à l'intention de la revue Ténèbres - c'était il y a déjà quelques années... et que j'ai reprise dans les pages de Fiction, dès la première livraison de cette dernière.

Jugée trop ésotérique et trop confidentielle, et sans intérêt pour les lecteurs de Fiction, cette quatorzième chronique vient d'être refusée par la direction de la revue. Une chronique confidentlelle dans une revue qui ne l'est pas moins, ça aurait été effectivement un rien abuser - comme disent les d'jeunzs.

Je m'excuse donc par avance d'en imposer la lecture (enfin... vous n'êtes pas obligés !) aux quelques visiteurs de ce blog - deux cents par jour, en moyenne, si j'en crois le gestionnaire d'audience, soit sans doute à peu près autant que les lecteurs de Fiction, en six mois...


Mes Carnets Rouges 14
Nouvelles (et deux romans) d’Ailleurs.


A la gare d’Yverdon-les-Bains, à l’écart des voies principales sur lesquelles circulent les longs trains régionaux qui relient Genève et Lausanne à la Suisse alémanique, le long d’un quai que l’on pourrait croire désaffecté, stationne souvent une antique motrice avec son unique voiture aux portes toujours ouvertes et dont les fauteuils sont en cuir fauve. Les usagers de la gare d’Yverdon-les-Bains ignorent en général l’existence de cette voie qui prend naissance à l’extrémité des bâtiments, côté est, soit fort loin des passages empruntés par les voyageurs pour gagner la vaste place extérieure qu’il faut traverser pour arriver à la vieille ville et à son château. Seuls les plus curieux – ou ceux qui, un jour où ils furent très en avance tuèrent le temps à déambuler sur le quai... mais ce sont probablement les mêmes – savent l’existence de ce quai, de cette voie, de ce train. Ils sont peu nombreux, croyez-moi. Car ici comme ailleurs, le voyageur ne fait que passer, cédant à une routine qui lui fait tout ignorer des portes qui ouvrent sur des chemins conduisant à l’Envers du Monde. Puisque aussi bien ce train en est une.

Il arrive que ce quai soit désert.

C’est que le petit train a pris son élan pour une vaste boucle à flanc de montagne, au terme de laquelle il atteindra le village de Sainte-Croix, loin là-haut perché. C’est un endroit valant certainement le détour. Autrefois haut-lieu de l’horlogerie, il s’y trouve encore plusieurs fabricants de mécanismes de la plus haute précision, ainsi que deux musées consacrés aux activités d’antan et dont la visite se révèle tout bonnement passionnante. Il y circule des histoires étranges – comme dans tous les villages de montagne mais peut-être plus encore dans ces régions du Jura suisse où s’installèrent, au long des siècles passés, plusieurs communautés d’obédience protestante aux moeurs austères, à l’organisation sociale recélant son comptant de secret. On y fait aussi découvrir au visiteur des signes qui témoignent de l’existence de mystères encore plus anciens, tel cet énorme rocher posé là, venu on ne sait comment, et qui marquerait un point nodal de forces telluriques inouïes.

Bref, Sainte-Croix dont le syndic, équivalent helvétique des bourgmestres d’outre-Quiévrain et des maires hexagonaux, fut un temps, on ne s’en étonnera pas, le président de l’AMDA, l’association des Amis de la Maison d’Ailleurs, Sainte-Croix disais-je est à l’évidence un fleuron de l’Envers du Monde.

Un amour mécanique, court roman de Adrien Favre, jeune écrivain originaire du Valais mais qui vit aujourd’hui à Yverdon-les-Bains, commence alors que son principal protagoniste – un certain... Hadrien Faure, alter-ego revendiqué de l’auteur – tout juste arrivé en gare d’Yverdon, depuis Lausanne, n’a que le temps de grimper dans le petit train à l’instant où celui-ci se met en route. Hadrien s’installe dans l’un des fauteuils de cuir fauve et sort bientôt de son sac une lettre qu’il déplie pour la relire. Le lecteur apprend par cet artifice qu’il se rend chez un ami qui fut aussi son ancien professeur de Sciences à l’université, à l’appel pressant de ce dernier. Désormais retiré de l’enseignement et décidé de se consacrer enfin à des recherches personnelles, l’ancien professeur, un mois plus tôt, a fait l’acquisition, à un prix étonnement bas, d’une vieille bâtisse inoccupée depuis qu’elle fut en partie dévastée par un incendie survenu il y a des décennies ; il a commencé à y mener par lui-même quelques travaux d’aménagement au cours desquels il a découvert l’existence d’un local dans la cave – local dont l’accès est condamné par une énorme porte en bois massif, renforcée de barres de métal, dotée de plusieurs serrures.

Cela, Hadrien l’ignore encore au début du récit. C’est l’hiver. Le regard explorant au hasard le décor grandiose et enneigé qui l’entoure, Hadrien s’interroge sur les raisons de l’appel de son ancien maître – dont le lecteur ne connaîtra jamais le patronyme – quand soudain il lui semble apercevoir la silhouette d’un être humain en train de grimper dans la montagne, emmitouflé dans une couverture. Il n’est pas certain de ce qu’il a vu. On arrive d’ailleurs sur ces entrefaits au terminus de la ligne de chemin de fer. Hadrien se rend chez le professeur, trouve la maison ouverte. Il y entre et cherche son ami, finit par descendre au sous-sol, y aperçoit la fameuse porte entrouverte ; Hadrien pénètre dans ce qui s’avère être un vaste laboratoire empli d’ustensiles et de machines mécaniques incompréhensibles : au centre se trouve une table d’opération et au pied de cette table est effondré le professeur, le crâne fracassé.

Pour Hadrien, c’est le début d’une enquête à travers le temps et l’espace. Il découvre bientôt que l’ancien résident des lieux fut un maître horloger par ailleurs féru de médecine et d’alchimie, accusé de mener des recherches offensant le tout puissant, et qui périt dans l’incendie de la maison. Hadrien se lance peu après sur les traces de la créature aperçue dans la montagne dont on dit qu’elle recèle encore bien des lieux secrets aménagés en leur temps par les dissidents d’une secte protestante ayant passé avec on ne sait trop qui – ou quoi – un pacte inavouable...
Fortement réminiscent du Frankenstein de Marry Shelley et s’inscrivant dans une esthétique fin de siècle, Un amour mécanique est un récit plus complexe que cette présentation ne le suggère et ressortit à cette littérature dont j’ai souvent parlé ici – la qualifiant de culture de la culture – et dont le maître incontesté reste l’excellent René Réouven à qui ce roman est d’ailleurs dédié.

La Princesse du Lac, second roman de Ueli Scheurer, écrivain originaire de Berne mais résidant depuis deux ans à Lausanne, et parfaitement bilingue, relève lui aussi d’une forme de fantastique urbain nourri de références littéraires. Vincent Rossi, artiste peintre talentueux mais chroniquement fauché, se trouve expulsé du squat dans lequel il vit et travaille, à cause d’un programme de réhabilitation du quartier du Flon, à Lausanne. Un ami lui trouve un poste d’intervenant à l’Ecole d’Arts de Vevey – l’une des plus réputées du pays, où étudia d’ailleurs un certain Etienne Robial, co-fondateur des Editions Futuropolis et maquettiste surdoué. Le roman se déploie rapidement selon deux lignes de narration.

Rossi investit peu à peu son nouvel appartement, au premier étage d’un immeuble ancien, dans un quartier de la ville plutôt agréable qui s’étire le long d’une poignée d’avenues en terrasses, entre la gare et les quartiers huppés du bord du lac. A la tombée de la nuit, une atmosphère étrange envahit les lieux. Rumeurs incertaines et sourdes incantations suggérant la tenue de quelque cérémonie incongrue, filtrent du rez-de-chaussée de l’immeuble, non pas de la partie où vit une vieille dame toujours vêtue de noir, par ailleurs propriétaire du bâtiment, mais de celle située de l’autre côté du couloir central – toujours cette idée d’une autre face du réel. Rossi découvre bientôt que l’épaisse tenture accrochée sur le mur dissimule une porte, seule voie d’accès intérieure à cet envers de la maison dont les fenêtres donnant sur la rue sont condamnées, et à laquelle on peut aussi accéder depuis une véranda, dans le vaste jardin – une jungle – à l’arrière du bâtiment. Mais Rossi n’a pas non plus accès à ce jardin qu’il se contente d’observer depuis la fenêtre de sa chambre, et qui exerce sur lui une étrange attirance – ce qu’il va y surprendre ne fera que renforcer le mystère.

En parallèle, l’auteur met en scène les allers et venues de son personnage entre Lausanne et Vevey. Incommodé par le tangage des trains pendulaires, Rossi emprunte les bateaux qui, plusieurs fois par jour, font le tour du lac. Lorsque ses horaires le permettent, il privilégie les derniers navires à aubes qui assurent encore ce service. A plusieurs reprises, il se retrouve ainsi sur la Princesse du Lac – dont le nom est inscrit sur la grosse cloche de bronze utilisée en cas de brume pour les opérations d’accostage et de croisement des bateaux faisant le trajet dans l’autre sens ; Rossi retrouve alors les mêmes voyageurs et il se lie d’amitié avec un écrivain semble-t-il connu – tout le monde le salue – et qui dit s’être installé à Vevey "après la guerre". Quelle guerre ? se demande Rossi, car son interlocuteur n’est pas si âgé que cela...

A mesure que le roman progresse, de nouvelles interrogations surgissent – en particulier lorsque Rossi apprend que La Princesse du Lac a en fait sombré en 1951, que sa cloche de bronze (démontée la veille du naufrage) est tout ce qu’il en reste, que l’unique survivante vivait à l’époque dans la maison où il vit aujourd’hui... Quant à l’écrivain avec lequel il s’est lié d’amitié, la découverte fortuite de l’un de ses livres avec sa photo en couverture arrière convainc Rossi qu’il s’agit de Paul Morand, écrivain français exilé en 1948 au Château de L’Aile, à Vevey – mais voilà : Paul Morand est mort en 1976, soit vingt ans plus tôt. Reconstitution historique et comédiens en costume s’amusant de la crédulité de Rossi (on apprend qu’un téléfilm se tourne en ce moment à Vevey) ou subtils dérives à travers le temps ?

Tous ces mystères et quelques autres s’entortillent en un écheveau parfois bien complexe – trop, peut-être, car force est de constater que le lecteur se trouve un rien perplexe à la fin du livre. Ueli Scheurer, je le crains, a voulu mettre trop de choses dans les 280 pages de ce roman et il donne parfois l’impression de se perdre dans sa documentation – extrêmement solide. En dépit d’un manque de fluidité dans l’écriture (dans la traduction ?),  La Princesse du lac n’en reste pas moins un ouvrage assez fascinant. Quand on sait que l’homme a tout juste vingt-quatre ans, on se réjouit à l’avance de ce qu’il risque de nous offrir dans les années à venir – d’autant qu’il se murmure qu’un important éditeur parisien aurait acquis les droits de son prochain livre.

Jean-François Thomas est un vieux de la vieille, comme on dit. Fanéditeur de Jura SF dans les années septante, formateur professionnel dans le vrai monde où l’on s’ennuie, critique littéraire pour plusieurs périodiques dont 24 Heures, fin connaisseur de la SF ancienne et admirateur, crois-je m’en souvenir, de Léon Bopp (Liaisons du monde) et de Noëlle Roger. L’homme finalise ces jours-ci une anthologie historique de la SF romande, à paraître – elle le sera quand vous lirez ces lignes – aux Editions Bernard Campiche, le meilleur éditeur en Suisse romande. Ce sera choix judicieux de se la procurer sans tarder – et de la glisser après lecture aux côtés de volumes tels L’Empire du milieu ou Iles sur le toit du monde, pour ne citer que deux anthologies de SF romande contemporaine tout aussi incontournables.

Si la première est hélas tout à fait introuvable, la seconde reste disponible : récemment co-éditée par la Maison d’Ailleurs et la revue Archipel, elle propose un inventaire de l’actuelle SF suisse d’expression française. On y a découvert des auteurs ayant fait depuis un bout de chemin comme Frédéric Jaccaud, publié dans Fiction, ou Vincent Gessler, trentenaire genevois originaire de Sierre, fortement impliqué dans le bon déroulement des annuelles Utopiales nantaises.

Chaque année apportant son lot de révélations, ces derniers mois un autre Vincent suisse s’est fait connaître : Vincent Gerber. Ce tout jeune homme s’est d’abord fait remarquer dans le domaine de la BD, comme traducteur pour les Humanoïdes Associés et responsable de la rubrique BD du magazine suisse romand Murmures – un périodique dédié à la culture et au divertissement au sens large, entièrement fait par des bénévoles passionnés mais qui affiche une qualité certaine, et dont on peut télécharger tous les numéros dans leur intégralité. Vincent Gerber a ensuite eu la bonne idée de remporter un concours de nouvelles fantastiques organisé par la FNAC (en Suisse), et plusieurs de ses nouvelles ont été publiées en anthologies ou dans le magazine BD Lanfeust – ce qui fait sans doute de lui l’auteur de SF suisse ayant bénéficié de la plus vaste diffusion.

Si l’on rapporte le nombre de textes de qualité publiés ces derniers temps par nos cousins helvètes à la population globale des cantons francophones – la démonstration est tout aussi éclatante avec le Québec – force est de constater que les littératures de l’Imaginaire francophones sont autrement plus vivaces et diversifiées, toutes proportions gardées, dans les marges externes de l’hexagone qu’en son espace intérieur – fut-il "halluciné", pour reprendre le qualificatif de certains anthologistes de nos amis. Autrement exposé, on savait le fantastique "français" pour l’essentiel wallon et bruxellois, on découvre une SF francophone de plus en plus souvent romande.

D’autant que les projets ne manquent pas : telle une nouvelle anthologie de Jean-François Thomas, toujours pour Bernard Campiche, cette fois de textes inédits et pour laquelle un appel à collaboration va être tout bientôt publié ; telle Utopod une émission de radio SF réalisée, entre autres, par Lucas Moreno (dont on a remarqué les talents de traducteur pour l’Atalante : la Suisse exporte ses talents), déjà diffusée sur internet et téléchargeable, et qui fait la part belle pour l’instant aux adaptations de nouvelles, mais bientôt à de véritables pièces radiophoniques écrites sur mesure ; telle la relance prochaine (après celles de ces deux autres dinosaures que sont Fiction et Lunatique !) de Ailleurs, la revue de SF créée en 1956 par Pierre Versins et Martine Thomé, sous la forme d’un livre-revue semestriel, à orientation muséographique et érudite, éditée par l’AMDA en collaboration avec la Maison d’Ailleurs.

Encore un petit effort du côté de la bouffe (il n’y a rien de plus immonde que le boudin suisse) et ce beau pays paisiblement écolo, tout propre en ordre et où les bouquins d’occase sont aussi bon marché qu’en Belgique, deviendra tout à fait vivable. On y trouve même du bon pinard – c’est dire !

                                                                    Francis Valéry


Bibliographie

Adrien Favre – Un amour mécanique, Editions Les Egraz, La Chaud de Fond, 2007
Ueli Scheurer – La Princesse du Lac (traduit de l’allemand par l’auteur en collaboration avec Jeanne Dupraz), Editions Johannisberg (Ruelle des trois caveaux, CH-1955 Saint-Pierre-de-Clages), 2007
Vincent Gerber – Absinthe, in Et si une Suisse fantastique m’était contée…, Editions Zoé, Genève, 2006.
Vincent Gerber – Sexe, drogues et… quoi déjà ?, Lanfeust Mag’ 94, janvier 2007.
Vincent Gerber – Disctature in Lauriers 2007, Editions de l’Emeraude, Genève, 2007.
Murmures : http://www.murmures.info
Archipel : http://www.revuearchipel.com
Ailleurs : Les Amis de la Maison d’Ailleurs (AMDA), amda@yahoogroupes.fr, http://www.ailleurs.ch/amda
Utopod : http:/www.utopod.com
La Maison d’Ailleurs (musée de la SF, de l’Utopie et des voyages extraordinaires), place Pestalozzi 14, case postale, CH-1401 Yverdon-les-Bains, Suisse.
Par Cousin Francis - Publié dans : Les Lectures du Cousin
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Dimanche 24 juin 2007
BLIFICC n°6
Bulletin de Liaison Informel et Familial à l’Intention de nos Cousins & Citoyens


Bien chers tous,
Tout juste rentré de ses pérégrinations helvético-auvergnates, le Cousin a retrouvé son jardin en fort bordel – c’est que ça pousse, à ces périodes ! Et, fort curieusement, les herbes dites mauvaises profitent toujours de nos petites négligences pour aller plus vite que tout le reste, à l’exception notable des topinambours. Le cousin, s’il avait été un vrai gars de la cambrousse, aurait passé le plus clair de son temps, dès son retour, à tout désherber – mais le cousin n’est pas un vrai gars de la cambrousse… en sa qualité de jardinier-zen privilégiant la contemplation au mouvement (surtout le sien), et pour tout dire également ce qui se mange à ce qui est planté juste pour faire joli, le cousin s’est contenté de dégager un peu les fraisiers et d’attacher les tomates, persuadé que le reste se démerderait bien tout seul. Les lupins font des cosses – les graines finiront au vinaigre avec les cornichons ; les alkékenges forment leurs lanternes ; les branches surchargées des pruniers plongent dans l’herbe sous l’œil gourmand des merles ; les coings grossissent doucement ; les sauges, la mélisse et l’hysope, la cive et la ciboulette sont en fleurs… il y a juste le basilic qui fait la gueule, il n’a vraiment pas fait assez chaud en mai et en juin. C’est la vie.

Tout en continuant de vendre peu à peu ses collections de SF sur ebay, le cousin continue de compléter ses collections de BD de la même manière – toujours dans le but, éminemment louable, de donner à lire ses petites rééditions artisanales qui font le bonheur des petits et des grands (enfin, surtout des grands, voire des très grands… la moyenne d’âge de nos correspondants dépasse sans doute le demi-siècle).

Vous êtes nombreux à nous demander ce qu’il en est de nos petits projets. Le cousin n’ayant rien à cacher à ses fidèles lecteurs – ni même au reste de la population, puisque ses gouzi-gouzis sont à lire gratos sur son blog – voici une petite liste des séries et personnages sur lesquels nous travaillons : recherche des originaux, photocopiage de ceux-ci, remontage et retouches, et toutes ces choses qui nous prennent un temps fou et accessoirement nous coûtent des sous (parfois beaucoup – d’où la nécessité de vendre des choses pour en acheter d’autres).

Mode d’emploi : pour chaque série/personnage, je précise ce que je recherche encore, afin de me lancer dans une belle édition. Toute aide apportée pour faire diminuer cette liste de recherche sera la bienvenue – dans nombre de cas, des bonnes photocopies peuvent faire l’affaire ! Le cousin est archiviste avant d’être collectionneur. Je cherche en priorité des numéros « au détail » de grande préférence à des reliures de plusieurs numéros (un peu difficiles à photocopier, parfois impossible sans les exploser, et à l’occasion massicotées sur les vignettes !) – mais une reliure contenant un numéro que je n’ai pas, c’est mieux que rien ! Dans cet ordre d’idées, je signale des numéros « à changer » : cela signifie que je les possède en reliures, et que je les cherche donc uniquement au détail (avec moins d’urgence que si je ne les avais pas du tout). Cette liste de recherche annule et remplace celles publiées précédemment. Merci d’avance. C’est parti :

BUCK ROGERS
Plutos (Lug, petit format) : 21 (1958)
Astrotomic Viso-Fiction : 31-33, 38 + à changer : 23, 24, 29, 30, 42, 48, 49
BULL ROCKET
Plutos (Lug, 1953/4, format 18 x 24) : 40, 43-45, 48, 49
Pampa (Lug, 1955/57) : 6-9, 11-20, 22-29, 31, 32
Blek (Lug, 1963/64) : 7, 8, 10-12, 14, 15, 18, 22, 23 + à changer 2-6
Spécial Rodéo (Lug) : 15 (8/1965)
Hondo (Lug, 1965/66) : 109, 111, 114
Névada (Lug) : 256 (1969).
CAPITAINE ROB
Djin (Editions Mondiales/Del Duca, 1959) : 1-3, 5, 7, 8
Capitaine Rob (Editions Mondiales/Del Duca, 1960/62) : 5-7, 9, 10, 12-14
CHEVALIERS ATOMIQUES
Commando : 22 (1961)
CHRIS WELKIN
Rancho (suite des spéciaux, SER/Mouchot, 1958/60) : 14, 16-19, 21, 22
Bip Fiction (SER/Mouchot) : 2, 6
DON CONQUEST
Super Boy : 157
Ténax : 25
PILOTE TEMPETE
Dynamic (Artima, format Artima) : 72-74, 76-81
TERRES JUMELLES
Fantasia (SER/Mouchot, 1957) : 1, 6, 20 + à changer : 10-12, 38-40, 44, 48
RETROspective BD : 1
Tarzan (nouvelle série, 8° année, 1953, format 18 x 23,5) : 25, 26

Ainsi que :
Big Boy / Big Boss (Artima) 17 + à changer : 2-4, 39, 59
Big Boss (Arédit) : 29
Météor : 129, 149 + à changer : 131
Sidéral (Artima) : 32 + à changer : 26, 39, 40, 41, 42

En épluchant mes vieux Artima, toujours à la recherche d’idées pour des rééditions, je suis tombé sur une série assez sympa sur laquelle je ne sais rien. Le n°36 (1961) de Téméraire est parfois connu des collectionneurs de BD de SF pour un RC titré « Dans la nuit des temps », dans lequel des hommes préhistoriques affrontent des dinosaures – scénaristiquement tout à fait couillon mais graphiquement satisfaisant. Le graphisme semble assez typique de la BD espagnole des années 50/60. En fait il s’agit d’un récit à la Oncle Paul : un certain Monsieur Perrotin, moustachu rondouillard à casquette, blondinet préretraité, y explique à « ses petits amis » rien moins que l’histoire du monde. Au hasard de mes trouvailles, je suis récemment tombé sur deux autres numéros de Téméraire (32 et 33) contenant également des RC mettant en scène Monsieur Perrotin, toujours dans un rôle d’Oncle Paul ibérique. Pour tout dire, je ne m’étais jamais vraiment intéressé à Téméraire, n’étant pas trop amateur de récits de guerre – sauf quand ils sont dessinés par Joe Kubert et qu’ils ont une dimension fantastique ! Mais la lecture de ces deux nouvelles (pour moi) aventures de l’ami Perrotin m’a donné envie d’en savoir davantage et, pourquoi pas, d’envisager une édition en volume. Les correspondants du cousin possédant des numéros de Téméraire pourraient-ils jeter un œil pour localiser les numéros avec cette série ? Et si quelqu’un sait quelque chose sur son auteur et ses lieux et dates de publication d’origine, il serait fort aimable de nous le faire savoir. D’avance, merci.

A part cela, je ne lance pas de souscriptions ce mois-ci car je crois bien que le mois d’août sera, pour l’essentiel, consacré à rattraper le retard que je ne vais pas manquer de prendre en juillet – pour cause de traduction à l’intention de Monsieur Folio SF… il serait temps que je m’y mette !

Un simple rappel donc des souscriptions de juin et juillet encore ouvertes :

Spatial 15 : Jaime Rumeu : La Barrière de la Réalité et autres récits    12.00
Spatial 16 : Le Ranger de l’Espace    12.00
Les Belles Histoires du Cousin Francis 10 : Rip Hunter le Maître du Temps    6.00
Spatial : Radarex, Volume 2 (épisodes 5 à 8)    13.00
Spatial : Buck Rogers : Alerte au miroir spatial    12.00
Spatial : Tom Corbett, Space Cadet, Volume 2 : Les Emigrants de Titan    10.00

Le volume 2 de  Radarex propose les épisodes 5 à 8, parus dans Okay 5 à 8 en 1959, totalisant 60 planches).
Le volume 2 de l’Intégrale Space Cadet : Les Emigrants de Titan propose le second épisode, paru dans Super Boy 54 et 56, totalisant 33 planches plus les ajouts de restauration.
Le premier volume de l’Intégrale des strips de Buck Rogers propose un premier épisode, Alerte au miroir spatial, paru dans Astrotomic Viso-Fiction 19 et 20 en 1960, totalisant 48 planches).

A tout bientôt.
                                                                                                                Le Cousin

J'oubliais : on écrit au cousin à l'adresse suivante :

Francis P. VALERI-DOSTERT
3, Le Canton
33620 CUBNEZAIS

Et pour souscrire à ses petites productions fanéditoriales, on envoie un chèque à son nom. Faciiiiiile !
Par Cousin Francis - Publié dans : Blificc
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Mercredi 2 mai 2007
Chers Cousins et Citoyens,

Alors, voilà :

A&A

Le numéro 161 d’A&A est sorti fin mars. Il s’agit d’un hommage à Patrice Duvic, récemment décédé – avec des rééditions de quelques nouvelles (SF ou pas) et articles qu’il publia ici ou là. Le prochain A&A devrait être un numéro "normal" avec un dossier sur la SF australienne - sauf si la SF est à nouveau en deuil, ce qui, hélas, semble devenir une habitude.

BD : parues

Du côté des BD mises en souscription dans Blificc 3, trois sont parues. Dans la collection Spatial nous avons édité un épisode des aventures de Ace O’Hara : Le mystère de la gelée spatiale – un classique de de la SF britannique des années cinquante. Dans la collection Strips & Cie, au format italien, nous avons édité le second volume de notre Intégrale Fulguros de René Brantonne, avec deux derniers récits complets parus chez Artima, et nous avons procédé à une belle édition du formidable Jean d’Armor, de Henry Le Monnier, dans un format agrandi qui met en valeur cette belle aventure, à mi-chemin entre péplum et SF technologique, chez les survivants de l’Atlantide !
Ces trois albums bénéficient de nos nouvelles possibilités technologiques – si l’on peut dire ; les couvertures ont été imprimées en couleurs, avec des encres enrichies de résine (d’où l’aspect brillant et la permanence de l’impression), sur de la carte photo 250g. très blanche.

Hélas, le cousin s’est un peu planté sur le calcul des coûts d’impression : nous réalisons au mieux seulement une quarantaine de couvertures avec les quatre cartouches d’encre… et la carte est vraiment très chère. Le Ace O’Hara et le Jean d’Armor étant par ailleurs moitié plus épais que nos précédents albums, je crains que nous ayons toutes les peines à rentabiliser ces deux albums. Tant pis. Mais nous serons peut-être obligés de vendre un peu plus cher (une augmentation d’un euro, sans doute) certains des prochains titres. On verra.

BD : prochaines parutions

Le mois prochain, nous éditerons les trois autres titres mis en souscription récemment. A savoir la première aventure de Martin Evans dans la collection Strips & Cie – nous avons déjà imprimé 25 exemplaires de la couverture, cette fois en sérigraphie avec de l’encre noire vraiment noire ! C’est un essai, vous nous direz ce que vous en pensez. Dans la collection Spatial seront également disponibles le mois prochain le second tome de Don Conquest : Les enfants de l’espace et le premier volume de l’Intégrale de la bande quotidienne Tom Corbett Space Cadet – concernant ce dernier titre, la maquette est terminée : ça a été un très gros travail car j’ai essayé de restaurer la version française en y intégrant des vignettes censurées (l’héroïne avait été rhabillée) ou oubliées (pour des raisons de maquette au format des planches). Les couvertures de ces deux albums sont prêtes : je les ai imprimées d’avance suite à une petite rentrée d’argent (un nouveau correspondant qui a commandé d’un coup un bon paquet d’albums, merci !).

BD : nouvelles souscriptions

Le dixième volume de la collection Les Belles Histoires sera consacré à Rip Hunter, Time Master – un héros du Silver Age DC qui connut divers dessinateurs et parut en France un peu n’importe où et n’importe comment. L’album proposera deux longues histoires totalisant 52 planches, l’une par le maître Alex Toth et l’autre par Bill Ely (le principal dessinateur de la série). Plutôt que de rééditer des histoires provenant des titres Artima spécialisés dans les séries DC, j’ai préféré proposer deux récits parus là où on ne s’attend pas à les trouver… soit en complément d’un numéro de Météor (1963) et dans un numéro de Tim l’audace (1965).

Nous allons également présenter un autre héros du Silver Age DC dans la collection Spatial : Le Ranger de l’Espace : pas moins de 5 épisodes complets, une bibliographie complète des épisodes étasuniens et des traductions, et une préface du cousin – fort érudite, comme d’habe !… ;o)))

Et comme il n’y a pas que les héros du Silver Age DC dans la vie – même s’ils tiennent une place de choix à nos petites éditions – le cousin a décidé de donner un coup de projecteur sur un dessinateur espagnol de la fin des années cinquante, particulièrement talentueux même si parfaitement inconnu par chez nous : Jaime Rumeu. La Barrière de la Réalité et autres récits proposera quatre récits complets de douze planches, ainsi qu’une bibliographie française des RC de Rumeu (22 identifiés) publiés dans les divers titres Artima (Cosmos, Spoutnik, Monde Futur, Atome Kid et Météor) en 1958/1960, certains ayant réédités par Arédit mais dans des versions censurées.

Les couvertures de ces trois albums devraient être réalisées en couleurs, à partir de documents originaux provenant de nos petites collections de comics américains et de fascicules espagnols – car les traductions françaises sont toutes en noir et blanc.


Bon de commande & de souscription
(à imprimer et renvoyer)


Nom :                                       Prénom :

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Je souhaite recevoir les titres suivants :

  Spatial 01 : Taxi de l’Espace, Volume 1    10.00 €
  Spatial 02 : Adam Strange, Volume 1    10.00 €
  Spatial 03 : Destination Lune !    10.00 €
  Spatial 04 : Edmond Hamilton : La Tour du Nouvel An    10.00 €
  Spatial 05 : Taxi de l’Espace, Volume 2    10.00 €
  Spatial 06 : Musée de l’Espace, Volume 1    10.00 €
  Spatial 07 : Zone Interdite : Direction Lune !    10.00 €
  Spatial 08 : Rick Random : Drame dans l’espace    12.00 €
  Spatial 09 : Musée de l’Espace, Volume 2    12.00 €
  Spatial 10 : Radarex, Volume 1    12.00 €
  Spatial 11 : Don Conquest : Les Enfants de l’Espace, tome 1    12.00 €
  Spatial 12 : Ace O’Hara : Le Mystère de la gelée spatiale    12.00 €
  Strips & Cie 01 : Tif et Tondu : Les Six Ecus    10.00 €
  Strips & Cie 02 : Fulguros, Volume 1    10.00 €
  Strips & Cie 03 : Jean d’Armor    12.00 €
  Strips & Cie 05 : Fulguros, Volume 2    10.00 €
  Les Belles Histoires du Cousin Francis 01 : Même pas peur !    5.00 €
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  Les Belles Histoires du Cousin Francis 03 : A toute berzingue !    5.00 €
  Les Belles Histoires du Cousin Francis 04 : Loïs Lane    5.00 €
  Les Belles Histoires du Cousin Francis 05 : Prince Viking    5.00 €
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Je souhaite recevoir franco de port et à parution les titres suivants :

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  Spatial : Jaime Rumeu : La Barrière de la Réalité et autres récits    12.00 €
  Spatial : Le Ranger de l’Espace    12.00 €
  Les Belles Histoires du Cousin Francis 10 : Rip Hunter, Maître du Temps    6.00 €

Participation aux frais de port (uniquement pour les volumes déjà parus)

1 volume : 2.90€ / 2 ou 3 volumes : 3.77€ / 4 ou 5 volumes : 4.98€ / 6 volumes et + : 8€

Vous trouverez ci-joint un chèque d’un montant global de _____ €   (participation aux frais d’expédition incluse) établi à l’ordre de Francis P. Valeri-Dostert.

Francis P. Valeri-Dostert, 3, Le Canton, 33620 Cubnezais


Par Cousin Francis - Publié dans : Blificc
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Jeudi 12 avril 2007
Mangue, Auteurs britanniques et Aquarium

Le cousin s'est bricolé une espèce de tablette surélevée avec des morceaux de lames de parquet ; puis il l'a peinturlurée avec un vieux fond de pot de glycéro couleur mangue (enfin, c'est une certaine idée de la couleur des mangues) ; puis il l'a posée sur la cheminée où avant étaient entassés des tas de bouquins d'auteurs britanniques ; puis il y a installé un petit aquarium de trente litres ; puis il a mis du sable, des cailloux (pour faire un dolmen et des menhirs).
Demain le cousin commencera à remplir avec de l'eau ; puis il ira acheter des plantes aquatiques ; après on verra.
En attendant, le cousin ne sait pas trop où il va entasser ses bouquins d'auteurs britanniques...
Zut alors.

10 avril 2007

--oOo--

Trois petites plantes et puis on verra

Le cousin a été acheter des plantes pour son aquarium. Comme il n'y connaît rien, il a demandé à un vendeur de choisir pour lui deux ou trois plantes ne demandant pas d'entretien et increvables ("ou peu s'en faut" il a dit en rigolant, mais ça a pas fait rigoler le vendeur) ; et puis pas chères aussi.
Le vendeur a attrapé trois touffes de Egeria densa, Cabomda aquatica et Myriophyllum aquaticum (en disant les noms sans lire les étiquettes, c'est un bon vendeur !). Ca a fait huit euros et septante centimes. De retour chez lui, le cousin a planté ses nouvelles amies dans la couche de sable grossier qui tapisse le fond de son aquarium ; puis il a rajouté de l'eau (du robinet) jusqu'à la hauteur indiquée dans le mode d'emploi de l'aquarium ; puis il a branché la petit pompe qui entretient un courant d'eau ; puis il a allumé la lampe posée à côté.
Ca a fait joli...
La semaine prochaine, le cousin ira acheter des poissons. Des petits qui brillent de toutes leurs couleurs.
Chic planète !

11 avril 2007

--oOo--

et glou et glou et glou

Le cousin a été faire un tour à l'UNICO du village. Comme ils avaient rentré tout un stock de pinards, le cousin a bien passé une heure à renifler les bouteilles. Ca l'a quand même un peu étonné qu'ils aient du Fronton à deux euros zéro cinq. Soit douze euros trente du carton de six boutanches. Pas cher, pas cher. Faut savoir que le Fronton - en fait il faudrait dire "Côtes du Frontonnais, Fronton" puisqu'il s'agit d'une AOC répartie en deux groupes de communes de la même région nord-toulousaine, l'autre étant "Côtes du Frontonnais, Villaudric" - est un petit vin plutôt sympa, fruité et un rien coquinet, fort charmant ma foi mais néanmoins de belle rondeur, et à la bouche très caractéristique de par le cépage prédominant qui constitue ce cru : la Négrette, originaire de l'île de Chypre et ainsi baptisée à cause de la peau très noire de son raisin. Bien qu'associée au Cabernet Franc et au Gamay, c'est bien la Négrette qui fait le bonheur du Fronton : un breuvage à boire à température ambiante - voire même rafraîchi à une quinzaine de degrés - et qui accompagne au mieux viandes rouges et fromages, bien entendu, mais aussi volailles et même poissons grillés. Seulement voilà, fort peu tannique, moyennement charpenté, le Fronton n'est point un vin de bonne garde destiné à vieillir dans la cave de l'honnête homme. Il convient de le boire jeune ! Or, les bouteilles bradées à l'UNICO étaient du cru 2003. Limite, limite. Dans le même arrivage, le cousin repéra bien des 2004 et 2005... mais au double du prix ! D'où ce soupçon : le but de la manoeuvre était peut-être bien de liquider à vil prix un stock en fin de carrière, voire ayant dépassé la limite d'âge. Le cousin fit donc ce que tout honnête homme aurait fait à sa place : il acheta une bouteille, rentra chez lui, et commença à se la pochtronner de la plus professionnelle manière qu'il soit, c'est-à-dire avec un verre dans une main et un beau morceau de pain complet au levain dans l'autre. Verdict : arrivé à la moitié, ou peu s'en faut, de la bouteille, le cousin avait acquis la certitude qu'il ne retournerait pas en acheter d'autres le lendemain, comme il l'avait virtuellement envisagé - à ce prix-là, ça aurait pourtant fait plaisir à plus d'un de ses poteaux. Quant à ce qu'il restait dans la bouteille testée, cela finirait dans le vinaigrier où cela ferait, sans le moindre doute, un excellent vinaigre.
On ne gagne pas à tous les coups.

12 avril 2007
Par Cousin Francis - Publié dans : L'Agenda du Cousin
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Mardi 27 mars 2007
    Le 25 février dernier a disparu Patrice Duvic. Je l’ai appris le jour même, au détour d’un mail de Patrick Gyger. Dès le lendemain, la triste nouvelle avait fait le tour de l’internet – même la fiche de Wikipédia consacrée à l’auteur et éditeur avait été aussitôt mise à jour.

    Patrice Duvic était un compagnon de route très lointain.

    A la fin des années septante, nous avions échangé quelques lettres. Il m’avait envoyé un ou deux exemplaires de L’Ami du Poulpe, un fanzine qu’il avait réalisé dans les années soixante, retrouvés dans ses archives – Duvic avait participé au fandom de ces années-là, publiant par exemple des textes dans Lunatique. J’avais cru comprendre, à ses courriers, qu’il était alors plus ou moins bouquiniste sur les quais, à Paris – il semblait ne pas tenir à en parler.

    Je me souviens d’une remarque à propos des collectionneurs, de la SF ancienne, du fait qu’il n’existait pas de répertoire bibliographique de l’ensemble de la SF, que plein de choses n’étaient pas rééditées, ne le seraient jamais et finiraient par être oubliées… Il m’avait dit quelque chose comme « Non, parce qu’à nous tous on a tout ! ». Ca voulait dire qu’il était possible que rien ne se perde, à condition que les collectionneurs et archivistes, dans leur ensemble, fassent en sorte que la mémoire du genre ne disparaisse pas avec eux, simplement en acceptant de partager leurs informations. Vœux pieux parce qu’on sait que la plupart des collectionneurs gardent jalousement leurs petites découvertes…

    Peu après, je me suis retrouvé rédacteur en chef d’Opzone, un magazine de SF professionnel réalisé au fin fond de l’Aube, dans un village de onze habitants, et pourtant diffusé sur le plan national. Michel Jeury, lui aussi provincial (il était à l’époque gardien d’un château près d’Issigeac, où les propriétaires venaient passer quelques semaines par an) et alors un ami très proche, me proposa d’animer une rubrique titrée S.O.S. – pour Self Opzone Service. Il se chargeait de demander à des auteurs ayant récemment publié un roman qui l’avait intéressé, de rédiger quelque chose – avec carte blanche. C’est ainsi que je publiai dans Opzone un texte de Patrice Duvic qui venait de publier deux romans que j’avais appréciés : Poisson-Pilote en Présence du Futur et Naissez, nous ferons le reste en Presses Pocket SF.

    Nous nous sommes peu après perdu de vue.

    J’avais la sensation (peut-être parfaitement fausse) que Patrice Duvic appartenait au « clan » des professionnels parisiens fréquentant des lieux où les zozos de mon espèce étaient très mal venus, genre le Festival de Metz, haut-lieu du champagne et des petits fours, ou les fameux « déjeuners du lundi » – dans un restaurant du Quartier Latin où la fine fleur de la SF parisienne se retrouve pour manger mal et cher. Et puis il travaillait pour ces éditeurs parisianistes méprisants. A l’époque, j’étais un fan pur et dur de SF, empli de certitude et campant sur ses positions, éditant à tour de bras des fanzines et évoluant dans le fandom, allant aux conventions de SF (où je n’ai pas souvenir d’avoir jamais vu Duvic)… Je n’avais aucune activité professionnelle dans la SF, je gagnais un peu d’argent en étant musicien et bouquiniste Pour moi, les éditeurs parisiens, c’était l’ennemi méprisant et donc méprisable, arrogant et donc à condamner avec une même morgue ! Avec le recul, je crains que c’était peut-être bien moi qui, en cultivant cette posture de rebelle affiché, était à l’époque le type méprisant et arrogant, en plus de cultiver une bonne dose de parano !

    Par la suite, quand j’ai commencé à publier des nouvelles de manière plus professionnelle (chez J’ai Lu ou Denoël) ou des traductions (pour Ailleurs et Demain, ponctuellement), je n’ai fait que suivre une espèce de mouvement général et générationnel – pour simplifier on dira que les gens de ma génération (et quelques plus jeunes comme Gilles Dumay) prenant peu à peu le pouvoir dans l’édition de SF, ils avaient tendance à faire appel à des gens comme moi qu’ils avaient connus et appréciés au cours de leurs années de fandom.

    J’ai donc commencé à fréquenter des lieux comme… les déjeuners du lundi ! (Oh, j’ai du y aller deux fois, trois peut-être, mais c’est pour ça que je sais que c’est cher et mauvais !) – à me retrouvai invité au Salon du Livre de Paris, au Festival de Nancy ou celui d’Epinal (celui de Metz n’existant plus) ou, de manière quasiment chronique, aux Utopiales de Nantes.

    Evidemment, j’y croisais à chaque fois Patrice Duvic – en général fort occupé à interviewer des auteurs anglo-saxons. On ne s’est jamais parlé. On ne se disait même pas bonjour. Les rares fois où j’eus la sensation qu’il m’aurait bien dit bonjour, je me débrouillai pour faire celui qui ne l’avait pas vu – et les tout aussi rares fois où je me disais que c’était trop con et qu’au moins, à défaut d’être potes, on pouvait au minimum se saluer, je n’arrivai pas à accrocher son regard car il était tout aussi fort que moi dans l’art et la manière de ne pas voir qui il souhaitait ne pas voir. Il n’y a pas d’explication à cela. Ca n’a pas de sens.

    En somme, notre relation – qui avait pourtant existé à une époque lointaine – n’avait pas survécu à des années sans occasion ni motif de se rencontrer ; et quand elle aurait pu redémarrer puisque nous nous étions mis à fréquenter les mêmes lieux, il ne se passa rien. Sans doute a-t-il manqué un médiateur, quelqu’un qui m’aurait dit « viens, on va boire un coup avec Duvic » ou qui lui aurait dit « viens, on va boire un coup avec FV ».

    C’est con.

    Quand Jacques Chambon souhaita rééditer l’anthologie de cyberpunk Demain les puces que Patrice Duvic avait réunie pour Présence du Futur, Gérard Klein ne souhaita pas laisser au sommaire son texte. Il y avait donc un trou. Chambon me demanda si j’acceptais qu’il publie, à la place du texte de Klein, ma novella BumpieTM dont il m’avait dit, à plusieurs reprises, qu’elle le fascinait – il était l’un des rares à aimer ce texte, démoli par la critique française. Cette novella, sans doute un des premiers textes relevant de l’esthétique du cyberpunk écrit par un auteur français, avait été publiée dans Univers, récompensée par le Prix Rosny, et publiée aux USA dans une anthologie réunie par Robert Silverberg. Je répondis à Chambon que j’étais bien sûr d’accord, mais en précisant que je n’étais pas spécialement copain avec Duvic… Je ne me souviens pas précisément de ce que Chambon me répondit – dans mon souvenir, je crois que Duvic lui avait fait savoir qu’il s’en foutait, qu’il n’avait pas lu mon texte et qu’il laissait Chambon (le patron !) faire ce qu’il voulait. Souvenir très probablement orienté et parano à souhait. Si ça se trouve, Duvic avait lu le texte, l’avait trouvé bien et avait donné son accord avec plaisir. Mais comme Jacques Chambon a également tiré sa révérence, on ne saura jamais.

    Oui, Patrice Duvic était un compagnon de route très lointain. Mais il n’aurait tenu qu’à moi de réduire la distance nous séparant – un tout petit effort aurait suffi. On croit toujours qu’on a le temps. On se trompe.

    Terminons par une note d’humour – je me souviens avoir vu Patrice Duvic rigoler plus souvent qu’à son tour ! Cette histoire en définitive assez triste d’une non-rencontre me rappelle ce commentaire que Jacques Goimard – dont tout le monde pensa longtemps qu’il transmettrait son empire éditorial au dévoué Patrice Duvic… mais c’est une autre histoire – me fit lui aussi plus souvent qu’à son tour : « La parano, il n’y a rien de pire ! ».

    Ca c’est bien sûr ! Et Dieu sait qu’il s’y connaît en parano, l’ami Goimard !

                                                                       Francis Valéry



Note : ce texte figure en éditorial du n°161 d'A&A, daté mars 2007 ; j'ai sorti le premier numéro de cette petite revue de SF en mars 1977, aussi ce numéro devait être un Spéial Trentième Anniversaire. La triste actualité en a décidé autrement et A&A 161 est un hommage à Patrice Duvic, avec des rééditions de plusieurs textes ; le tirage est de quarante exemplaires : si par hasard un des lecteurs de ce blog souhaitait se procurer ce numéro, il lui suffit de m'adresser 3,50 euros - mon adresse figure dans l'article titré Blificc 3).
Par Cousin Francis - Publié dans : L'Agenda du Cousin
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